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Lundi 20 décembre 2010 1 20 /12 /Déc /2010 21:07

accessible.jpgC’est sur Twitter, via l’excellent David Abiker, que j’ai pris connaissance de cet article que je vous recommande particulièrement. On y raconte comment un député UMP, Jean-François Chossy, veut faire amender la loi de février 2005 "pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées"afin de « favoriser l’accompagnement sexuel des personnes dépendantes ».

J’ai appris avec stupéfaction que cette proposition rencontrait non seulement la faveur d’associations telles Handicap International ou l’APF, mais aussi que des lois similaires existaient déjà en Suisse, en Allemagne ou aux Pays-Bas (le fameux retard français, souvenez-vous).

La bronca de plusieurs autres associations, notamment de femmes handicapées, me rassure un tout petit peu. Mais du coup je me suis prise à imaginer ce que pourrait dire une agence de presse, dans quelques années, si ce genre d’amendement était voté.

Cette dépêche est donc imaginaire, et par pitié, qu’elle veuille bien le rester.

Il y a un an, le Parlement votait l’inscription dans la constitution d’un Droit à la Sexualité Opposable

Paris - 21 avril 2018 – Une dizaine d’associations de Prestations Erotiques à la Personne ont fêté hier place de la Dignité à Paris (anciennement parvis Jean-Paul II) la modification, il y a un an, de la constitution de la Ve République inscrivant dans le marbre un droit opposable à la sexualité (DOALS).

Le 21 avril 2017, en effet, le Parlement français réuni en Congrès votait à une large majorité cette modification, qualifiée d’ « historique » par de nombreuses personnalités politiques et culturelles. « Cette date est un moment historique dans la reconnaissance des droits des personnes handicapées » avait alors déclaré le sous-secrétaire d’Etat aux droits à conquérir.

Dès 2008, en France, plusieurs associations de première importance – comme Handicap International, l’Association française des myopathies ou l’Association des paralysés de France s’étaient regroupées dans un collectif Handicaps et sexualités demandant « la mise en place de services d'accompagnement érotique et/ou sexuel » pour les personnes handicapées.

Voyant les sondages de plus en plus unanimes (jusqu’à 93% de Français favorables à ce que les personnes handicapées puissent avoir une vie sexuelle), les politiques se sont emparés du sujet. Dès la campagne de 2012, les principaux partis politiques français inscrivaient un « droit à des services sexuels » dans leurs programmes. Mais devant la force de la campagne « Services ou sévices ? » des associations d’opposants à cette mesure, le terme fut rapidement modifié pour devenir « Droit à des prestations érotiques personnalisées » (DADPEP).

Juste après l’élection présidentielle, la loi DADPEP fut symboliquement la première votée. Elle abolissait les lois sur le proxénétisme, créait un organisme chargé d’agréer les prestataires sexuels. Ces derniers se virent inscrits dans le Code de la santé publique comme« auxiliaires de santé publique », au même titre que les orthophonistes ou les infirmiers, et le prix de la prestation sexuelle conventionnée fut fixé à 100 euros remboursés à 80% par la sécurité sociale.

Devant les protestations d’associations de personnes âgées, disgracieuses, timides, acnéiques, impuissantes ou désagréables, qui attaquèrent l’Etat pour discrimination et gagnèrent, il fut décidé fin 2016 de procéder à la fameuse inscription dans la Constitution d’un droit, pour toute personne majeure ou mineure de plus de 15 ans, à une activité sexuelle, et à l’opposabilité de ce droit devant le refus des auxiliaires publics.

Là encore, alléchés par la mine d’emplois potentiels que cela représenterait, la plupart des politiques accompagnèrent la mesure avec enthousiasme. Et c’est à une majorité de 786 voix sur 925 que le parlement réuni en Congrès adopta la modification constitutionnelle.

L’inscription dans le marbre constitutionnel du Droit opposable à la Sexualité a toutefois rencontré certaines résistances.

