Jeudi 9 décembre 2010 4 09 /12 /Déc /2010 21:21

eurovision96_VR.jpgDécidément, comme ne cessent de nous le clamer les tenants de la Modernité Décomplexée et Heureuse (MDH®), la France est en retard. C’est ce que je me disais fin 2006 en regardant ce numéro d’Envoyé spécial où l’on montrait comment certaines cliniques espagnoles pratiquaient l’avortement jusqu’à 8 mois de grossesse. Espagnols eux-mêmes sacrément en retard sur les Anglais, qui sans doute vexés de se voir coiffés au poteau de la MDH® par les Ibères, ripostaient un mois plus tard via le Collège Royal des obstétriciens et gynécologues britanniques, qui suggérait carrément l’avortement post-partum, avec cette logique imparable : « Pourquoi pensez-vous qu'on pourrait donner la mort à un bout du "conduit de la naissance" et non à l'autre ? » Ce foie jaune de législateur n’a pas eu les cojones de suivre cet avis éclairé. L’Anglais s’est donc rabattu, tout triste, sur le droit du travail qu’il a achevé de dépecer pour avoir une chance de rester dans la course.

C’était sans compter sur les Pays-Bas. Le Batave, on nous le crie à l’envi, est la quintessence sur pattes de la MDH®. Pensez, il est trop cool le Batave : il se déplace à vélo, fume de l’herbe qui fait rire en faisant des bisous aux gendarmes et met ses prostituées en vitrine, parce qu’au moins, là, on voit la marchandise vachement mieux que sous un réverbère pourri.

C’est donc au pays de la tulipe et du moulin qu’on a écrabouillé les velléités de course en tête des Espagnols et des Anglais, et ce dès 2004. Il s’agissait de proposer l’euthanasie, non pas pour les vieux ni les débiles, ce qui serait limite conservateur, mais pour les enfants. On vota donc, en Batavie, que l’enfant de moins de 12 ans trop malade ou handicapé pour rester digne (retenez bien ce mot, il est l’excuse de toutes les saloperies) pourrait être euthanasié s’il le souhaitait et que ses parents étaient d’accord MAIS aussi, et là on confine à l’indépassable, si l’enfant n’était pas d’accord. Ou si on ne sait pas trop vu qu’il ne peut pas parler. Prenez ça dans vos faces, ringard Anglais, has been Espagnol.

 

 Las ! Voilà que le Suisse, bien que légendairement lent et peu prompt à tenter quelque compétition européenne que ce soit – il a quand même laissé passer 4 éditions de l’Eurovision, c’est dire – s’est réveillé et a contemplé, du haut de ses cimes enneigées, l’état de l’avancée de la MDH® en Europe. Constatant avec un certain dépit qu’il lui serait difficile de faire plus que le Hollandais, qui peut désormais euthanasier de moins neuf mois à l’infini, il décida de faire dans le gore. C’est ainsi que sur les riantes rives du lac de Zurich, l’on vit prospérer l’association Dignitas (vous noterez que décidément le concept de dignité est très en vogue chez le tenant de la MDH®) qui, plutôt que de s’embêter à demander à des médecins de prescrire des barbituriques aux candidats au suicide (un médecin, c’est parfois un empêcheur de mourir en rond), sortit de sa boîte à idées le kit de suicide, comprenant du gaz (hélium) et un sac. Ensuite on allait dans des bagnoles planquées dans les bois filmer les candidats au suicide qui se mettaient la tête dans le sac et agonisaient durant de longues minutes. Les films étaient ensuite envoyés à la justice, afin que celle-ci constate qu’il n’y avait pas meurtre mais suicide.

