Vendredi 16 août 2013 5 16 /08 /Août /2013 19:18

Imaginons. Madame D. arrive aux urgences pour la douzième fois en trois mois. Et pour les mêmes raisons. Son mari l'a encore frappée. Cette fois, il a eu la main encore plus lourde que les autres fois. Traumatisme crânien sévère, mâchoire défoncée, six côtes cassées, poumon perforé: c'est la fois de trop pour madame D. qui ne survivra pas. Dans la presse, on titre: "Un différend entre conjoints qui tourne mal".

Choquant, n'est-ce pas? Dieu merci, aujourd'hui l'immense majorité des journalistes titrerait quelque chose de bien plus proche de la réalité. "Un homme tue son épouse sous les coups", par exemple. Ou "Une nouvelle victime de la violence conjugale". Pas question de "différend", ni de quoi que ce soit laissant entendre que peut-être bien, après tout, Madame était un peu responsable. C'est vrai quoi, elle n'avait qu'à pas se disputer avec son mari. C'est bien connu, les femmes provoquent toujours même inconsciemment les coups qui les tuent. Et puis dans un couple, hein, on est deux, y'a jamais un coupable et un innocent. Etc, etc.

Aujourd'hui donc, en matière de violence conjugale, on sait qu'un coup n'est jamais justifiable. Ce qui est fort dommage pour les chrétiens d'Egypte, c'est qu'ils ne sont pas des femmes battues. Et j'avoue que les termes de "représailles" et de "heurts interconfessionnels" décrivant dans la presse ce qui se passe aujourd'hui pour les coptes au pays des Pharaons commence à me chauffer un peu la cochlée. "Représailles", ça veut dire quoi? Ça veut dire : tu m'as pris un oeil, je t'en prends un. Tu as fait quelque chose de répréhensible, je te rends la pareille.

"Heurts interconfessionnels", ou son avatar "violences interreligieuses", ça évoque quoi? Ça évoque deux milices de religion différente, pareillement armées, jouant dramatiquement à qui pisse le plus loin sans qu'on puisse vraiment dire qui a commencé ni qui a raison. Ça sous-entend que chacune des deux communautés a fait du mal à l'autre. Le pékin lambda, quand il entend parler de "heurts interconfessionnels", éteint sa télé en se disant que, décidément, les religions elles font rien qu'à se battre tout le temps, et que tout le monde l'a un peu cherché. Fermez le ban.

Oui mais non. Ce qui se passe aujourd'hui en Egypte, ce ne sont pas des "représailles", ce ne sont pas des "heurts interconfessionnels", ce sont des pogroms - et je salue, une fois n'est pas coutume, Rue 89 de l'avoir dit tel quel... bien qu'entre guillemets. Entre 25 (estimation basse par l'ONG Initiative égyptienne pour les droits de la personne) et plus probablement une soixantaine (liste visible sur le Blog Copte) d'églises attaquées, brûlées dans tout le pays. Le pape des coptes, Tawadros II, menacé de mort, bien qu'il ait supplié ses ouailles de ne pas répondre à la violence - ce qu'elles ont fait.

Des dizaines de commerces appartenant à des coptes saccagés, leurs propriétaires battus. Des écoles chrétiennes détruites. Des enfants tués.

L'Egypte n'a pas le monopole de la pudeur journalistique. Partout où des gens se font tuer pour nulle autre raison que d'être chrétiens, le refrain du virus des "violences interreligieuses" revient. Au Pakistan. Au Nigeria. Si les chrétiens ne sont pas les seules victimes de cette étrange épidémie (les Rohingyas musulmans de Birmanie peuvent en témoigner, eux qui se font atomiser par des bouddhistes), ils sont très largement représentés.

La vérité est qu'aujourd'hui, en Egypte, les chrétiens se font éliminer de façon ouvertement planifiée par les islamistes, même si certains musulmans ont le courage de leur porter secours.

Ce n'est pas le dire qui est criminel, c'est de le taire.