Il y eut tout d’abord la révélation, par les associations de chômeurs, de cas de personnes radiées du pôle emploi pour avoir refusé à plusieurs reprises de devenir prestataires sexuels : la loi prévoit en effet qu’un chômeur ne peut refuser deux fois consécutives un emploi raisonnable.

Puis ce fut l’affaire Robert Martin, du nom de cet homme qui avait violé une prostituée, au prétexte qu’elle lui avait refusé ses services. L’affaire, portée devant la Cour européenne des droits de l’Homme, avait fait grand bruit : c’est cette affaire qui avait vu le droit à une vie sexuelle reconnu comme un droit humain imprescriptible. La prostituée avait par ailleurs été condamnée par diverses juridictions civiles et pénales pour refus de vente et discrimination.

D’autre part, la vision dans les journaux télévisés de réquisitions par la force publique, sur ordre des  préfets, de prestataires sexuels pour personnes malades ou handicapées ayant vu leur droit opposable à la sexualité reconnu par la commission de médiation ad hoc a heurté certaines associations féministes et de défense des droits de l’homme.

Enfin, en décembre dernier, de nombreuses arnaques à la Sécurité sociale ont été mises à jour. Il semble en effet que des prises en charge demandées pour des personnes handicapées aient finalement bénéficié à leurs tuteurs ou curateurs. Citons simplement l’exemple de cette maison de retraite accusée d’avoir facturé pour près de 200 000 euros de prestations sexuelles à la sécurité sociale, pour le bénéfice exclusif du personnel.

On compte aujourd’hui près de 15 000 prestataires sexuels agréés sur l’ensemble du territoire français. Les prestataires non agréés (autrefois appelés "prostitué(e)s") ont annoncé que 2019 serait "l'année de la fin de la discrimination entre travailleurs sexuels agréés et non-agréés".

 

Post-scriptum: si vous voulez discuter handicaps mais aussi fragilités avec des gens qui ne réduisent pas les personnes handicapées ou non à un ensemble de besoins à saisfaire, c'est par là

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Samedi 11 décembre 2010 6 11 /12 /Déc /2010 10:13

a-clockwork-orange-1971.jpgLa lecture des nouvelles du monde recèle de véritables délices, décidément, ces jours-ci. Voilà-t-il pas en effet que l’AFP nous informe que la commission européenne s’indigne des « tests phallométriques » pratiqués par les autorités tchèquessur certains demandeurs d’asile. Diantre ! me suis-je dit à la lecture de ce titre accrocheur. Ne me dites pas que l’on mesure le kiki des messieurs et que l’on renvoie se faire buter dans leur pays ceux qui n’entrent pas dans la fière norme tchèque. Hé bien… si. Quasi.

Il s’agit en fait, et que le cerveau qui a imaginé cela soit célébré dans les siècles des siècles, de juger de la fiabilité des dires des demandeurs d’asile. Imaginons que vous soyez, au hasard, un Ougandais ou un Iranien homosexuel. Imaginons en outre que, fatigué de risquer la prison ou la mort à cause de votre tendance homophile, vous décidiez de demander l’asile à un pays à la législation plus clémente. Vous voici donc dans un centre de demandeurs d’asile en République tchèque. Vous remplissez des papiers. Arrive un(e) fonctionnaire.

 « Pourquoi demandez-vous asile chez nous ? »

- Parce que je suis homosexuel et donc menacé de mort dans mon pays »

- Mmhhh. Très bien, on va vérifier tout ça. »

On vous emmène donc dans une pièce munie d’un écran télé. On vérifie au préalable que le fait d’être entouré de policiers et d’un « sexologue professionnel » ne vous file pas une érection avant même le début du test, petit pervers. On vous demande donc de vous mettre, sinon nu (les sources d’information sont muettes là-dessus) du moins dans une tenue permettant de juger de l’érectilité de votre appendice. Flics et toubibs vaquent dans une ambiance très administrative, chacun à son occupation, les flics à la sécurité, les toubibs à votre virilité.