Croyez-moi ou ne me croyez pas, mais il s’est trouvé des gens pour s’émouvoir et même s’indigner de zurich.jpgcette situation. Surtout quand on se rendit compte que Dignitas (je ne sais pas vous, mais je ne parviens pas à me lasser de ce nom) facturait l’hélium + le sac + l’accompagnement au fond des bois 300 francs suisses (soit 190 euros), les plus riches pouvant se payer le fameux pentobarbital beaucoup plus rapide et confortable au prix de 40 000 francs suisses (25000 euros). Et que les corps incinérés non réclamés étaient balancés dans le lac de Zurich (jolie photo ci-contre de quelques-unes des urnes retrouvées par des esprits chagrins).

Vous conviendrez qu’avec de tels champions, le petit débat ridicule de la France sur les cellules souches embryonnaires fait rigoler la MDH® tout entière. On avait pourtant cru qu’on pourrait être champions, et ce dès 1989, avec l’arrêt Perruche, qui reconnaissait enfin – mais comment avait-on pu vivre en harmonie avant – un préjudice d’être né. Las ! Comme pour les Britanniques et leur avortement post-partum, ce foie jaune de législateur, tout ça tout ça etc.

Heureusement que nous avons les Belges, qui sont comme chacun sait des Français qui mangent des frites en buvant de la bière. Un tribunal belge vient de rendre un verdict qui sauve l’honneur de la MDH® francophone. La cour d'appel de Bruxelles a en effet condamné un hôpital à indemniser des parents au nom de leur fille dont le handicap n'avait pas été détecté lors du diagnostic prénatal. Ils ont estimé que la fillette, née trisomique et lourdement handicapée, avait subi un préjudice indemnisable à hauteur de 30 euros par jour de vie.

Triste mais banal ? Pas tant que ça. Les juges ont en effet estimé que le préjudice, pour les parents (vu que la petite fille est morte en mars dernier à l’âge de 11 ans), était à la fois d’ordre moral… et esthétique.

Vous avez bien lu, esthétique.

Je vous laisse, je vais vomir.

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Mercredi 8 décembre 2010 3 08 /12 /Déc /2010 10:58

image002.pngIl est rassurant de constater qu’à l’heure où la publicité nous inonde de messages parfois franchement limites, à l’heure où le Bureau de vérification de la Publicité n’interdit les messages publicitaires dégradants que lorsqu’il lui faut manifester qu’il existe toujours, il existe des patrons de presse responsables, prêts à braver l’opinion publique et la pensée unique, à faire fi des conséquences financières pour leur journal afin de défendre leurs lecteurs contre l’offensive  antilaïque des forces de l’Empire du Mal de l’Eglise catholique.

 

C’est en effet un coup de chapeau bien bas que Nystagmus tire aujourd’hui à 20 minutes, édition de Lyon. L’histoire tient en quelques lignes : grâce à un généreux mécène, 4 pages de publicité avaient été achetées par le diocèse de Lyon dans l’édition de ce 8 décembre. 4 pages que vous ne verrez pas dans le journal de ce matin, puisqu’au dernier moment, à 20h30 hier soir, la direction de 20 Minutes a décidé de les annuler purement et simplement.

Vous le savez ou pas, le 8 décembre dans le calendrier romain marque la fête de l’Immaculée Conception. Et à Lyon, cette fête est tout à fait particulière : depuis un siècle et demi, les Lyonnais ont pris l’habitude de mettre ce soir-là à leurs fenêtres de petites bougies afin de marquer leur reconnaissance à Marie, qui les aurait protégés du choléra. La tradition a perduré jusqu’à nos jours, et a même été récupérée de façon plus ou moins réussie selon les années par la mairie de la ville, qui en a fait un événement d’envergure internationale, en invitant des artistes du monde entier à illuminer les façades des bâtiments de la ville.

Autre particularité lyonnaise, l’Eglise y a comme dans nulle autre ville française un poids encore important. Par exemple, le maire (pourtant franc-maçon) et tous les élus, quelle que soit leur étiquette politique , assistent chaque année à une autre tradition locale, le renouvellement du Vœu des Echevins. Lyon, en tant que capitale française du catholicisme (son évêque est le primat des Gaules) reste une véritable citadelle du catholicisme, et peu d’élus peuvent se passer du réservoir de voix que constituent les cathos, laïcs, clercs et congrégations qui vivent ici. La laïcité y est donc appliquée d’une façon beaucoup plus apaisée qu’ailleurs, et cela ne profite pas qu’aux seuls catholiques.