Par Nystagmus
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Lundi 29 avril 2013 1 29 /04 /Avr /2013 11:44

balance1.gif « Maintenant que cette loi est votée, peut-être que les voix qui se sont élevées de toutes parts, ces manifestations grandiloquentes, ces vedettes haranguant la foule, tels des camelots, pourraient rester sur leur lancée pour dénoncer les injustices sociales, les conditions de vie des personnes roms dans notre pays, les licenciements injustes… Bref, tout ce qui bafoue la dignité de l’être humain ! » Ces quelques mots, sous la plume de Pierre-Baptiste Cordier, résument assez bien l'un des arguments-phares de ceux qui, catholiques ou non, trouvent que décidément, les chrétiens se sont fourvoyés en s'élevant massivement contre le projet de loi du « mariage pour tous ». En un mot : c'est bien gentil tout ça, la récré a été amusante, mais maintenant, au boulot, Jésus se fiche que l'on prive un enfant de son père ou de sa mère, ce qu'il veut c'est qu'on s'occupe des pauvres.

 

Cet argument, disons-le tout net, a tendance à m'agacer un poil. Cela dresse un portrait du manifestant lambda qui ne correspond absolument pas à ce que j'ai pu observer autour de moi. Comme le souligne Isabelle de Gaulmyn avec beaucoup de justesse dans son dernier billet, « ces jeunes, on les sent « monter » depuis quelques années dans l’Eglise. Ils ont fait leurs armes dans l’organisation des dernières JMJ, notamment Madrid. Ils sont aussi souvent investis dans des actions très concrètes de charité, maraudes, colocations avec des exclus, ou autre « épicerie sociale ». Il serait stupide de les accuser de manquer de fibre sociale, car ils en ont. » Faut-il vraiment choisir ses pauvres ? Est-il absolument inconcevable de pouvoir se battre à la fois contre la PMA, l'IVG, la GPA et pour plus de justice sociale ? Jésus a-t-il tracé, dans Matthieu 25, le portrait- robot du « bon pauvre » à l'exclusion de tous les autres ? Faut-il choisir obligatoirement entre l'enfant rom et l'enfant à naître ?

 

On a beaucoup vu, durant ce débat, les deux parties en présence s'accuser mutuellement d'être le vassal de la « pensée unique ». Le danger qui guette notre société, à mon sens, n'est pas qu'elle se retrouve enfermée dans une pensée unique, quelle qu'elle soit. La segmentation (dont les communautarismes en plein essor ne sont qu'une facette) à l’œuvre dans notre monde fait que ce risque d'uniformisation générale de la pensée se pose à mon sens assez peu. Par contre, ce qui nous menace, c'est la pensée binaire. Soit blanc, soit noir. Si tu es contre l'avortement, ça veut dire que tu es pour que des femmes meurent en couches. Si tu défends l'idée qu'il est scandaleux d'enfermer en centre de rétention administrative des enfants dont les parents n'ont pas de papiers, c'est que tu es pour l'envahissement de nos frontières. Si tu es contre le mariage gay, tu es homophobe. Or, la jeune génération des catholiques présents dans les récentes manifestations ont ceci en commun qu'ils refusent cette pensée binaire. L'idée, finalement, que le message chrétien se réduit à une seule de ses parties. Pour faire court : doctrine morale d'un côté, doctrine sociale de l'autre. Et c'est une excellente nouvelle.

 

Dès l'origine, les chrétiens ont refusé de choisir. Dans les Actes des apôtres, la communauté chrétienne est décrite ainsi : « Tous ceux qui croyaient étaient dans le même lieu, et ils avaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, et ils en partageaient le produit entre tous, selon les besoins de chacun ». Et dans la Didachè, texte à peine plus tardif et qui manqua de peu sa place dans le canon biblique, on peut lire que le souci de la vie est également un impératif du chrétien : « Tu ne tueras point l'enfant par avortement et tu ne le feras pas mourir après sa naissance », ce qui, dans le contexte de l'Empire romain débutant, était d'une radicale nouveauté.

