Vendredi 1 juin 2012 5 01 /06 /Juin /2012 22:40

fillette Mon dernier billet a soulevé un certain débat parmi vous, lecteurs, et j'en suis heureuse. J'espère sincèrement ne pas avoir blessé ceux qui ne partagent pas mon opinion ; si c'est le cas, je m'en excuse. J'ai le ton facilement moqueur, voire ironique ; je n'oublie pas cependant que ce dont il est question, derrière les mots que j'écris, c'est de rien moins que la condition humaine, ses tentations, ses déchirures, ses doutes et ses tâtonnements.

 

Je voudrais vous partager une expérience qui a été sans conteste la plus forte, la plus traumatisante, l'une des plus belles aussi de ma vie d'adulte. Cela se passait il y a un peu plus d'un an.

Ce matin de janvier, une voix à l'autre bout du fil. ''Il me quitte... il s'en va... il ne m'aime plus''. De l'autre côté du téléphone, Isabelle, ma témoin de mariage. Son mari l'a réveillée à 1h du matin pour lui annoncer qu'il la quittait. Ils sont ensemble depuis 21 ans. Deux filles de 9 et 11 ans ; dans le ventre de mon amie, leur bébé de presque huit mois.

 

Passée la stupéfaction, l'appel au mari – que fais-tu, tu n'es pas dans ton état normal, ce troisième bébé vous le souhaitiez si fort, trois fausses couches dans les deux années précédentes en témoignent, reviens sur terre – puis devant son détachement total, le marchandage – reste au moins jusqu'à la naissance, ne la laisse pas seule avec les petites dans cette maison perdue dans la colline – et cette impression tenace d'être dans un rêve.

 

Il est parti, pour de bon. Enfin, il est parti sans partir : pas question pour lui de quitter le confort de sa maison. Il est allé dormir sur le canapé du salon, sortait le soir retrouver l'inéluctable poule plus jeune, et rentrait raconter à sa femme au bord du suicide à quel point il était heureux depuis qu'il l'avait quittée. Au bout d'un mois, il a fini par partir vraiment.

 

Nous étions trois. Trois amies d'Isabelle. Nous nous sommes partagé les tâches. Aurélie, la pasteure, venait en renfort aider pour les courses, le ménage, quand son emploi du temps surchargé le lui permettait – et même quand il ne le lui permettait pas, arranger un peu cette maison trop grande, trop isolée et sans salle de bain. Constance, la plus jeune, avait établi un contact extraordinaire avec les deux filles de ce couple et a été pour elles un repère essentiel dans ce chaos. Et moi, enceinte également, d'un gros mois de moins, ravagée par la sciatique et les nausées du premier au dernier jour, je prenais le train presque une semaine sur deux pour... je crois que ''pour l’empêcher de mourir'' n'est pas trop fort.

 

Le temps a passé, le mois de février était presque fini, et le terme est venu. Mais la petite E. ne venait pas. Redoutait-elle de sortir, pas encore née et déjà abandonnée par son père ? Sa mère la retenait-elle par peur de l'avenir ? Nous ne le saurons jamais. Ce que je sais en revanche, c'est que dix jours après le terme, on dit à Isabelle qu'il fallait que sa fille naisse et qu'on lui ferait une césarienne – le déclenchement n'était pas possible car son utérus était déjà cicatriciel.

 

C'était un mercredi, je crois que je me souviendrai toute ma vie de ce jour. Isabelle devait entrer à l'hôpital ce soir-là, pour subir sa césarienne le lendemain matin. Elle m'avait demandé d'être présente pendant la naissance, car elle ne se sentait pas la force de vivre cela toute seule. Je suis venue la chercher chez elle. Son mari était là pour garder les deux grandes – nous avons appris plus tard par sa poule que ce jour-là, pendant qu'il était coincé avec ses filles, il lui envoyait des textos lui demandant de venir passer la nuit avec lui et de partir avant que les enfants ne se réveillent. J'ai pris la valise d'Isabelle dans ma main, et je l'ai laissée seule dire au revoir à ses filles. Les minutes passent. Inquiète, je suis revenue sur mes pas.