Mais de tout cela, 20 Minutes n’en a cure. L’édition lyonnaise du titre gratuit a donc accepté l’argent du diocèse et les pages de publicité, avec on l’imagine une certaine reconnaissance, vu la situation financière du journal. Et puis, tout à coup, patatras ! Un pointilleux laïciste de la régie publicitaire, estimant sans doute que son canard gratuit avait délégation de service public, a remarqué – tenez-vous bien et éloignez les enfants s’il vous plaît- que dans ces pages de publicité il y avait... une prière. Oui, vous avez bien lu. Ces salauds de cathos ont osé. Dans un journal sérieux, essayer de mettre un douce un Je vous salue Marie. Ils ont failli y arriver.

Conscients plus encore que s’il avait été croyant du pouvoir démesuré du Je vous salue Marie, notre courageux laïciste a donc décroché son téléphone, et téléphoné au diocèse de Lyon, en leur expliquant que hein, bon, à 20 minutes on respecte et tout et tout, mais heu, comment dire, si vous pouviez juste enlever ce truc, là, qui fait peur au milieu, quand même, ce serait cool. Le diocèse a répondu qu’il refusait de renoncer à Marie. 20 minutes a donc renoncé à diffuser la publicité incriminée.

Que l’on soit bien d’accord : 20 Minutes est un journal privé, qui fait ce qu’il veut et accepte ou refuse l’argent des annonceurs comme il l’entend. Mais cette panique à 20h30 hier soir, alors que les 4 pages avaient été livrées la semaine d'avant, est ridicule, et les explications embrouillées du journal seraient comiques si elles n’étaient si tristes : selon nos informations en effet, les responsables se sont barricadés derrière une ligne de conduite éthique selon laquelle « la régie ne prend aucune publicité ni politique, ni religieuse ». On a des principes moraux à 20 minutes. Le cul, oui, le culte, non. Il faut croire que les pubs pour la viande hallal n’entrent donc pas dans le  cadre de cette éthique… ni même la dernière campagne pour le denier de l’Eglise, pourtant acceptée sans problème par le même journal. On chuchote même selon de bonnes sources que la décision finale a dû être prise au plus haut niveau du quotidien, à Paris.

L’incident, me direz-vous, n’a pas grande importance. Il montre juste deux choses :

1/ La laïcité à la française se durcit, et cette histoire n’est qu’un épisode de plus dans une montée de ce qu’il faut bien appeler au minimum l’incompréhension totale du fait religieux, au maximum l’intolérance à ce même fait.

2/ La prière, c’est tellement fort, tellement puissant que même ceux qui n’y croient pas la redoutent. Quand Mamon recule devant Marie, j’y vois un hommage de la plus belle espèce à la grandeur  de la prière. Merci 20 Minutes.

 

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Samedi 20 novembre 2010 6 20 /11 /Nov /2010 10:42

Muhammad-Aslam-Khaki-1.jpgAlors que le massacre de chrétiens se poursuit en toute impunité au Pakistan, comme on peut le voir ici, qu’une autre chrétienne, Martha Bibi, attend son jugement, Nystagmus vous propose de faire plus ample connaissance avec un homme particulièrement courageux. Vous vous souvenez peut-être de Mgr Timotheus Nasir, primat presbytérien du Pakistan, qui défend la cause des chrétiens au péril de sa vie. Et ils sont nombreux, parmi les prêtres et les pasteurs chrétiens, à clamer haut et fort que la loi anti-blasphème est une honte. Mais, pourrait-on dire, c’est un peu leur boulot – d’abord parce qu’il est du devoir du chrétien de se dresser contre l’injustice, ensuite et surtout peut-être parce qu’ils sont directement concernés – ce qui n’enlève rien à leur courage bien entendu.