 

D'autant que se pose ici la question de la visibilité et de l'efficacité. Quand il y a un projet de loi, le meilleur moyen de se faire entendre, c'est de descendre dans la rue. Moi, je veux bien descendre dans la rue pour dire non à la pauvreté, à la guerre, au sida, aux bombes à sous-munitions, mais il ne me semble pas que ce soit le meilleur moyen de lutter pour la paix et la justice. Si les cercles de silence initiés par les Franciscains de Toulouse signent la visibilité des chrétiens dans le combat pour un juste accueil des sans-papiers, si cette visibilité est importante et même spirituellement cruciale, elle ne va pas sans un travail souterrain, invisible, peu médiatique de travail au quotidien auprès de ces personnes. Et c'est finalement ce qui me gêne le plus dans l'accusation portée par certains de mes frères chrétiens : faut-il que je fasse – c'est tendance - publication de mon « patrimoine dans les cieux », de mes bonnes œuvres, de mes déductions fiscales quand je donne aux ONG, du temps que je passe avec telle ou telle catégorie de démunis ? Dois-je, pour paraphraser le grand Georges, « pour les besoins de la cause publicitaire, divulguer avec qui, et dans quelle position je plonge dans la misère et dans la compassion » ?

 

Tenez, mon ancien voisin, par exemple. Il m'a mise dans la liste de diffusion des mails qu'il envoie collectivement à ses contacts pour alerter sur les évolutions sociétales en cours. Il est à fond, comme on dit. Par contre, son dévouement auprès des personnes handicapées au sein de l'Arche, son projet de mise en place d'un réseau d'alerte auprès des personnes âgées isolées, son refus de gagner, dans son travail de consultant en ressources humaines, plus d'argent qu'il ne lui en faut pour nourrir sa famille, je ne les connais que par incidence. Et c'est très bien ainsi .En fait, la facilité avec laquelle certains chrétiens qui regardent les manifs de ces derniers mois en se pinçant le nez sortent leur appartenance au camp du Bien en énumérant leurs bienfaits et lieux de combats me choque un peu.

 

S'imaginer que les manifestants qui, durant des mois, ont défendu avec acharnement une certaine idée de la famille (famille dont ils savent bien qu'elle est le dernier matelas sur lequel viennent s'écraser les travailleurs balancés du haut des grandes tours de la finance) sont des nantis aveugles aux réalités sociales, voilà qui marque un bel exemple de pensée binaire – et finalement, ce serait une assez bonne nouvelle, sur le plan économique : mazette, ce qu'il y a comme nantis, en France ! J'y vois, personnellement, un grand espoir, y compris sur le plan social. L'avenir ne devrait pas tarder à nous dire qui a raison.

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Lundi 8 avril 2013 1 08 /04 /Avr /2013 13:24

Beaucoup de travail, ecelebration.jpgn ce moment. Il y a eu la démission de Benoît XVI, l'élection de François, et la Matinale chrétienne de La Vie que vous pouvez suivre ici cinq jours par semaine et liker, afin de me rendre millionnaire (en roupies) ; puis ce livre pour enfants qui paraîtra à la rentrée et qui m'a demandé énormément de travail. Il y a cet autre livre que j'écris avec mon frère Pneumatis, qui en sort un également à commander d'urgence, et qui lance dans le même temps un nouveau blog à mettre dans ses favoris toutes affaires cessantes. Ceux qui l'ont fait peuvent continuer à lire ce billet.

Beaucoup de travail, donc. Et le besoin, dans la grande crispation que nous vivons aujourd'hui, de me taire et de prier. Ce que j'avais à dire sur la grande casse de la famille, je l'ai dit. Aujourd'hui, alors que nous sommes bien plus nombreux à refuser les changements sociétaux que le gouvernement pousse à coups de lacrymos que lorsque j'ai commencé à en parler, je me recentre sur l'essentiel. Juste envie de partager avec vous quelques non-événements de ces derniers jours.