Sur l’écran de télévision, apparaît alors une séquence de film pornographique hétérosexuel. Votre mission est donc de ne pas bander. J’imagine bien entendu que le « sexologue professionnel » dispose de données précises et objectives sur le temps minimum requis de non-bandaison pour être classé définitivement comme homosexuel devant le spectacle réjouissant d’une demoiselle subissant les assauts de mâles en ayant l’air de trouver ça formidable.

La Commission européenne s’est donc indignée, et je m’indigne avec elle. Car en plus d’être surréalistement irrespectueuse, cette « procédure » est aberrante sur le plan de l’efficacité. Il existe en effet, je sais c’est incroyable, des êtres qui ne sont pas excités, même involontairement, par la pornographie. Il existe aussi, et cela semble difficile à penser pour les auteurs de cette mesure, des gens dont la sexualité ne peut se résumer à une tendance homosexuelle même si cette tendance est principale. Hé oui, la sexualité, c’est beaucoup plus compliqué que de bander ou pas devant un porno. Admettons en outre que vous ne soyez rien qu’un salaud de pauvre venu en Tchéquie pour ne pas crever de faim, pas homo pour deux sous, atteint de priapisme la plupart du temps et que le sexologue vous mette justement votre porno préféré. Sachant qu’on vous observe et que le résultat de ce test suffise à vous renvoyer à votre crevage de faim bien de chez vous, vous banderiez, vous ? Et les lesbiennes, alors ? On fait quoi ? On leur fait compulser le calendrier des Dieux du Stade avant de vérifier le taux hygrométrique dans leur culotte ?

Et pourquoi ne pas pousser le test plus loin? Un film, ça ne remplace pas une professionnelle assermentée, qui jurerait devant le tribunal administratif que non, monsieur le Juge, c'est juré, même mis en bouche, le pénis clandestin n'a pas frémi.

Abjecte mesure qui montre, au-delà du mépris des personnes, à quel point nos pays occidentaux sont démunis et désarmés devant l’afflux de réfugiés. Oui, la Commission européenne a eu la bonne réaction en demandant à la République tchèque de cesser ces pratiques dégradantes.

Une seule chose me titille dans la réaction de porte-parole de la commissaire en charge des affaires intérieures, Michele Cercone, du moins telle que rapportée par l’AFP que je me permets de citer ici : « Les autorités tchèques utilisent ces tests pour vérifier l'homosexualité des demandeurs d'asile en leur projetant des images pornographiques hétérosexuelles, a déploré la Commission.

"Cette pratique suscite des doutes quant à sa conformité avec les articles 4 et 7 de la Charte des droits fondamentaux (de l'UE) qui interdisent la tortures et les traitements dégradants", avertit la Commission. »

On ne sait dans ce contexte si c’est la pornographie qui est « une torture et un traitement dégradant » ou si c’est le fait de faire regarder de la pornographie hétéro à un homo.

Dans le cas de la première interprétation, la prise de conscience de la Commission européenne est un événement sans précédent dans la lutte contre un marché qui est effectivement un marché de la torture et des traitements dégradants, en particulier pour les femmes, et j’attends avec impatience de voir quelles mesures seront prises  pour protéger le bétail humain utilisé dans ces productions.

Dans la deuxième interprétation, la Commission s’indigne simplement que l’on ait osé présenter le mauvais produit au consommateur potentiel.

On parie ?