Mais dans ce combat contre l’intégrisme, ils ne sont pas seuls. Des musulmans aussi se battent contre cette loi, et leur combat mérite d’autant plus d’être salué. Laissez-moi vous présenter l’un de ces justes.

Il s’appelle Muhammad Aslam Khaki. Cet été, lors de l’affaire des deux frères chrétiens relaxés dans leur procès pour blasphème et assassinés à la sortie du tribunal, cet influent avocat musulman, professeur d’université, avait déjà protesté vigoureusement contre un tel déni de justice : “Nous condamnons ouvertement la violence. Personne ne peut se faire justice seul : c’est un principe essentiel dans un état de droit. Les deux chrétiens par ailleurs étaient innocents et le tribunal les avait disculpés. Ces évènements sont une atteinte à la loi et au respect des droits de l’homme sur lesquels le Pakistan doit veiller”, avait-il alors déclaré à l’agence Fides, demandant à ce que la loi anti-blasphème soit abrogée.

Cette déclaration, qui lui avait valu bien des menaces, n’était pas la première du genre, loin s’en faut. Et le Dr. Aslam Khaki ne s’en est pas tenu à ces seules déclarations : à plusieurs reprises, il a assuré la défense de chrétiens accusés de blasphème. Sa particularité ? Il est spécialiste de la Charia. Et c’est avec les arguments de la Charia qu’il parvient à faire libérer ceux qu’il défend.

On l’a vu par exemple lors de ce procès où des accusés convaincus d’avoir consommé de l’alcool ont été relaxés en deuxième instance par la Cour islamique, au motif que les 40 coups de fouet auxquels ils étaient condamnés n’étaient pas en conformité avec la loi islamique. Ou encore, lorsqu’il a défendu le droit pour des prisonniers d’obtenir des visites conjugales.

Prisonniers, consommateurs d’alcool, chrétiens, mais aussi hijras, ces eunuques pakistanais, vestiges d’une culture pré-islamique et pauvres parmi les pauvres, puisque aujourd’hui voués à tous les tourments (viols, tabassages, prostitution, etc.) sans que cela ne trouble la majorité. « On m’accuse de protéger la culture gaie, dit-il. Mais je ne fais que protéger ces gens de la culture policière du viol et de la torture. » En décembre 2009, il obtient de la Cour suprême – chose inimaginable dans cette République islamique – qu’elle ordonne au gouvernement de créer un troisième genre pour les hijras sur leurs papiers d’identité, et qu’elle ordonne des mesures de protection concrètes pour eux.  Au-delà de ce symbole, ce coup d’éclat aura permis que les journalistes pakistanais soient désormais à l’affût de toute histoire de viol de hijra, ce qui les protège un minimum, ainsi que M. Aslam Khaki l’explique dans ce saisissant reportage en français.

En 2000, il assure la défense du médecin athée Muhammed Younus Shaikh, qui osa cette déclaration pourtant prudente : « Le Prophète n’a été musulman qu'à partir de 40 ans ». Cette phrase somme toute plutôt banale lui a valu la condamnation à mort. En 2003, la cour suprême finira par l’acquitter ; il s’est depuis exilé en Europe.

En 2003, c’est contre l’instauration de la Charia dans la province frontalière du Nord-Ouest que M. Aslam Khaki se dresse, arguant que les tribunaux de province n’ont pas légitimité pour instaurer une justice différente de l’Etat. Mais son coup d’éclat demeure d’avoir menacé, et l’initiative ne manque ni d’ironie ni de panache, le gouvernement pakistanais lui-même de poursuites pour… blasphème.