 

J'ai demandé à quelques amies de me prêter leurs enfants le temps d'une après-midi, afin de tester sur eux le livre pour enfants que j'écris. Un livre sous forme de questions sur Dieu. Tous les profils chez mes petits cobayes : certains viennent de familles chrétiennes pratiquantes, d'autres sont vaguement acculturés, l'un d'eux a des parents musulmans, l'autre est issue d'une famille mi-protestante mi-franc-maçonne. Celui qui m'a le plus aidé est un petit prodige de dix ans, de parents agnostiques. A plusieurs reprises, dans les semaines qui viennent, sa mère fait allusion à cette séance sur un ton plutôt intrigué – je finis par comprendre qu'elle jetterait bien un œil à mon manuscrit. Je le lui envoie donc. Le soir, à la sortie de l'école, je lui demande si elle l'a reçu. Dans un éclat de rire un tout petit peu trop fort, elle me dit qu'elle s'est arrêtée à la troisième question parce qu'elle aurait eu trop de choses à dire.

 

La troisième question, sur le pourquoi du mal dans le monde.

 

On en reste là. Les jours passent, elle vient goûter à la maison avec ses enfants. On parle de choses et d'autres, et puis cette phrase qui me vient aux lèvres sans vraiment réfléchir - « Il faudra que tu me dises, un jour, pourquoi tu es si en colère contre Dieu ». Le même grand sourire défensif qui s'affiche et la réponse « Il s'appelait David, il avait six ans, il a été tué par une voiture, c'était mon cousin. Un enterrement terriblement triste, sans cérémonie religieuse. Depuis, c'est terminé ». Je me mords les lèvres, je pense au père Guy Gilbert qui, il y a des années de cela, avait répondu à ma question de savoir comment accompagner les familles en deuil : « Tu fermes ta gueule, tu t'assois et tu pleures avec eux ». Je dépose un baiser sur la joue de mon amie, et nous parlons d'autre chose. Quand nos proches nous quittent trop tôt, une chape de silence s'abat sur leur mémoire. Un ami cher qui a perdu récemment une nièce adorée me disait : « Le plus dur, c'est que très vite tout le monde passe à autre chose, ne veut plus en entendre parler. Mais ces morts sont là pour toujours. Il ne faut pas guérir, il faut les aimer plus encore ».

 

Hasard du calendrier, le lendemain je pars pour une retraite de deux jours dans un carmel de province. Long échange avec la mère supérieure sur cet épisode qui me hante, moi qui ai la chance de trouver rassurante l'impossibilité d'expliquer le mal quand d'autres le vivent comme un supplice de plus. A la fin de l'entretien, elle me dit qu'elle priera pour cette famille, en particulier pendant la messe.

 

Le lendemain matin, messe du dimanche de la Divine Miséricorde, toujours au carmel. A la communion, on nous fait mettre en cercle autour de l'autel. En face de moi, la mère supérieure ; à côté d'elle, voûtée, celle qui l'a précédée dans la charge, atteinte de la maladie d'Alzheimer. Son beau visage regarde fixement le vide. Légèrement penchée contre elle, la mère supérieure lui tient la main, son pouce caressant les doigts ridés. Quand elle reçoit la communion, elle en casse un morceau, le porte aux lèvres de la vieille dame qui ne réagit pas et n'ouvre pas la bouche, ses grands yeux fixant toujours le mur derrière moi. La mère supérieure reprend le morceau d'hostie et l'avale, sans cesser de caresser la main de l'autre. Ce que je regarde là, c'est la force d'amour de l'une qui prie à l'intérieur de l'autre. A cause de cela, les deux priaient, c'est pour moi une évidence. J'ai soudain pensé que David était au cœur de cette prière, comme la mère supérieure me l'avait promis.

 

La tendresse infinie de Dieu: une amnésique et son amie qui la berçait faisaient mémoire en Lui du nom d'un enfant mort qu'aucune des deux n'avait connu.

Par Nystagmus
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Mardi 22 janvier 2013 2 22 /01 /Jan /2013 21:29

Conférence donnée à à l'Union départementale des associations familiales du Rhône le 14 décembre dernier par ma pomme. Bonne vidéo!