 

Lui était là, impassible, les bras croisés, appuyé sur le coin de la porte. Il regardait, détaché, la scène suivante : la mère de ses enfants, sa compagne depuis 21 ans, effondrée en larmes dans les bras de sa cadette de 9 ans en sanglotant que ''ça n'aurait pas dû se passer comme ça''. La petite fille, tétanisée, blanche comme un linge, s'accrochant à sa mère, sans dire un mot. La plus grande, pétrifiée à quelques pas de là.

 

C'est moi qui suis venue dégager doucement Isabelle des bras de sa fille. Moi qui lui ai murmuré que sa maman ne serait pas seule, que je serai là. Moi qui ai pris un stylo où j'ai noté mon numéro de téléphone pour lui dire qu'elle pouvait m'appeler n'importe quand.

 

Lui, n'a pas bougé, il attendait que ça se finisse, sans un affect, sans rien.

 

Le lendemain, à l'hôpital, une obstétricienne que je bénirai jusqu'à la fin de mes jours a eu pitié de mon amie. ''On ne va pas appeler ça un déclenchement, on va appeler ça un coup de pouce... on va voir si ça marche.'' Perfusion d’ocytocine. Le travail commence. Je retiens mon souffle. Je reste là, à tenir la main d'Isabelle. On parle un peu. On rit, aussi. Elle pleure de temps en temps. Je fais les cent pas pendant qu'elle se repose, dans le ''couloir des papas'' où je suis la seule femme et où ces messieurs me regardent, intrigués. A un moment, le sage-femme dit que cette fois, la césarienne est écartée. E. quitte le ventre de sa mère qui la sort elle-même. Elle est toute recroquevillée, elle crie, elle est contre sa mère, et soudain elle ouvre les yeux et c'est moi qui reçois en plein estomac son premier regard. Elle est magnifique. Je pense à mon mari, j'ai l'impression de comprendre ce qu'il a vécu lors de la naissance de nos enfants.

 

On me demande si je souhaite couper le cordon, je réponds que non. Cette place où je suis n'est ma place que par accident. Mais c'est moi qui emmène E. à sa première toilette. Moi qui l'habille de ses premiers vêtements. Moi qui la ramène à sa mère pour leur première tétée.

 

Moi qui avertis le père que sa troisième fille est née.

 

Après la naissance, avec les copines, nous avons continué de nous relayer autour d'Isabelle et ses filles. Et ce lien inattendu avec la petite E. s'est renforcé de jour en jour. C'est moi qui me suis levée la nuit quand elle pleurait et que sa mère était trop épuisée ; moi qui lui ai changé certaines de ses couches ; moi qui ai assisté à ses premiers repas et à ses premiers pas. Moi qui ai pris soin de sa mère avant, pendant et après sa naissance.

 

Alors dans le débat actuel sur l'homoparentalité, je pense très souvent à E. On entend souvent, chez les partisans des ''parentalités alternatives'', qu'il suffit d'aimer et d'élever un enfant pour en être le parent. Qui sont les parents de E. ? Le père biologique, qui ne vaut pas la goutte de sperme qui a servi à concevoir cette petite fille, ou ces quatre femmes – la mère et ses trois amies – qui l'ont littéralement mise au monde ? Celui qui a offert par désœuvrement son génome, ou celles qui ont séché les larmes du bébé ?

 

En tout cas, ce n'est pas moi, ni Aurélie, ni Constance.

 

Son père est un père indigne, monstrueux, égoïste, moralement inexcusable. Mais c'est lui, l'autre parent. Pas des amies de sa mère, si proche soient-elles. C'est certainement une blessure pour E., c'est peut-être une blessure pour Aurélie et Constance, et c'est évidemment une blessure pour moi. On n'assiste pas impunément à une naissance comme celle-là, sans se faire attraper le cœur et les tripes pour la vie, quelles que soient par ailleurs les barrières que l'on tente de poser mentalement.

 

C'est une blessure, parce que le réel fait souvent mal. Mais cette blessure est ô combien féconde. C'est dans la béance de cette blessure qu'est né mon lien avec E. C'est parce qu'elle n'est pas ma fille que ce que j'aurai à lui apporter tout au long de sa vie est unique. Le réel ne s'écrit pas avec un mensonge, fût-il bien plus beau que la vérité. Sinon, il vous rattrape et vous éclate à la figure.