L’affaire n’est pas anecdotique et montre bien à quel point le Dr. Aslam Khaki a fait une priorité absolue de la défense des droits fondamentaux de tous. En 2007, le président d’alors, le général Pervez Musharraf, promulgue une Ordonnance de réconciliation nationale (NRO) visant à amnistier ou à exempter de poursuites futures tout fonctionnaire impliqué de près ou de loin dans des affaires de corruption, violences ou même assassinats politiques. Une ordonnance qui protège l’ex-présidente du Pakistan, Bénazir Bhutto, mais également le président actuel, Asif Ali Zardari, et qui est à l’origine d’une crise politique qui perdure encore. Cette ordonnance voulue par le tuteur américain permettait au Pakistan de faire rentrer d’exil Mme Bhutto, de lui permettre de fonder un parti « d’opposition » histoire de faire apparaître le Pakistan comme démocratique, et tout le monde était content : Musharraf restait président, Bhutto pouvait rentrer, et les Américains apparaissaient comme les soutiens d’une véritable démocratie.

Parmi les voix qui se sont élevées contre ce déni absolu de justice, on retrouve donc notre Dr. Aslam Khaki. Et son argument ne manque pas de sel : puisque le Président de la République a osé comparer la NRO à la Constitution de Médine, qui consacra l’alliance du Prophète avec les juifs et les chrétiens, il a blasphémé ; qu’il retire donc la NRO ou bien il sera poursuivi.

 

Muhammad Aslam Khaki n’est pas le seul musulman à lutter, au Pakistan même, contre la loi anti-mohammad-farooq-khanblasphème, même si ceux qui l’accompagnent sont de plus en plus menacés . Le 14 octobre dernier, Mohammad Farooq Khan, psychiatre, vice-chancelier à l’Université islamique de Swat, était assassiné par deux hommes qui se sont fait passer pour des patients. Les autorités chrétiennes du pays ont unanimement salué un « humaniste, un défendeur de la dignité de tout être humain ». Mais il semble que l’affaire d’Asia Bibi (voir note précédente) ait réveillé les consciences : de nouvelles voix s’élèvent, jour après jour, dans la communauté musulmane, pour demander l’abrogation de la loi anti-blasphème et la protection des minorités.

 

DERNIERE MINUTE: on apprend ce samedi à 16h30 heure française sur le blog du British Pakistani Christian Association la libération prochaine d'Asia Bibi. La mobilisation des Pakistanais soucieux de justice et la pression internationale payent!

Par Nystagmus - Publié dans : Pakistan
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Jeudi 11 novembre 2010 4 11 /11 /Nov /2010 18:42

AsiaBibi.jpgPuisque la loi anti-blasphème au Pakistan n’a toujours pas été abrogée, je vous propose de poursuivre la macabre chronique débutée voici quelques mois sur ce blog du décompte des victimes de cette loi.

Voici Asia Bibi, 37 ans. Son mari Ashiq et leurs enfants sont sur la photo un peu plus bas dans ce billet.. Le village où elle vivait, Ittanwali, est un village de 1500 familles dont 3 seulement sont restées chrétiennes – les autres, lassées des persécutions quotidiennes, se sont converties à l’Islam.

Autant dire que la vie est plutôt compliquée pour ces trois familles. Trop peu nombreuses pour fonctionner en ghetto (pardon, en autarcie) comme c’est le cas des communautés chrétiennes plus importantes dans les grandes villes, elles vivent  sans cesse au contact des musulmans avec lesquels cela se passe plus ou moins bien.

Asia, elle, travaille comme beaucoup de femmes du village pour un gros propriétaire terrien, Muhammad Idrees. Et chaque jour, les autres femmes la harcèlent pour qu’elle se convertisse.

Ce jour-là – le 19 juin dernier – la pression se fait particulièrement importante. On demande à Asia d’aller chercher de l’eau, car les travailleuses ont soif. Elle s’exécute, mais quand elle revient une partie de ses collègues refuse de toucher à l’eau qu’elle a rapporté ; eau devenue, selon elles, impure au contact de la chrétienne.

