Mardi 24 août 2010 2 24 /08 /Août /2010 21:31

2298318-3211723.jpgSincèrement, je pense être assez bonne catholique. Mon confesseur vous le dira : outre que je fais rigoureusement appel à lui au moins quatre fois par an, que j’assiste ponctuellement à la messe, je ne l’ai jamais vu blêmir en entendant ma liste de péchés ; et le plus gros que j’aie eu à confesser, celui qui m’a fait faire le tour de l’église au moins six fois avant de me décider à entrer, ne m’a valu que trois Ave et trois Notre Père. C’est dire, nonobstant l’indulgence toute paternelle dudit confesseur, que les portes du Ciel, dans des conditions pareilles, c’est du tout cuit.

Civiquement, c’est un peu pareil. J’ai toujours ressenti avec une acuité particulière l’honneur qu’il y a à être citoyenne d’un pays comme la France, avec une histoire familiale dont il fallait être digne. Descendante de ce bourgeois épris de liberté à l’origine du Serment du Jeu de Paume qui rédigea, avec Mirabeau, la première Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.  Petite-fille de gens qui, au nom de leurs convictions chrétiennes, ont obtenu à la Libération la grâce de l’homme qui avait fait tuer leur enfant résistant. Chaque fois que je vote, je voudrais que l’assesseur fût pénétré de la même solennité que moi – ce qui, je le concède, allongerait considérablement le temps d’attente, même en ces temps d’abstention massive ; je répugne à faire supporter à la collectivité les dépenses de santé dont mon barème personnel, plus tatillon encore que celui de la CPAM, juge qu’elles ne sont pas vitales ; les rares fois où j’ai payé l’impôt sur le revenu, j’en ai fait un gonflement d’orgueil phénoménal, et je ne me suis décidée à profiter de ma niche fiscale de journaliste que le jour où il a bien fallu faire vivre mes enfants.   

Bref, pour faire court, je me retrouve pleinement dans la figure du jeune homme riche (Matthieu 19, 16-22) : pour « être sauvée », comme il dit, il ne me reste plus guère qu’à faire le grand saut les yeux bandés et sans parachute dans l’abandon au Christ. Autant vous dire que malgré toute ma bonne volonté, c’est pas tous les jours pour demain.

Et puis survient l’affaire des Roms. Et nous voilà, moi et ma bonne conscience, bien embarrassées. Des Roms je ne connais guère que la jeune femme qui fait la manche devant Saint-Jean à Lyon, le matin, et qui tient dans ses bras un garçon qui a l’âge du mien. C’est elle qui a engagé une conversation fragile que nous poursuivons chaque fois que je passe devant la cathédrale, et qui consiste à nous donner des nouvelles de nos petits respectifs. Cela ne dure pas plus d’une minute, je ne connais pas son nom ni elle le mien, nous avons en revanche partagé le prénom de nos fils. Ces instants dignes du Prince et du pauvre, nous les avons tous vécu ; lorsque nous nous rassurons à peu de frais sur nos capacités d’humanité, avant d’être submergés par, en vrac, la géopolitique, la peur de mal faire, l’instinct de conservation, l’envie de ne pas voir.

C’est dans ces moments-là que j’aime que mon Eglise prenne position. Moi, cela m’aide. Parce que le catholicisme n’est pas seulement une contre-culture, comme l’explique brillamment Jean-Pierre Denis dans son dernier ouvrage, à paraître ces jours prochains. C’est aussi une contre-nature. Parce que si, originellement, avant le fruit défendu, ma nature était aimante, elle a depuis été « défigurée par le péché », selon la formule catéchétique. Et ma nature défigurée, elle aime bien le christianisme jusqu’à une certaine limite. Je fais comme tout le monde : je tournerais bien dans ma vie de foi avec les mêmes quelques textes bibliques, ceux qui m’arrangent ou mieux, ceux dont je me dit que décidément, Dieu pense fort bien puisqu’il pense comme moi.

Prenez Matthieu 25, par exemple. Vous savez, ce magnifique discours eschatologique où il recadre en quelques péricopes tous ceux qui voudront le suivre à travers les siècles : « Ce que vous faites à ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous le faites ». On peut tourner et retourner mille fois dans tous les sens le truc, rien à faire, nulle part il n’est écrit « ces plus petits sympathiques qui sont mes frères, les plus petits antipathiques n’en faisant évidemment pas partie » : c’est le Christ qui mendie à la sortie de la cathédrale Saint-Jean de Lyon, point.

Et les différents responsables religieux qui se sont exprimés, du pape aux évêques, n’ont pas dit autre chose. Ni qu’il fallait accueillir toute la misère du monde, ni qu’il n’y avait aucun problème de délinquance. Simplement que le Christ est un Rom aujourd’hui. Et que le Christ, on lui pète pas sa caravane avant de le lâcher dans un charter sans se préoccuper de ce qu’il deviendra. On ne le stigmatise pas parce qu’il est Rom, on cherche à travailler avec les autorités du pays dont il vient pour qu’il ait une vie décente là-bas, et tant qu’il est chez nous, on le traite avec décence.

C’est d’une violence immense, en tout cas pour moi, que d’accepter cela. Parce que soyons clairs : il y a des gens comme le père Pic qui ont une foi telle qu’ils le voient au premier coup d’œil, le Christ dans le Rom. Moi pas. Si je n’ai pas le Christ qui me gêne tel un caillou dans la chaussure sur la route toute tracée de ma petite vie ni pire ni meilleure que la moyenne, je n’y arrive pas.