 

En tout cas, je sais ce qu'il faut faire, le jour où le monde s'écroulera. Je l'ai déjà vécu. Je prendrai un papier sur lequel je griffonnerai mon numéro de téléphone, et je le donnerai à une petite fille pâle et muette, je me trouverai impuissante et dérisoire – et je prierai fort.

 

 

Par Nystagmus
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Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 13:23

homoparentalite-hollande.jpgIl est quelque chose qui me déplaît souverainement dans le débat public actuel. Une dérive qui s'apparente à une forme de totalitarisme : je veux parler de la mort de la pensée devant l'affect.

Sur les questions dites ''de société'', depuis des années, c'est toujours le même schéma : on prend un cas particulier excessivement dramatique, et on le matraque partout de façon à ce que l'adversaire passe pour un épouvantable cœur de pierre s'il ose émettre un semblant de réflexion contradictoire. Le Pacs ? Il faut voir les débats de l'époque : la France était alors peuplée de personnes homosexuelles qu'aucune loi ne protégeait, qui se retrouvaient jetées à la rue sans possibilité de recours à cause de l'épouvantable famille de leur conjoint décédé qui captait leur héritage légitime. Jusque-là, les concubins hétérosexuels trouvaient bien le moyen de ne pas se marier sans que cela n'inquiète personne ; mais peu importe. On fit donc une loi pour pallier cette épouvantable atteinte à l'Amour.

Avec le débat sur l'euthanasie, même chose. Voici un cas particulier, celui d'une mère contrainte ''d'aider son fils à mourir'' parce que l'on refuse au malheureux le DROIT de mourir. Nos chaumières, abreuvées du sublime façon Nous deux + un roman et tétanisées par les larmes de cette famille brisée, trouvèrent absolument admirable qu'une maman administre à son fils pour le tuer du pentobarbital de sodium, un produit que les Etats-Unis eux-mêmes récusent dans la mise à mort de leurs condamnés.

Et voici qu'avec l'élection de François Hollande, nous nous précipitons à marche forcée vers l'ouverture du mariage aux couples homosexuels. Une véritable urgence, une priorité absolue : comme le reconnaissait ingénument Najat Vallaud-Belkacem dans une interview au magazine Hétéroclite il y a peu, comme de toute façon le nouveau président a les mains liées en matière budgétaire, ''cette loi ne coûtera rien aux finances publiques.[...] Dans cette campagne présidentielle, on a le sentiment que l’air est très lourd. Il y a la crise économique, les gens souffrent, on parle de sujets très sérieux, très techniques : l’économie, l’Europe, la finance, les banques… Une mesure comme celle-ci donnera l’occasion de respirer, de rêver aussi''. Le mariage gay comme opium du peuple en souffrance, en somme.

 

Et c'est toujours la même trame, le même scénario de ''débat'' pipé. Devant la souffrance terrible de Jean et Romain, marine-sarko-bayrou.jpgobligés de cacher leur couple aux yeux de l'Aide sociale à l'enfance pour que Jean puisse adopter la petite Emma, qui ne pourra jamais être élevée par Romain s'il arrive quelque chose à Jean, l'empathie s'emballe, la compassion déborde. Les sceptiques face à l'adoption par un couple homosexuel auront beau avancer leurs arguments, les larmes du camp d'en face balaient toute réflexion : quiconque raisonne froidement face à de tels drames ne peut au mieux qu'être insensible, au pire un affreux homophobe masqué.

 

Piégé, le débat. Quel débat d'ailleurs ? A coups de citations tronquées, de chiffres délirants (selon l'Association des parents gays et lesbiens, en 2001, 30.000 enfants vivaient dans des familles homoparentales ; en juin 2004, ils étaient 150,000 ; en septembre de la même année, 200.000 ; en 2005, entre 200 et 500.000) on tente de nous faire croire qu'en France, les couples homosexuels ont en moyenne quinze enfants et vivent dans une zone de non-droit familial absolu.

 

Le seul argument, dans les débats actuels consiste à dire : ''Et si c'était vous ? Si c'était vous qui étiez homosexuel, n'aimeriez-vous pas que l'on vous y autorise ?'' D'où la profusion de campagnes mettant en scène les hommes politiques, que ce soit pour l'euthanasie, l'homoparentalité... ou même contre l'avortement (même si cette dernière affiche, représentant François Hollande en foetus, est une parodie créée par le blogueur Fik Fikmonskov, elle a été largement diffusée sur les réseaux sociaux).