S’ensuit une discussion animée entre les femmes d’une part, et Asia de l’autre. Et devant l’insistance de ses collègues, Asia  finit par dire « Christ had died on the cross for our sins. What Mohammed had done for them ? (« le Christ est mort pour nos péchés, qu’a fait Mahomet pour nous en délivrer? »). La réponse jette les musulmanes dans une colère noire. Elles commencent à tabasser Asia, puis les hommes du village arrivent, l’enferment dans une pièce, vont chercher les autorités religieuses du village et commencent à élaborer une punition pour la blasphématrice : on décide de lui noircir le visage et de la promener au milieu de la foule en colère sur un âne – autant dire la faire lyncher. Selon l’association Release International qui a recensé les témoignages, un groupe d’hommes dont des religieux musulmans l’a violée et a tabassé ses enfants (« a mob formed and Asia was violently abused by Muslim villagers and clerics. Her children were also beaten »).

Alertés par les chrétiens du village, les policiers sont intervenus… pour arrêter Asia, malgré les supplications de sa famille, arguant qu’ils ne pouvaient passer sous silence de si graves accusations de blasphème.   C’est cette plainte qui vaut aujourd’hui à Asia l’honneur d’être la première femme condamnée à mort du Pakistan (sa famille doit par ailleurs s’acquitter d’une amende de 700 livres, c’est-à-dire 2 ans et demi du salaire moyen d’un travailleur pakistanais).AB_Family.jpg

En France, la nouvelle a été relayée par la presse plus que d’habitude. C’est le Figaro qui a ouvert le bal avec cet article de Thomas Vampouille, qui passe sous silence les détails les plus trash mais reste fidèle à la vérité. En revanche,  l’AFP a pris le relais sous l’angle « actualité européenne » puisque le ministre italien des Affaires étrangères, de passage à Islmabad, a plaidé en faveur de la jeune femme. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on a l’impression à la lecture de la dépêche que, si la sentence de mort est regrettable, les choses ont été faites dans le respect du droit : « L'affaire remonte à juin 2009, lorsque des femmes, musulmanes, qui travaillaient avec Asia Bibi sont allées voir un responsable religieux en accusant la chrétienne d'avoir blasphémé le prophète Mahomet. Le mollah est ensuite allé voir la police, qui a ouvert une enquête. »

Une version pour le moins édulcorée de l’affaire, vous en conviendrez.

Asia aura-t-elle la chance de Sakineh, d’obtenir une mobilisation internationale ? Probablement pas. On se perd en conjectures sur le pourquoi. Est-ce parce qu’Asia n’est pas adultère, ce qui apparemment semble bien romantique à certains de ses défenseurs (on se souvient du « condamnée parce que vous avez aimé » de Carla Bruni) et que le Pakistan n’est pas le Grand Epouvantail européen, contrairement à l’Iran ? Est-ce parce qu’elle sera pendue et non lapidée, ce qui est moins vendeur, il faut le reconnaître ? Ou est-ce parce que notre capacité d’indignation, à nous autres Occidentaux, nous empêche de compatir à plus de 1000 kilomètres de chez nous ?

Je l’ignore. Mais je rafraîchis régulièrement depuis 48h que la sentence a été prononcée la page d’accueil d’Amnesty International et d’Amnesty France. Toujours rien.

Alors je vous laisse en guise de conclusion cette image, prise ce matin à la marche pour la paix des Chaldéens de Lyon, qui en connaissent eux aussi un rayon en matière de persécutions : une banderole avec ces quelques mots : « Donnez-nous la paix, nous vous donnerons des merveilles ». Puisse ce cri d'espoir des chrétiens persécutés être entendu et Asia rendue aux siens.

chaldeens.JPG

 

 

Par Nystagmus - Publié dans : Pakistan
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Vendredi 1 octobre 2010 5 01 /10 /Oct /2010 08:04