Mais je vais essayer de mieux faire.

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Lundi 26 juillet 2010 1 26 /07 /Juil /2010 15:43

Photo: Joaquim Dassonville pour la revue Mission

tziganes_2007.jpgL’été, le saviez-vous, est aussi la saison des marronniers. Dès les premiers rayons de soleil, voilà que les régimes miracles s’empilent dans les kiosques, tandis que les dermatologues peaufinent leur discours sur le capital solaire. Et quelque part entre « les filières courtes qui décrochent les bons jobs » et les soldes, il n’est pas un journal local qui ne titre sur Vie et Lumière, la mission évangélique des Tsiganes.

 

Alors je profite de ce que mes estimés amis Pierre-Baptiste Cordier et Henrik Lindell aient porté à ma connaissance le texte de la Fédération protestante de France sur les Tsiganes pour vous parler plus particulièrement de la moitié d'entre eux: les Tsiganes évangéliques.

Un trait significatif de la méconnaissance profonde de beaucoup pour ces concitoyens-là tient en un mot : évangéliste. Une bonne part de la presse quotidienne régionale patine : le Midi Libre, que ce soit dans sont édition de Montpellier ou de Bagnols, La Provence, La Dépêche, Le Dauphiné Libéré,  L’Union. Car ces gitans sont évangéli-ques, et non évangéli-stes. Et j'y apprends également, un poil étonnée tout de même, que le dimanche, ils vont à la messe et non au culte. Détails ? Pas tant que ça. Outre que personnellement ça me gonflerait assez de m’entendre appeler catholiste quand je suis catholique et que l'on appelle bonze mon curé, ma maman m’a toujours répété que « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » - j’ai appris bien des années plus tard qu’elle avait plagié Boileau. Cela dit, on peut compliquer un peu les choses, juste pour sourire : certains sont en même temps évangéli-stes, c’est-à-dire qu’ils ont dans leur église un ministère bien précis d’annonce de la Bonne Nouvelle, ministère qui cohabite avec le ministère de pasteur, d’ancien, de diacre, etc. Ce qui fait d’eux des évangéli-stes évangéli-ques. Ou le contraire.

Or les évangéliques, c’est bien simple, on n’y comprend rien. A part le fait que ce sont des suppôts de Bush. Des convertis-par-les-missionnaires-américains, qui se roulent par terre la bave aux lèvres en hurlant « Jésus, Jésus ! », sisisi, je l'ai même vu à la télé. Quand en plus ils sont tsiganes (autant dire des voleurs de poules), alors c’est le pompon.

Sébastien Fath, dans ce qui est à mon sens son meilleur ouvrage, avait pourtant brillamment nuancé les choses. On apprenait par exemple, au fil des pages, que si vous croisez un réformé en Bretagne, c’est qu’il n’est probablement pas Breton de souche. Car les protestants historiques en Bretagne ne sont pas calvinistes, mais méthodistes, c’est-à-dire évangéliques, et ce depuis le début du XIXe siècle. Que les évangéliques américains ne le sont que grâce à une poignée d’Européens issus de la Réforme radicale. Et en tout cas que ces chrétiens-là sont bien chrétiens, avec une histoire de plusieurs siècles, qui n’a rien à envier à la nôtre ; ce sont même eux qui ont fondé les Etats-Unis bien avant qu’ils ne soient les Etats-Unis.

La Pennsylvanie ? Elle tire son nom de William Penn, le fondateur des Quakers, fondateur d’une colonie chrétienne utopiste depuis 1682. Le Massachussets ? Par les puritains, qui avant d’être une insulte étaient des Anglais du XVIe siècle. Rhode Island, capitale : Providence ? Par un théologien baptiste venu réaliser sur place l’idéal de paix et de fraternité qui l’habitait (notamment avec les Indiens) et fonder une colonie utopique, où la liberté religieuse était le principe absolu, y compris – et c’est suffisamment unique au XVIIe siècle pour être souligné  - pour les Juifs et les musulmans.

Mais revenons à nos Tsiganes. Ah ! On me signale dans l’oreillette que ce terme-là n’est pas clair non plus. Tsiganes, c’est quoi ? Ben les gens du voyage. Oui, les Manouches, les Roms, les Gitans, les Bohémiens quoi. Peu importe, m’assure la voix dans mon oreillette : on voit en gros de qui il s’agit.

Bon. Je ne vous referai pas le coup de "catholiste", Boileau, ma mère, etc. Mais le problème est encore là. Je vous renverrai donc à l’excellent site d’A part entière pour une information détaillée.

Or ces Tsiganes évangéliques sont et font l’objet, chaque année, de bras de fer plus ou moins musclés de la part des autorités municipales où ils posent leurs caravanes. En général, le schéma est toujours le même : ils demandent à stationner sur le territoire d’une commune, dans l’une des aires d’accueil prévues par la loi, qui se révèle trop petite, insalubre ou inexistante ; ils se mettent alors ailleurs (sur un stade, dans une aire privée, etc), le maire prend un arrêté d’expulsion, les gens du voyage attaquent la légalité de l’arrêté auprès du tribunal administratif, et qu’ils perdent ou gagnent, cela leur laisse le temps de rester les quelques jours prévus. Parfois, cela se passe plutôt bien, comme ici ou là ; parfois les tensions sont palpables entre nomades et riverains, comme ou encore . Ce dernier article donne d’ailleurs toute la mesure de la situation ubuesque dans laquelle sont les gens du voyage : une commune ayant rempli son obligation légale de construire une aire d’accueil est furieuse que les Roms aient fait un campement sauvage. Or l’aire d’accueil est conçue pour… dix caravanes. Qu’étaient-ils censés faire, nos évangéliques ? Poser dix véhicules et demander aux 90 autres de rouler jusqu’à trouver une municipalité plus accueillante ?