 

Faudra-t-il pour débattre, montrer patte blanche, justifier de sa propre souffrance, opposer la douleur du couple stérile à la détresse de l'enfant adopté ? Si oui, souffrez alors que je sois légitime : 100% de mon couple et 100% de ma fratrie sont adoptés. Est-ce assez ? Sans doute. Mais je refuse d'entrer là-dedans.

 

Si je suis opposée à l'adoption par les couples de même sexe, ce n'est pas du fait de ma propre histoire d'enfant adoptée. Je ne crois absolument pas que la légitimité se fonde sur l'expérience intime, qui varie d'une personne à l'autre. Sans doute cela me donne-t-il une sensibilité particulière à cette question ; mais elle n'est pas plus ni moins légitime que la sensibilité elle aussi épidermique de l'homosexuel qui veut adopter. Je ne crois pas non plus que les personnes homosexuelles soient dépourvues, loin s'en faut, des qualités nécessaires à l'éducation d'un enfant.

 

Par contre, je dis que l'homosexualité est par nature biologiquement stérile. Et qu'une loi décrétant le contraire n'y changera rien. L'anthropologie ne se décrète pas. Oui, on peut légiférer en disant qu'un enfant peut naître de deux hommes et de deux femmes, à l'image de l'adoption plénière qui inscrit l'enfant dans une filiation non biologique. Bien sûr qu'on le peut. Et cela ne donnera pas pour autant des suicides collectifs d'enfants de couples homoparentaux. Par contre, oui, ce sera plus compliqué pour eux.

 

hollande-foetus.jpgL'adoption, au fond, qu'est-ce que c'est aujourd'hui ? C'est un enfant, né par nature d'un homme et d'une femme, qui se trouve par accident privé d'un père et d'une mère. Et qui rencontre un homme et une femme, par nature fertiles mais stériles par accident. Les uns et les autres trouvent dans l'adoption le moyen de réparer ce qui, dans leurs parcours de vie respectifs, constitue une blessure.

 

L'adoption, que sera-ce demain ? Ce sera un enfant, né par nature d'un homme et d'une femme, que l'on prive volontairement de son père et de sa mère. Et qui rencontrera deux hommes ou deux femmes, par nature infertiles, qui, refusant cette infertilité ontologique, feront comme si l'enfant avait pu naître d'eux.

 

Parce que dire qu'on peut être issu de deux hommes ou de deux femmes, c'est un mensonge.

 

On peut vivre dans le mensonge. On enrichit quelques psys au passage, on en bave, on est mal, mais on peut.

 

Mais ça reste un mensonge.

 

L'alliance VITA propose une pétition pour le droit de l'enfant à avoir un père et une mère. C'est ici.

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 15:38

  1-presid-illustration-vote-abstention_228.jpgJe sais pas vous, mais moi, cette campagne présidentielle, j'en ai ras la calotte. Une overdose comme j'en ai rarement eu. D'autant que, en bonne catholique, je représente une cible fort convoitée, si j'en juge le nombre d’œillades que me fait le candidat le moins bien placé pour le 2e tour. Et quand je parle d’œillades, je devrais dire drague obscène. Au point que, alors que je m'étais promis de ne pas écrire sur le sujet, me voilà à mon pupitre.

Voyez-vous, cela fait quelques jours que je ne peux plus ouvrir ma page Facebook sans avoir l’œil agressé par des affirmations péremptoires du style : ''Les cathos qui voulaient voter Hollande, lisez ça et changez d'avis !'', ou encore : ''Je pars en direction du Trocadéro pour soutenir Sarkozy, le président pour lequel je veux voter. Je ne suis pas favorable au vote blanc, ni à un certain purisme catho (motivé en apparence par la Vérité... mais qui au fond n'est pas incarné, et tremble de peur face aux spectres du laïcisme, des images médiatiques faussées et diabolisatrices de Sarko, et du binarisme manichéen gauche/droite)''. Ou bien : ''Le seul vote cohérent est le vote responsable ! Votez utile ! Votez Sarko !'' Ou ceci : ''Rappel et conseil à qui pense voter blanc, nul ou s'abstenir : Ça ne sert strictement à rien!'' Allez, un dernier pour la route : ''Excellent article synthétique qui répond admirablement aux catholiques qui seraient tentés de voter Hollande en raison de leur sensibilité de gauche ou aux belles âmes qui voudraient voter blanc''.