Jesus_Christ_Superstar.jpg

Ma chère tante,

L’idée de cette lettre m’est venue en lisant cette réaction aussi outrée qu’outrancière sur le billet de mon ami Chafouin chez les Sacristains. Et comme le prologue du dernier  livre de Jean-Pierre Denis m’a beaucoup amusée(tu peux le lire ici), j’en ai pastiché le titre

Je t’ai croisée aux Etats généraux du christianisme. Tu étais venue assister au débat (d’excellente qualité par ailleurs) entre Xavier Lacroix et Pascal Bruckner sur le couple. Avec un groupe d’amis, tu observais l’assemblée nombreuse et, remarquant la majorité de têtes grisonnantes, blanches ou teintes, tu demandais, mi-gouailleuse mi-intriguée, à ton voisin : « C’est bien beau, mais ils sont où, les jeunes ? »

Je te rassure : s’ils n’étaient pas là les jeudi et vendredi, ils vinrent le samedi, et lors de la Nuit du christianisme ils étaient nombreux. Mais c’est une réflexion que tu t’es probablement déjà faite dans ta paroisse, comme je me la suis faite dans la mienne, pourtant fort pourvue en jeunes familles nombreuses et idéalement placée à côté d’une immense résidence universitaire : le jour où les têtes chenues auront disparu, combien serons-nous autour de l’autel ?

« Ils sont où, les jeunes ? » Il n’y a pas que dans l’Eglise, finalement, qu’on entend cette même question, sur ce même mode mi-paternaliste mi-inquiet. Syndicats, associations, partis politiques, même les francs-maçons, à ce que j’entends dire, sont à la recherche de sang neuf. Mais le fait que la tendance soit très probablement générale n’enlève rien à la question que toi et moi nous posons : où est-elle, l’Eglise de demain ?

Pour tenter de répondre à cette question, il me faut partir de ton enfance à toi.

Vois-tu ma tante, quand je rentre dans un confessionnal, je ne me revois pas enfant, âgée de six ou sept ans, à ma séance d’examen de conscience hebdomadaire et obligatoire, ma liste de péchés plus ou moins cochée sous le bras et la mort dans l’âme. Je n’ai pas vécu tes traumatismes, et je vois un lieu et un rite dont j’ai découvert il n’y a pas si longtemps qu’ils pouvaient encore servir malgré leur relégation dans le fond poussiéreux de la sacristie et durant les grandes fêtes.

Toi, dans les grandes bâtisses de bois et de béton que tu as investies avec ferveur, tu as banni les bancs à prie-Dieu, frissonnant encore des cals aux genoux hérités de l’école des Ursulines . Moi qui aimerais bien m’agenouiller durant la consécration, à la messe, il me faut le faire sur ces fameuses dalles de ciment incrustées de galets chères aux imitateurs de Le Corbusier, mosaïques modernes que je ne comprends pas.

Toi, quand tu entends un chant en latin, tu revis intensément le long ennui de tes dimanches arides, à devoir rester immobile et affamée durant plus d’une heure à écouter un prêtre en chasuble marmonner en te tournant le dos. Moi, quand j’entends certains chants de l’école Gianadda/Akepsimas, je revois les interminables soirées bol-de-riz de carême où l’on m’expliquait que ne pas finir mon assiette serait probablement la cause de la prochaine famine au Sahel.

Toi que ton enfance corsetée a marquée à jamais de la culpabilité liée au plaisir, tu cherches avec frénésie dans le bouddhisme zen et le hata-yoga – issus de cultures pauvres, donc forcément authentiques - de quoi prier avec ton corps. Moi, je découvre avec le sentiment d’avoir été flouée de mon héritage l’intensité toute physique du plain-chant.

En même temps, je te dois beaucoup, ma tante. Grâce à toi, j’ai acquis un solide sens de la fraternité humaine, et encore aujourd’hui cela me nourrit. J’aurais juste voulu entendre parler un peu plus de Dieu avant d’apprendre à Le voir dans mon prochain. Je ne renie pas mon héritage, je réclame juste un droit d’inventaire légitime.