Je vous l'avoue, la violence des commentaires postés sous les articles sus-cités m'effraie. Ce n'est même pas dans l'indifférence que ce déni de droit s'opère et se renouvelle chaque été. C'est avec le sentiment communément partagé que les choses sont bien ainsi.

 

La mission Vie et Lumière, pour mémoire, est une association tout ce qu’il y a de plus réglo, membre de la Fédération Protestante de France (FPF) depuis 1975, c’est-à-dire 20 ans avant la très respectable Armée du Salut. Et les gens du voyage – pour reprendre le terme administratif – sont des citoyens français. Qui malgré tout ne disposent pas des mêmes droits que tout le monde, et sont l’objet d’une suspicion généralisée, ainsi que le rappelle la FPF dans son très opportun communiqué de jeudi dernier, dont voici le texte intégral :

Gens du voyage : n'ajoutons pas une injustice de plus

Communiqué de la Fédération protestante de France — 22 juillet 2010. Un groupe de personnes, gens du voyage sédentarisés, a vandalisé le centre-ville de Saint-Aignan (Loir-et-Cher) en réaction au décès d’un jeune.

 

 

Un groupe de personnes, gens du voyage sédentarisés, a vandalisé le centre-ville de Saint-Aignan (Loir-et-Cher) en réaction au décès d’un jeune. Les images diffusées sont violentes et font leur effet. Toute une population est alors stigmatisée alors que ces épisodes de violence relèvent du droit commun.
Rappelons que la grande majorité des gens du voyage est française même si ceux-ci ne jouissent pas des droits de tous les Français (ils ne peuvent pas voter avant 19 ans, par exemple).
Une partie importante d’entre eux est protestante et travaille activement de diverses manières à aider la population tzigane à s’intégrer.
Avant de stigmatiser ces Français, réfléchissons aux dénis de citoyenneté qui leur sont infligés. Quand aujourd’hui on veut leur appliquer la loi dans toute sa rigueur concernant les aires de stationnement par exemple, il faut se souvenir que la loi (du 5 juillet 2000) impose aux municipalités de plus de 5000 habitants de mettre à disposition des aires d’accueil et aux normes pour les gens du voyage. Ce que la majorité d’entre-elles n’a jamais fait impunément. Qui doit montrer l’exemple ?

Au délit de faciès dont souffrent quotidiennement les Tziganes, Roms et autres Manouches, qui sont sans cesse contrôlés, méprisés, suspectés, n’ajoutons pas une injustice de plus en les mettant pour des raisons troubles au pilori de la nation. »

Comme dans toute population pauvre et largement marginalisée, les délinquances sont plus visibles qu’ailleurs. Faut-il se contenter de punir ou reprendre la question fondamentale de la justice sociale ?

Jean de La Fontaine, dans Les animaux malades de la peste, mettait déjà en garde contre la tentation de crier haro sur le baudet et de condamner cyniquement les plus faibles. La Fédération protestante de France ne peut pas laisser maltraiter une part de ses membres, et plus largement appelle les pouvoirs publics à ne pas agir sans discernement et à faire respecter les obligations des communes.

 

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Jeudi 22 juillet 2010 4 22 /07 /Juil /2010 00:49

1936Rashid_3.jpg9404. Depuis le 7 juin dernier, jour du lancement de l’opération, nous sommes 9404 personnes en France à nous être intéressées au sort des chrétiens pakistanais, qui vivent sous une menace croissante du fait de la loi anti-blasphème. Une loi qui justifie les progroms de chrétiens, de sikhs, d'ahmadis, bref de tous les non-musulmans. Cela fait en moyenne pas tout à fait 214 personnes par jour. Pas si mal, me direz-vous. Mais les choses sont un peu moins simples. Les premiers jours, les signatures ont afflué : l’Aide à l’Eglise en Détresse a activé ses réseaux, ses donateurs, et les gens ont signé. Mais très vite, le compteur s’est mis à tourner au ralenti. Le 7 juillet dernier à 22h40, il y avait 9113 signatures. Cela fait une vingtaine de personnes par jour depuis deux semaines.

Est-ce à dire qu’en France, il n’y a même pas 10.000 personnes qui se soucient de ce millier de chrétiens emprisonnés, parfois battus ou tués, simplement parce qu’un voisin a assuré les avoir vus déchirer un Coran, ou dire du mal du Prophète ? La loi anti-blasphème est ainsi faite que cela suffit à vous placer en détention. Et c’est ce qui peut vous arriver de moins pire, comme nous le verrons plus bas.

Depuis plusieurs mois, je lis les nouvelles du Pakistan sur l’excellent site d’information des Mission Etrangères de Paris. Et en apprenant, chaque semaine, le cœur serré,  les terribles nouvelles de nos frères pakistanais, je m’interroge. Pourquoi si peu de monde se soucie-t-il du sort des chrétiens pakistanais ? Est-ce une question d’images ? Elles existent pourtant. Et elles sont épouvantables. Peut-être, si vous les voyiez, iriez-vous immédiatement signer la pétition réclamant l’abrogation de la loi anti-blasphème. Laissez-moi vous présenter le visage des derniers martyrs pakistanais.