My God, si j'ai encore le droit de le dire.

Car je finis par me poser la question. Moi, le 6 mai, je ne voterai pas Sarkozy. Je suis donc, si j'en crois les statuts FB pré-cités, et qui proviennent de gens que j'estime, voire que j'aime : 1/ une girouette, 2/ pas incarnée et peureuse, 3/ irresponsable, 4/ un peu coconne, 5/ ''belle âme'' péchant par ''sensibilité''. Ouille, mes dents.

Mieux : si j'en crois le discours sous-jacent, je ne suis même pas une bonne catholique. Et c'est d'ailleurs ce que trois éminents prêtres tradis, dont l'abbé de Tanoüarn, que je considère comme l'un des cerveaux de prêtre les plus brillants que je connaisse – et cela dit sans ironie aucune – m'ont déjà expliqué dans une lettre qui n'est ''en aucun cas une consigne de vote'' mais dans laquelle on m'explique que le programme de François Hollande n'est pas catholique.

Plus écoeurant encore : il circule en ce moment un faux mail, attribué à un carme parisien, qui reprend toutes les prises de position du président Sarkozy en faveur de l'identité chrétienne de notre pays, des valeurs chrétiennes en général et de tout ce qui va avec'', et explique que le seul vote cohérent pour un catholique est le vote Sarko. Manque de bol, le frère Christophe Marie, joint par un mien ami, n'est absolument pas au courant qu'il a écrit ce texte. Quelqu'un a simplement usurpé son identité pour donner une crédibilité au message.

Ce dernier procédé m’écœure.

Pour le reste, j'ai le cuir solide, et rassurez-vous : je ne suis pas blottie dans mon lit à pleurer parce que mes amis n'ont pas les mêmes opinions que moi. Et je sais bien que nous sommes à la veille du deuxième tour, que les esprits s'échauffent, que la direction que prend la société - qu'elle tourne à droite ou à gauche – est terrifiante. Cela fait plusieurs années que je ne cesse de le dire à travers ce blog.

Est-ce une raison pour tomber à ce point dans l'anathème ? Cher ami blogueur-catho-de-droite, fais-moi la grâce de ne pas me penser totalement idiote. Estime-moi capable d'une réflexion, ne fût-elle pas la tienne. Épargne-moi les slogans binaires matraqués, les syllogismes trop court, la culpabilisation sourcils froncés. Tu es un grand garçon ou une grande fille, et moi aussi.

Vois-tu, je ne voterai pas Sarkozy. Je ne voterai pas Hollande non plus. Je ne voterai pas du tout, en fait. Et je l'assume. Et je vais t'expliquer pourquoi.

Cette élection du 2e tour, je la vois comme un choix pervers. Ce qu'il me faut choisir, c'est moins un président que la survie d'une des catégories de faibles de notre société. Et la perversité est là : si je choisis tel faible, je condamne tel autre. Si je vote Sarkozy, je sauve le vieillard souffrant à qui l'on explique qu'il n'est plus digne et qu'il n'a qu'à se suicider. Si je vote Hollande, je sauve le gamin sans papiers en centre de rétention. Si je vote Sarkozy, je participe au matraquage des chômeurs, dont il veut nous faire croire que ce sont des nantis passant leur temps à refuser des offres d'emploi pour continuer à buller aux frais du contribuable. Si je vote Hollande, je participe au délire collectif d'une gauche obnubilée par le contrôle étatique du sexe, qui s'arroge le pouvoir de dire par la loi ce qui est anthropologique et ce qui ne l'est pas. Voter Sarkozy ? Impossible, je déteste les ambiances sociales à couper au couteau. Voter Hollande ? Hors de question, j'ai en horreur le totalitarisme soft. Le choix qu'on me propose ? L'obsession du fric contre l'obsession du cul.

Sans moi, cher ami. La vie m'a appris que lorsqu'un choix pervers nous est proposé, le mieux est de ne pas en faire.