Et je suis un peu étonnée. Toi qui as révolutionné l’éducation afin que mon esprit critique en devienne le centre, toi qui me demandais de penser par moi-même, toi qui as passé ta vie à combattre toute pensée unique ou vécue comme telle, tu t’insurges de ce que je veuille faire le tri dans ce que tu me laisseras. Mais tu sais, ma tante, entonner  « Je crois en Dieu qui chante et qui fait chanter la vie », ça te parlait à toi dont les lendemains seraient forcément à l’unisson. Peut-être ma fille redécouvrira-t-elle avec ravissement la spiritualité que recouvrent ces vers ; moi, à l’heure de la grande crise, de la fin des idéologies et de l’esclavage généralisé à Mammon, j’ai juste envie de dire gravement « Credo in unum Deum ».

Je n’y peux rien, j’ai au moins autant besoin de verticalité que d’horizontalité. De m’agenouiller en recevant la communion que de prendre la main de l’inconnu à côté de moi durant le Notre père

Et ce qui m’agace un tout petit peu, ma chère tante que j’aime, ce qui me chagrine et pour tout dire me préoccupe, c’est que j’ai la nette impression que cela t’est insupportable. Tu constates que l’église de la paroisse est vide de cheveux non gris, mais plutôt que de proposer aux jeunes une nuit d’adoration continue, un kyrie sans djembé ou pourquoi pas un car pour le pélé de Chartres, tu regardes avec un demi-sourire la fraternité Saint Pierre ou la communauté du Verbe de Vie recruter à tour de bras, en disant : « y’en a beaucoup qui entrent, mais beaucoup en sortiront… » Peut-être, je n’en sais rien. Mais si certains quittent ces tribus-là, je ne suis pas sûre que ce soit pour rejoindre ta paroisse, ma tante. Et je te ferai grâce de l’hémorragie de prêtres défroqués dans les années 70-80.

Puisque nous en sommes à nous parler franchement, veux-tu que je te dise ? Tes combats ne sont pas les miens. Tu reçois le bulletin de la Conférence des baptisé-e-s de France ? Moi je me demande ce qui fonde cette association, par ailleurs composée de gens estimables, à parler en mon nom. Parce que je ne comprends même pas leurs revendications. Le mariage des prêtres, le ministère des femmes ? Je ne vois même pas pourquoi il faudrait que je me positionne tant je trouve que le débat n’est pas là. Mais c’est un syndrome de ta génération, ma tante : à force de ne pas vouloir passer, à force de vouloir absolument régler l’ordre et la teneur des débats que l’on peut ou pas avoir, toi qui as décrété que tu serais jeune jusqu’à ta mort, tu verrouilles ce que tu rêves être l’Eglise de demain. Je voudrais que l’Eglise nous donne un grand texte magistériel sur l’Islam? Tu décrètes que l’urgence, c’est d’ordonner les hommes mariés. Je demande à parler liturgie? Tu as décidé que le débat, c’est savoir si Mgr Vingt-Trois est mysogyne, pour une boutade qui franchement ne m’a même pas écorché le lobe de l’oreille.

L’Eglise de demain, elle est bel et bien déjà là. Mais elle n’est pas le grand soir catho que tu attendais. Elle veut du sacré, de la transcendance, parce qu’elle a un vécu différent du tien. Tu peux la traiter de réac, voire de facho – ça s’est vu – mais il serait dommage que, parce que la liturgie m’importe, tu dresses un mur d’incompréhension de plus entre nous. Au ciel, François d’Assise fraternise avec Louis-Marie Grignon de Montfort, Frédéric Ozanam avec Bernadette Soubirous ; l’option préférentielle pour les pauvres a de beaux canonisés, mais la récitation du chapelet aussi ;  on devrait pouvoir, toi et moi, cohabiter, et pourquoi pas prier ensemble.

Je te fais de gros bisous, ma tante. A très vite.

 

Par Nystagmus - Publié dans : Catholicisme
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