 

Voici deux frères, Rashid et Sajid. C'est Rashid que l'on voit au début de cet article. Ci-contre, il s'agit672Sajjid 3 de Sajid. Lui et son frère ont été abattus à la sortie du palais de justice alors même qu’il était démontré que  l’accusation de blasphème les concernant avait été montée de toutes pièces. Quelques jours auparavant, des leaders musulmans avaient lancé des appels au meurtre, et des centaines d’émeutiers avaient mis à sac le quartier chrétien de Faisalabad.

Le 20 juin dernier, c’est un chrétien de 73 ans qui s’est retrouvé incarcéré suite à la plainte d’un voisin musulman avec lequel il avait un différend foncier. Il croupit dans sa geôle en attendant le verdict ; rappelons qu’il risque dans le meilleur des cas une amende, et au pire la peine de mort ou la prison à vie.

 

  

Zeeshan Joseph (SLMP's team member) and Kiran in Mayo HospiIl y a eu la terrible histoire de Shazia Shaheen, que vous pouvez relire ici. Mais le 10 mars dernier, c’est une autre petite fille de 10 ans qui est morte brûlée vive, après avoir été « épousée » et convertie de force par un musulman, qui l’a mise enceinte. Kiran George (ci-contre) a eu le courage de s’enfuir pour se mettre sous la protection de la police ; celle-ci a refusé d’enregistrer sa plainte, et il est probable qu’elle a prévenu le « mari » : celui-ci a réagi en la brûlant vive.

 

 

 

Vous en voulez encore ? Voici Arshed Masih. Je laisse la parole à l’agence de presse des MEP, Eglises d’Asie : « Le 23 mars, c’est toute une famille de chrétiens au service d’un riche musulman de Rawalpindi qui a vu sa destinée brisée. Arshed Masih et sa femme Martha travaillaient depuis cinq ans, lui comme chauffeur, elle comme domestique, pour Sheikh Mohammad Sultan. Pour une raison ou une autre, celui-ci a voulu se séparer de ses deux employés et leur aPakistan-Arshed-Masih.jpg demandés de se convertir à l’islam s’ils voulaient rester à son service. Devant le refus d’Arshed Masih et de son épouse, les menaces se sont faites plus pressantes et le couple a été accusé d’avoir volé des objets de valeur. Niant être l’auteur du vol et refusant de céder à la demande de conversion, Arshed Masih a été brûlé vif par son employeur le 19 mars et sa femme violée par des policiers habitant en face du domicile de Mohammad Sultan. Après trois jours d’agonie, Arshed Masih est mort à l’hôpital de la Sainte-Famille à Rawalpindi. Agé de 38 ans, il laisse trois orphelins de 7 à 12 ans qui, semble-t-il, ont assisté au calvaire de leurs parents. »

 

Je m’arrêterai là pour les photos. Et je reste avec mon amertume. Pourquoi seulement 9404 ? Le seul espoir des chrétiens pakistanais, c’est que l’opinion internationale se mobilise pour faire pression sur leur gouvernement afin que cette loi anti-blasphème soit purement et simplement abrogée. Et c’est jouable. Le pouvoir pakistanais est un pouvoir qui ne tient que parce que l’Occident le veut bien. Alors que font Reporters sans frontières, Amnesty International ?Pourquoi n’informent-ils pas l’opinion publique ? Pourquoi l’AED est-elle seule à monter au front ?

Une première recherche sur le site d’Amnesty International m’informe que la recherche Pakistan + blasphème donne 3 résultats. J’apprends donc dans la première dépêche qu’un vieil homme soufi (courant musulman hétérodoxe) a été condamné à mort pour blasphème le 5 septembre 2000. La seconde dépêche m’explique que cinq journalistes ahmadis (autre courant musulman hétérodoxe) ont été poursuivis pour le même chef d’inculpation en avril 1994. Aucune des deux dépêches ne mentionne le sort des autres minorités religieuses, dont les chrétiens. En juillet de la même année, Amnesty publie un rapport sur cette fameuse loi : les chrétiens y figurent (enfin, si j’ose dire) en bonne place. Mais les années passent, la situation empire et les chrétiens semblent disparaître des préoccupations d’AI : plus aucune condamnation de chrétien n’est rapportée sur leur site depuis le 18 juin 2007. Mieux : en août 2009, une nouvelle déclaration publique de l’ONG demande au gouvernement pakistanais de prendre des mesures pour abroger d’ici un an la loi anti-blasphème. Le seul exemple cité est celui des cinq Ahmadis, qui remonte à janvier 2009. Pas un mot de la plainte contre onze chrétiens de juillet de la même année, qui avait déclenché un véritable pogrom dans le village de Bahmani Wala où 112 familles chrétiennes vivaient.

Peut-être aurai-je plus de chance sur le site de Reporters sans frontières. La liberté d’expression, c’est un peu leur truc, non ? Je jette donc un œil. Et là, il m’a fallu, je vous l’avoue, frotter mes yeux plus d’une fois à la lecture du communiqué de RSF. Lisez vous-mêmes :

Dans une résolution adoptée à Strasbourg le jeudi 20 mai 2010, le Parlement européen a demandé au Pakistan de « revoir en profondeur » ses lois sur le blasphème qui ouvrent selon lui la voie à « tous les abus ». […]

Nous saluons bien entendu la démarche du Parlement européen et la légitimité des demandes qu’il adresse au Pakistan. Nous attirons cependant l’attention des parlementaires sur la nécessité de revoir dans le même temps les législations européennes en la matière. Il est peu cohérent de demander à un Etat tiers de revoir en profondeur ses lois sur le blasphème quand on continue à accepter en Irlande l’existence d’une loi instituant le blasphème en délit, puni par des amendes pouvant aller jusqu’à 25 000 euros[…].