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Mardi 25 décembre 2012 2 25 /12 /Déc /2012 20:57

GUERNICA-Pablo-Picasso-1937-copie-2.jpgL'église s'est fait belle ce soir. La messe de 18h, dédiée aux familles, fera le plein : ceux qui arrivent vingt minutes avant l'heure pour être bien placés et qui, comme pour un concert, étalement tant qu'ils peuvent leurs manteaux sur trois chaises à la fois pour bien marquer que non, désolé, cherchez ailleurs, il y a des gens qui vont arriver, ils sont juste en train de se garer. Étrange impression d'être dépossédée de mon église, de ma messe, par ces inconnus d'une fois l'an que je ne reverrai pas ici, même si des quelques têtes hebdomadaires que je repère ici ou là, comme moi loin de leur banc habituel, je ne connais au mieux que le prénom. Ça grouille comme dans une adoration des bergers du Tintoret : beaucoup de très jeunes enfants courent et sautent sous le regard blasé des parents, meuglant et brayant autour de la crèche, sous le regard amusé du prêtre. Messe des familles, ce qui veut dire que les enfants participent. On repère déjà les parents qui regardent leur montre en blêmissant de se rendre compte qu'on vient juste de sauter le Kyrie à l'heure où l'on entame normalement l’alléluia, parce qu'il a fallu que les enfants viennent coller l'étoile de leur prénom sur un grand drap bleu. Mais les enfants sont ravis, ils regagnent leurs places comme une nuée de moineaux et petit à petit, tout le monde se détend, comprend que le brouhaha ne cessera pas et que ce n'est pas si grave. Je regarde Petite dernière qui a trouvé un fil par terre, le saisit, le suit et arrive tranquillement sous la guitare du chef de chœur au lutrin. Je me résigne à voir Fiston sautiller pour attraper la lumière rouge au-dessus du tabernacle : le Christ ne risque rien dans sa forteresse de béton, il est placé trop haut, même pour l'énergie débordante du gamin.

 

Rien ne manque, l'équipe d'animation a soigné les choses comme à son habitude. A peine arrivés, les plus sourcilleux ont vérifié que tout était bien en place : Douce Nuit en chant d'entrée, Les Anges dans nos campagnes au Gloria, Il est né le Divin Enfant en chant d'envoi. Les musiciens de la paroisse, têtes chenues ou poupines, soufflent corps et âmes dans leurs instruments. Vu la moyenne d'âge de l'assistance, rajeunie d'une bonne vingtaine d'années sous l'effet des multiples familles avec petits enfants, cette messe ne peut pas être recueillie dans le silence. Mais elle est comme recueillie dans le bruit. Tous ceux qui sont là, fidèles de la première heure et occasionnels du jour, ont fait l'effort de partager leur paroisse et leur rituel avec des inconnus de passage, qui eux-mêmes ont délaissé le confort du réveillon pour quelque chose auquel ils ont envie de croire. On sent le prêtre ému et grave, désireux de faire que cette place du jour se transforme en place pérenne, dans l'homélie où il s'adresse vraiment aux gens. Nous n'entendons qu'un mot sur deux, mais ce n'est pas grave : ce bruit, cette fureur, ces petites voix suraiguës qui réclament à boire, pipi, et le père Noël qui arrive quand, tout cela sonne comme une gigantesque métaphore de nos vies spirituelles, de cette salle commune où il y a si souvent bien peu de place pour le Nouveau-Né. Ici, on se tient les coudes serrés contre les coudes du voisin, on cède sa place à la grand-mère fatiguée, on renonce à suivre la messe pour permettre aux voisins des enfants de le faire. La foule des grands jours nous contraint à faire cette place. Et quand Jésus-Hostie nous rejoint, même ceux qui sont là pour faire plaisir à la famille sont à leur place : ils ont eux aussi déplacé leur désir propre pour faire place à celui d'autrui, ce qui est le commencement même de la foi.

 

Joyeux Noël à tous les lecteurs de ce blog, et que Dieu vous bénisse, vous et ceux que vous aimez !

(Illustration: La Messe de Noël des familles, par Pablo Picasso, 1937)

Par Nystagmus - Publié dans : Catholicisme
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