Et mon non-vote n'est pas une démission. Rassure-toi, j'ai lu les textes, celui de Jean-Paul II parlant du devoir de chaque chrétien de participer à la vie politique, celui de la Conférence des évêques de France, et quelques autres. Mais la participation à la vie politique se résume-t-elle au vote ? Non, Dieu merci. Cela fait longtemps que je crois, et que j'écris, que l'influence d'un groupe n'est pas tant affaire d'élections que de lobbying. D'autres que nous ont montré la voie : chapeau bas au lobby gay qui a réussi à faire en sorte qu'une élection présidentielle dans un pays au bord du gouffre puisse se jouer sur les préoccupations d'une infime partie des personnes homosexuelles; félicitations à l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité qui, à une poignée de clampins, est parvenue à imposer l'idée que le grand âge est un fardeau. Un grand bravo, vraiment. Et à très vite : c'est votre exemple qu'il faut suivre.

Le 6 mai, vive la pêche au goujon. Le 7, rendez-vous dans l'arène.

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Jeudi 19 avril 2012 4 19 /04 /Avr /2012 14:06

i-love-jules-ferry-132147185442 Quand on est journaliste, on essaie de comprendre, d'analyser et de ne pas juger. Parfois c'est facile ; d'autres fois moins. Une excellente occasion m'est offerte aujourd'hui grâce à mes confrères de Ouest France , qui racontent comment des élèves d'une école privée catholique de Rennes se sont vu interdire l'accès au Conservatoire de l'école publique, un musée créé par la Délégation départementale de l'Education nationale d'Ille-et-Vilaine (DDEN35) et qui propose « aux enfants de redécouvrir à quoi pouvait ressembler une salle de classe à l’époque de Jules Ferry et d’assister à un cours version ''un siècle plus tôt'' ».

Le journaliste de Ouest-France, dans un souci légitime de comprendre, a donc appelé le président de la DDEN35, Jean-Louis Robert, pour lui demander pourquoi. Réponse de l'intéressé : « C'est dans nos statuts. Ce Conservatoire est réservé aux élèves du public et nous refusons que des élèves des écoles catholiques s'y rendent. C'est notre droit et c'est comme ça ».

 

Bon.


Monsieur Robert, c'est pas une critique, mais on ne peut pas dire que vous nous aidiez, ma carte de presse et moi, à tenter de comprendre la raison d'une telle interdiction. Mais c'est pas grave : j'ai quelques idées que je me propose de vous soumettre, amis lecteurs.

 

1/ Les enfants des écoles catholiques sont pleins de microbes. Et par les temps qui courent, et même qui galopent, avec la résistance accrue aux antibiotiques, les pesticides dans les légumes et la recrudescence de la tuberculose, ces élèves sont une population à risque qu'il convient, dans un souci prophylactique, de mettre en quarantaine. Pensez donc : ces malheureux enfants obligés de prier à genoux sur la froide dalle d'une chapelle humide plusieurs fois par jour – c'est bien connu que ça se passe comme ça dans les écoles cathos, et encore je ne vous parlerai pas du cilice obligatoire – sont des tuberculeux qui s'ignorent, pardon : des poitrinaires et des phtisiques, comme on dit sans doute au Conservatoire, où l'on a probablement tenu à conserver aussi le langage de l'époque de Jules Ferry.

 

2/ Les enfants des écoles catholiques veulent s'inscrire dans une histoire qui n'est pas la leur. Dylan, Kevin et Malika, que leurs parents ont inscrit au cours Sainte-Thérèse parce que le public ne remplit plus son rôle ce sont des calotins finis, sont exclus de fait de l'Histoire de France qui, comme chacun sait, est laïque et républicaine depuis au moins Clovis. Leurs ancêtres à eux étaient certainement d'épouvantables sectaires se réunissant chaque soir dans un presbytère aux volets clos dans lequel de mystérieux jésuites à l'oeil plein de flammes pratiquaient d'étranges rituels de malédiction de la République. Dylan, Kevin et Malika, désolée : vous vous imaginiez Français, mais en fait vous êtes Cathos. Allez hop, retournez à vos chapelets – comment ça ''c'est quoi'' ?