D’autres pays européens (Portugal, Danemark et Pologne entre autres) disposent encore de lois similaires qui prescrivent toujours des peines de prison et des amendes importantes. Même si elles ne sont que très rarement appliquées, leur existence constitue une limite à la liberté d’expression, incompatible avec les standards démocratiques européens. Il est impératif que les députés européens prennent position avec la même fermeté pour que ces législations soient définitivement retirées du droit européen. Les résolutions du Parlement sur ce sujet s’en trouveraient considérablement renforcées .

A l’heure où le caricaturiste suédois Lars Vilks ne peut plus faire de conférence sur les possibilités de brocarder les religions sans s’exposer à des agressions et à l’attaque de sa maison par des jets de cocktails Molotov, il nous semble important que le Parlement européen rappelle aux Etats membres que si la Charte des droits fondamentaux garantit dans son article 10 la liberté de culte, elle garantit aussi dans son article 11 la possibilité de critiquer des religions, et par extension le blasphème.

 

J’aimerais bien vous montrer les visages des martyrs irlandais, portugais, danois et polonais, victime de ces épouvantables législations européennes, mais bizarrement j'ai eu toutes les peines du monde à les trouver. Et pour cause.

La loi irlandaise, promulguée en 2010, vise à protéger de « toute publication grossièrement injurieuse et abusive envers les croyances sacrées de toutes les religions, qui causerait un outrage à un nombre conséquent de membres de cette religion, à quelques exceptions près ». N’en déplaise à RSF, tous les pays européens n’ont pas le même rapport à la laïcité que la France. Cette loi visait simplement à étendre aux autres croyances la protection dont jouissait de manière exclusive jusque-là la religion catholique. Même chose au Danemark, où la loi n’a jamais été invoquée. En Pologne, une loi similaire a servi en 2003 pour condamner une « artiste » ayant réalisé un crucifix avec des organes génitaux en son centre, ce qui a lui a valu une notoriété que son talent seul n’aurait jamais permise.

La réaction de RSF est parfaitement indécente. Ecœurante. Et inquiétante. A un degré tel de confusion des genres, que dire ?

La seule chose que l’on peut faire, c’est soutenir les chrétiens du Pakistan en signant l’une des pétitions. Celle de l’AED, ou celle des immigrés chrétiens pakistanais de Grande-Bretagne. Faites circuler l’information par mail, par téléphone, dans vos paroisses, vos immeubles. Il faut que cette loi soit abolie.

Maintenant vous savez.

Par Nystagmus - Publié dans : Pakistan
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Mardi 29 juin 2010 2 29 /06 /Juin /2010 11:24

baillon-20b.jpgIl faudra que l’on sache. Il faudra que l’on nous explique. Que l’on explique pourquoi, sur la base de quelles révélations, de quelles motivations sérieuses le juge Wim de Troy a effectué cette perquisition. Ce qui me choque, moi, ce n’est pas tant la mise en scène « hors de proportion », pour reprendre l’expression de Dirk Depover, le président de l’association pour enfants disparus et sexuellement exploités Child Focus. Oui, comme Mgr Léonard l’a souligné, « en quelques heures, l’image de l’Eglise a été ternie » - rappelons tout de même que les crimes des prêtres s’en étaient déjà chargé. Et les délires du parquet perquisitionnant les tombes à la recherche d’une preuve d’un complot propédophile de la part de l’institution ecclésiale sont somme toute bien dans l’air du temps : à l’heure du grand complot, du « on nous cache tout », de la paranoïa du N.O.M[1]., de Dan Brown considéré comme un historien fiable, il n’est pas étonnant que circulent des légendes urbaines sur des secrets planqués dans des chambres funéraires – c’est même un poncif de la littérature conspirationniste qui spécule à l’infini sur les découvertes, à Khéops ou ailleurs de chambres « de décharge », dont l’intérêt, purement architectural, n’a révélé ni Graal, ni Arche d’alliance, ni Porte des Etoiles, pas même le plus petit denier tournois tombé de la poche d’un templier venu transférer en secret le corps de Jésus dans un ashram tibétain. C’est une logique de méchant-de-film-américain : je perds du temps à expliquer pourquoi je suis méchant afin que le gentil ait le temps de se défaire de ses liens, et je me fais suer à creuser une chambre secrète dans une tombe de cardinal pour y camoufler les preuves de mes crimes plutôt que d’aller acheter pour 30€ une déchiqueteuse au BHV. Arrêtons-nous là, Koztoujours a parfaitement souligné ce point précis.

Oui, l’ambiance qui règne aujourd’hui en Occident est au catho-bashing. Au Québec, le malheureux cardinal Ouellet n’a-t-il pas plutôt émis l’hypothèse que l’on puisse proposer autre chose aux femmes en détresse que d’avorter, que les réactions les plus délirantes se sont enchaînées. Je ne prendrai qu’un exemple dans la vague médiatique de haine qui l’a aussitôt submergé : Cyberpresse a ouvert illico ses colonnes au « conseiller en promotion de la santé » Stan Shatenstein, qui nous explique doctement que l’Eglise est illogique, parce que, et je le cite, « si toute vie est sacrée, il faudrait protéger celle de chaque spermatozoïde et de chaque ovule ». Ah ! que voilà de la réflexion, de la vraie, et profonde et tout et tout, et qui bouleverse les perspectives sur le sujet.

Aux Etats-Unis, la Cour suprême refuse de reconnaître l’immunité du Saint-Siège ; en Grande-Bretagne, on peut faire la Une des journaux en clamant vouloir poursuivre Benoît XVI au TPI pour « crimes contre l’humanité » ; et la liste pourrait s’allonger à l’infini.

 

 Mais l’Eglise, qui en a vu d’autres, s’en remettra, et la réaction du n°2 du Saint-Siège, le cardinal Bertone, est excessive au possible. Je crois même profondément que tout cela aura, à plus ou moins long terme, l’effet strictement inverse. Pourquoi ? Parce que c’est lorsqu’elle est un lieu de pouvoir que l’Eglise trahit sa mission qui est d’être au service des hommes. Dans les affaires de pédophilie du clergé, qu’est-ce qui nous frappe ? Que les prêtres concernés sont, selon l’expression judiciaire consacrée, des personnes ayant autorité. L’Eglise remplit sa mission quand elle est service, pas autorité. Et peut-être que cette crise nous permettra de le redécouvrir.

 

Il n’en reste pas moins que notre affaire belge est un magnifique gâchis. Pour qui ? Oh, pas grand-monde, presque personne. De simples gens qui n’ont rien demandé à personne, ni à être violés, ni à se retrouver otages d’une campagne anti-Eglise[2]. Des hommes, des femmes comme vous et moi, devenus prétextes à vendre du papier et de l’image à foison. Des gens dont à qui l’on ne donne la parole que lorsqu’ils acceptent de livrer cette intimité dont nous sommes tenus, nous post-modernes, de nous repaître à l’infini. Je veux parler des victimes de ces abus sexuels.

Car plus lamentable encore que les tombes des cardinaux, c’est le saccage du travail de reconstruction de ces personnes qui me rend malade aujourd’hui.

Il y avait un accord entre le Ministère de la Justice belge et l’Eglise catholique. Cet accord visait, non pas à étouffer les affaires, mais à permettre aux victimes, dans le cadre d’une Commission pour le traitement des plaintes pour abus sexuels dans une relation pastorale, à laquelle participaient deux magistrats nommés par le ministère, d’être entendues sans forcément passer par un procès. Et à ceux qui hurlent que l’Eglise ne veut pas faire la vérité sur ces affaires, un seul chiffre : la Commission a reçu 475 plaintes. Vendredi, les 475 dossiers ont été confisqués par le parquet. La commission s’est donc auto-dissoute.

Imaginez un instant ce que peuvent ressentir ces 475 personnes. Placées à un moment de leur vie sous l’emprise physique ou psychologique d’un agresseur qui a assujetti leur liberté et pris le contrôle de leur corps. Les voici à nouveau privées de l’exercice de cette liberté par la justice. D’abord un corps qui ne vous appartient plus, maintenant votre libre-arbitre bafoué. C’est absolument scandaleux. Considère-t-on, au Parquet de Bruxelles, que ces personnes n’ont pas leur mot à dire ? Qu’une déferlante de procès, permettant à une justice belge de se refaire une beauté après le fiasco Dutroux, vaut mieux que d’aider ces gens à se remettre debout ? Il semble malheureusement que oui.

Je vais vous révéler quelque chose que les personnes qui accompagnent les victimes savent très bien : porter plainte n’est pas forcément une bonne chose pour la victime. Porter plainte, c’est partir pour un combat que toutes n’ont pas les forces de mener. C’est commencer par aller au commissariat. Raconter une première fois. Puis, si votre affaire n’est pas prescrite, on vous oblige (c’est la loi) à une visite médicale, même si les faits remontent à plus de quelques jours. Certains 15 ans après l’agression… Puis le parcours continue. Si vous connaissez votre agresseur, vous devrez subir une première confrontation. Si vous avez du bol, il reconnaîtra les faits ; dans le cas contraire, vous serez là, blême, devant le juge et le violeur, souvent dans la même sidération que vous avez subie durant le viol – on appelle cela, en psychologie, « l’effet d’emprise ». Il vous faut écouter les dénégations de votre violeur, essayer de tenir bon. Et quand, des mois plus tard, le procès s’ouvre, si le procès s’ouvre, c’est à nouveau raconter devant l’accusé, le juge et un jury populaire votre calvaire. Ecouter l’avocat de la défense expliquer que bon, après tout, vous l’avez peut-être un peu cherché, hein. Attendre le verdict. Un verdict qui, s’il est inférieur aux réquisitions de l’avocat général, vous laissera un goût amer toute votre vie. Et si votre agresseur est acquitté (aucun procès n’est écrit à l’avance) repartir plus détruit que jamais.

Il est bien évident que ceux et celles qui ont le courage de porter plainte doivent le faire, ne serait-ce que pour mettre hors d’état de nuire des gens dangereux. Et je les salue bien bas : ce sont des héros. Mais tout le monde n’a pas l’étoffe d’un héros. Dans les associations d’aide aux victimes, on le sait bien. Ecoutons les Chiennes de Garde :  « Pour des femmes dont le psychisme est fragilisé par le traumatisme qu’elles ont subi, toutes ces étapes du processus judiciaire sont ressenties comme autant d’agressions qui viennent s’ajouter à l’agression initiale. ». Les magistrats le savent aussi. Il n’y a pas si longtemps, lorsque la loi faisait encore la distinction, certains juges préféraient déqualifier le viol en agression sexuelle, passible alors de la correctionnelle, pour éviter aux victimes d’avoir à subir les assises. Cela partait d’un bon sentiment. Mais cela niait leur histoire.