 

3/ Suis-je sotte!!! Décidément je vois le mal partout. En fait c'est pas discriminatoire, c'est une mesure qui vise à protéger les Minorités™ de l'effrayante machine centralisatrice jacobine qui a un siècle durant éradiqué la moindre trace de Diversité™ des publics scolaires français. Non mais pourquoi pas demander à Aminata et Idris de réciter ''nos ancêtres les Gaulois'', tant qu'on y est ? Vous imaginez un peu le traumatisme de Dylan, Kevin et Malika, obligés d'être confrontés à cette réalité atroce de l'école laïque, gratuite et obligatoire du temps de Jules Ferry ? Et sans l'ombre d'un crucifix au-dessus du tableau noir pour les soutenir ? Bourreaux d'enfants, va.

 

4/ La République est en danger. Les émigrés royalistes rassemblent leurs troupes aux frontières de France, avec l'argent de l'Autriche et de la perfide Albion. L'ennemi est à nos portes, et la Cinquième Colonne, à savoir les Catholiques, essaient de l'intérieur d'espionner la merveilleuse école républicaine, ce joyau que le monde entier nous envie. Holà, félons, il faudra passer sur nos corps laïques, gratuits et républicains. Nous défendrons jusqu'à la mort le Conservatoire de l'Education Nationale. Roulements de tambour.

 

Bon, je billevèse, je baguenaude, je me ris, mais en fait c'est pas idiot. Allons jusqu'au bout de la logique. Réservons l'entrée au Musée des Arts Premiers aux enfants descendants d'immigrés africains et asiatiques. Interdisons l'accès des Invalides aux enfants dont les parents ne sont pas militaires. Les musées gallo-romains, aux Gallo-Romains.

 

Le monde s'en portera bien mieux, vous verrez.

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Vendredi 24 février 2012 5 24 /02 /Fév /2012 08:34

l solutionEn période de crise, c'est quand même rassurant de voir à quel point les hommes politiques et responsables de tous bords se penchent sur les vrais problèmes des vrais gens. C'est vrai quoi : on compte un million d'enfants pauvres en France, un chômage exponentiel, un salariat précarisé toujours davantage, la méfiance, voire la haine qui s'installe confortablement entre catégories de la population, les jeunes diplômés qui sont toujours en stage à 35 ans, l'industrie morte, l'espérance éradiquée, l'école sinistrée, les retraites qui implosent, le système de santé au bord du gouffre, les prisons débordées, nos soldats qui se font tirer comme des lapins dans une guerre ingagnable qui n'est même pas la nôtre, mais tout va bien, nos responsables sont à la barre, et croyez-moi, ils ont les solutions qui décoiffent.

 

L'une de ces solutions, prise courageusement par notre administration, est de faire cesser cette intolérable discrimination qui fait que l'on appelle les jeunes filles « mademoiselle », et les femmes mariées « madame ».

 

Valérie pourra continuer d'élever seule ses deux enfants avec moins de 1000 euros par mois, mais elle aura la satisfaction de voir que l'huissier venu chez elle saisir son mobilier l'appelle Madame et non Mademoiselle.

 

Stéphanie ira bien avorter sous la menace de son petit ami, déjà marié, mais au moins les médecins tueront son bébé en l'appelant Madame.

 

Véronique continuera de travailler à temps partiel dans un supermarché, sans pouvoir rentrer chez elle pendant la pause de 6 heures imposée par son employeur, ce qui la fait quitter son domicile à 5h le matin et rentrer à 21h, mais elle sera une Madame.

 

Quant à Virginie, elle continuera d'être payée 20% de moins que son subordonné Clément, mais il ne l'appellera plus Mademoiselle, et ça, franchement, ça change sa vie.

 

Ce qui est chouette, c'est qu'à l'approche de l'élection présidentielle ce genre de mesures courageuses est prôné par la quasi-totalité des candidats.

 

Si Hollande est élu, les gens auront le droit de se suicider (alors qu'avant ils n'avaient pas le droit, hein), mais avec l'aide de leur médecin, ce qui est nettement plus convivial.

 

Si Sarkozy repasse, les gens auront le droit de travailler, grâce à un référendum qui va résoudre le problème du chômage, avec cette question qui renferme la solution ultime à la paupérisation galopante de la société : « Pensez-vous que ces salauds de pauvres doivent aller bosser à coups de pied au cul au lieu de glander devant TF1 pendant que les travailleurs les entretiennent ? »

 

Je vous le dis, vivement le mois de mai. On va voir ce qu'on va voir.

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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