475 dossiers. 475 personnes qui avaient délibérément choisi de s’en remettre à la Commission de l’Eglise belge. 475 victimes de nouveau niées.

Bravo, M. le juge Wim de Troy.

Osons espérer que le Parquet de Bruxelles n’entamera pas des poursuites judiciaires contre l’avis des victimes. Souhaitons que ce gâchis soit justifiable. Car, décidément, il faudra bien nous expliquer.

ADDENDUM 14h50: Confirmation de mon analyse: certaines victimes se sentent trahies par la justice et n'hésitent pas à le faire savoir: http://www.rtbf.be/info/belgique/judiciaire/eglise-et-pedophilie-en-belgique%C2%A0-des-victimes-se-sentent-piegees-232046?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter



[1] Nouvel Ordre Mondial, pour ceux qui ne sont jamais allée sur nouvelordremondial.cc ou conspiration.cc

[2] Faut-il rappeler que le nom de code de la perquisition à l’archevêché de Bruxelles-Malines, était « Opération Eglise » ?

Par Nystagmus - Publié dans : Féminisme
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Jeudi 3 juin 2010 4 03 /06 /Juin /2010 20:36

l_4afa792944a5456cafa33375572e82f5-copie-3.jpgUltra-Homo vit à Lyon, France, en 2010. Une France qu’il aime et qu’il a bien du mal à reconnaître. Une France qui se sclérose, qui a peur de tout et de tous, où le nombre de jeunes homosexuels qui veulent mourir est de plus en plus grand. A qui la faute ? A l’homophobie, bien sûr.  Certes, de grands pas ont été accomplis ; la pénalisation de l’homophobie fait que les casseurs de pédé se font plus discrets. Mais il existe des bastions de haine anti-gay. Les religions, par exemple. Surtout la catholique. La laïcité, ok, pourquoi pas, mais on voit bien ce que ça donne avec les cathos. Ils lui refusent les sacrements à cause de ce qu’il est, un homosexuel. C’est intolérable. Alors bien sûr, il va dire aux journalistes que s’il a choisi le parvis de la primatiale Saint-Jean pour le kiss-in, c’est parce que c’est un lieu public. Mais avec ses amis, il se marre : ça leur fera les pieds aux cathos ! On verra s’ils restent stoïques, haïssant le péché, aimant le pécheur, comme ils disent… Oui, ce soir il y sera au kiss-in. Bravant les fous de Dieu, pour un monde meilleur.

 

Ultra-Catho vit à Lyon, en France, en 2010. Une France qu’il aime et qu’il a bien du mal à reconnaître. Une France qui a oublié ses racines chrétiennes, qui a peur de tout et de tous, où le nombre d’actes antichrétiens ne cesse d’augmenter. A qui la faute ? A la perte des valeurs, bien sûr. Certes, de grands pas ont été accomplis : de plus en plus de jeunes semblent rejeter le bazar idéologique soixante-huitard et réclamer le retour des vieilles valeurs françaises. Mais il existe  des bastions de haine anti-chrétienne. Les homosexuels, par exemple, surtout les « homosexualistes ». La tolérance, ok, pourquoi pas, mais on voit bien ce que ça donne avec les homos. Ils veulent imposer l’abolition de la différence des sexes à la société. C’est intolérable. Alors, bien, sûr, il va dire aux journalistes que s’il a choisi de défendre le parvis de la Primatiale Saint-Jean, c’est parce que c’est un lieu chrétien. Mais avec ses amis il se marre : ça leur fera les pieds aux homos ! On verra s’ils restent stoïques, tolérance pour tous, comme ils disent… Oui, ce soir il y sera au « kiss-haine ». Bravant les folles dégénérées, pour un monde meilleur.

 

Pensaient-ils vraiment, les catholiques ultras, que le fait de brandir un crucifix devant un militant gay le convertirait illico ? Croyaient-ils réellement, les gays ultras, que venir s’embrasser devant une église fera tomber les écailles des yeux du Pape qui s’empressera de célébrer un mariage homo à Saint-Pierre-de-Rome ?

Le concept d’idiot utile (qu’on appelle également la jonction des extrêmes) est toujours fascinant. Nul doute que le 18 mai dernier, c’est avec la même allégresse, la même odeur de poudre dans les narines, que Ultra-Homo et Ultra-Catho sont partis z’en guerre. Chacun d’eux persuadé de défendre les Vraies Valeurs,  de pourfendre les Vrais Dangers, ceux-qui-sont-à-nos-portes-et-que-nous-sommes-seuls-à voir. Paladins de Tolérance® d’un côté, Chevaliers de Chrétienté® de l’autre. En s’embrassant à pleine bouche devant la cathédrale Saint-Jean, qui en a vu bien d’autres, nul doute que les premiers ne se soient crus à Stonewall, et les seconds, récitant virilement le chapelet, au baptême de Clovis. Nul doute non plus qu’à l’issue de ce désolant face-à-face chacun, quel que soit son camp, est rentré chez lui la conscience nette et le sentiment du devoir accompli en bandoulière, en se disant : « Quand on voit ce qu’on voit, et qu’on entend ce qu’on entend, décidément, on a bien raison de penser ce qu’on pense ».

 

La main sur le cœur, Ultra-Homo le jure : il voulait simplement pouvoir embrasser tranquillement en public. Est-ce sa faute s’il y a justement une cathédrale là où il a innocemment demandé la permission à la Préfecture ? On aurait pu le croire si ç’avait été le cas d’un seul kiss-in. Et puis l’on compte. Un kiss-in à Paris, devant Notre-Dame. Un kiss-in à Lyon, devant Saint-Jean. Et un kiss-in à Metz, devant la cathédrale Saint-Etienne,  ce samedi. Arrêtons de jouer les bécasses : c’est bien l’Eglise catholique qui est visée. Le mouvement LGBT (qui ne représente pas, loin s’en faut, la totalité des homosexuels) flatte ici sa base de gauche anticléricale, au grand dam de certains dont Stéphane Dassé, l’ancien président de Gaylib : « il est impératif de nouer un dialogue avec les responsables religieux. Je reste convaincu qu’il existe des bonnes volontés partout et que la volonté de mieux vivre ensemble fini par l’emporter dès lors que l’on commence à se connaître et à se respecter, même si beaucoup de chemin reste à parcourir […] Je conçois parfaitement qu’il puisse être jouissif d’organiser un kiss-in devant une cathédrale, mais est-ce bien malin et responsable ? On voudrait détourner des Lgbt les catholiques susceptibles de nous aider que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Cela n’excuse évidemment pas les violences des extrémistes catholiques aveuglés par leur endoctrinement que je condamne très fermement. »

Côté Ultra-Catho, on récuse bien évidemment toute agressivité. « On ne fait que se défendre, c’est eux qui ont commencé », etc.  Mais sur les vidéos des différentes confrontations, on voit bien la jubilation, l’Ave Maria hurlé à la gueule de l’adversaire, et ce délicieux « Sieg Heil » final dont on proteste côté catho-ultra que c’est le fait d’une minorité non-catholique « qui avait toute sa place dans le rassemblement ».

Je déteste profondément cette affaire de kiss-in. Parce que les méthodes employées d’un côté comme de l’autre puent. Parce qu’il s’agit d’occuper le terrain médiatique, de créer de toutes pièces un affrontement entre deux communautés qui auraient bien besoin de se parler davantage. Il s’agit de vouloir récupérer, d’un côté comme de l’autre, des cardinaux dont par ailleurs on ne se prive pas de dire du mal : Mgr Barbarin à ce titre est exemplaire, qui se voit cloué au pilori par les ultras pour être allé dîner avec  des francs-maçons, les mêmes déformant le sens de ses propos et faisant de son interview au Progrès une incitation à contre-manifester devant Saint-Jean. Et en face, pareil : on somme le cardinal de prendre position [1]immédiatement en désavouant, je cite, « l’absence de condamnation par le Vatican des violences commises contre les personnes homosexuelles et transsexuelles au nom de la religion catholique » (au passage, j’aimerais assez que l’on me cite une ou deux de ces violences « au nom de la religion catholique », mais passons). Le but ultime ? Forcer Mgr Barbarin à faire de la politique, un peu comme quand on essayait de forcer Jésus à se positionner (et lui répondait en dessinant sur le sol)[2]. Et faire en sorte que nul ne puisse à l’avenir se dire homosexuel sans que l’étiquette du mouvement LGBT ne lui colle à la peau, ni catholique sans que l’on y ajoute immédiatement « facho ». En cela, j’ai beaucoup aimé la prise de position courageuse des frères Pouzin, du groupe Glorious, ainsi que celle de Jean-Baptiste Maillard, qui tentent de rappeler quelques évidences. Je rêve que d’autres voix s’élèvent en disant : « Assez de ce cirque ! »

Mais il en faudra plus pour que le cycle commencé s’arrête. On peut s’attendre à un kiss-in tous les samedis devant chaque cathédrale de France.  Ce samedi, c’est Metz. Et tous les diocèses seront touchés. Et l’on verra partout les mêmes agités ravis de trouver en face d’eux le nécessaire ennemi qui valide leur engagement. Et l’amalgame continuera. Les violences aussi.  Avec peut-être – et déjà je sens frissonner de plaisir les deux extrêmes – un ou deux « martyrs ».

Dans une histoire pas si éloignée sur le fond, qui s’est passée dans les eaux territoriales israéliennes, le Pape a déclaré : «  La violence génère un surplus de violence ». Ce serait bien que ceux qui brandissent si haut l’étendard du Vatican devant les militants LGBT fassent un peu plus de cas des paroles prononcées depuis le trône de Pierre.



[1] L’an dernier, alors que les mêmes manifestants pro-LGBT manifestaient devant Saint-Jean, le cardinal avait créé la surprise en invitant ces derniers à discuter. Il faut croire que cela n’a pas plu aux plus extrêmes d’entre eux ; alors qu’un dialogue avait été amorcé, pourquoi tout casser, si ce n’est justement parce qu’un adversaire avec lequel on ne discute pas – un cliché, en somme – est bien plus profitable en termes d’image médiatique qu’un partenaire avec lequel on avance ensemble ?

[2] Selon des sources autorisées, le cardinal Barbarin, à qui l’on rapportait les slogans chantés durant le kiss-in, a validé non sans humour l’un d’eux, hurlé par les pro-LGBT : « Deux planches, trois clous, Il l’a fait, pourquoi pas vous ? » « Celui-ci », a dit le cardinal, « je le valide, c’est le fondement de la foi chrétienne. »

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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