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Jeudi 9 décembre 2010 4 09 /12 /Déc /2010 21:21

eurovision96_VR.jpgDécidément, comme ne cessent de nous le clamer les tenants de la Modernité Décomplexée et Heureuse (MDH®), la France est en retard. C’est ce que je me disais fin 2006 en regardant ce numéro d’Envoyé spécial où l’on montrait comment certaines cliniques espagnoles pratiquaient l’avortement jusqu’à 8 mois de grossesse. Espagnols eux-mêmes sacrément en retard sur les Anglais, qui sans doute vexés de se voir coiffés au poteau de la MDH® par les Ibères, ripostaient un mois plus tard via le Collège Royal des obstétriciens et gynécologues britanniques, qui suggérait carrément l’avortement post-partum, avec cette logique imparable : « Pourquoi pensez-vous qu'on pourrait donner la mort à un bout du "conduit de la naissance" et non à l'autre ? » Ce foie jaune de législateur n’a pas eu les cojones de suivre cet avis éclairé. L’Anglais s’est donc rabattu, tout triste, sur le droit du travail qu’il a achevé de dépecer pour avoir une chance de rester dans la course.

C’était sans compter sur les Pays-Bas. Le Batave, on nous le crie à l’envi, est la quintessence sur pattes de la MDH®. Pensez, il est trop cool le Batave : il se déplace à vélo, fume de l’herbe qui fait rire en faisant des bisous aux gendarmes et met ses prostituées en vitrine, parce qu’au moins, là, on voit la marchandise vachement mieux que sous un réverbère pourri.

C’est donc au pays de la tulipe et du moulin qu’on a écrabouillé les velléités de course en tête des Espagnols et des Anglais, et ce dès 2004. Il s’agissait de proposer l’euthanasie, non pas pour les vieux ni les débiles, ce qui serait limite conservateur, mais pour les enfants. On vota donc, en Batavie, que l’enfant de moins de 12 ans trop malade ou handicapé pour rester digne (retenez bien ce mot, il est l’excuse de toutes les saloperies) pourrait être euthanasié s’il le souhaitait et que ses parents étaient d’accord MAIS aussi, et là on confine à l’indépassable, si l’enfant n’était pas d’accord. Ou si on ne sait pas trop vu qu’il ne peut pas parler. Prenez ça dans vos faces, ringard Anglais, has been Espagnol.

 

 Las ! Voilà que le Suisse, bien que légendairement lent et peu prompt à tenter quelque compétition européenne que ce soit – il a quand même laissé passer 4 éditions de l’Eurovision, c’est dire – s’est réveillé et a contemplé, du haut de ses cimes enneigées, l’état de l’avancée de la MDH® en Europe. Constatant avec un certain dépit qu’il lui serait difficile de faire plus que le Hollandais, qui peut désormais euthanasier de moins neuf mois à l’infini, il décida de faire dans le gore. C’est ainsi que sur les riantes rives du lac de Zurich, l’on vit prospérer l’association Dignitas (vous noterez que décidément le concept de dignité est très en vogue chez le tenant de la MDH®) qui, plutôt que de s’embêter à demander à des médecins de prescrire des barbituriques aux candidats au suicide (un médecin, c’est parfois un empêcheur de mourir en rond), sortit de sa boîte à idées le kit de suicide, comprenant du gaz (hélium) et un sac. Ensuite on allait dans des bagnoles planquées dans les bois filmer les candidats au suicide qui se mettaient la tête dans le sac et agonisaient durant de longues minutes. Les films étaient ensuite envoyés à la justice, afin que celle-ci constate qu’il n’y avait pas meurtre mais suicide.

Croyez-moi ou ne me croyez pas, mais il s’est trouvé des gens pour s’émouvoir et même s’indigner de zurich.jpgcette situation. Surtout quand on se rendit compte que Dignitas (je ne sais pas vous, mais je ne parviens pas à me lasser de ce nom) facturait l’hélium + le sac + l’accompagnement au fond des bois 300 francs suisses (soit 190 euros), les plus riches pouvant se payer le fameux pentobarbital beaucoup plus rapide et confortable au prix de 40 000 francs suisses (25000 euros). Et que les corps incinérés non réclamés étaient balancés dans le lac de Zurich (jolie photo ci-contre de quelques-unes des urnes retrouvées par des esprits chagrins).

Vous conviendrez qu’avec de tels champions, le petit débat ridicule de la France sur les cellules souches embryonnaires fait rigoler la MDH® tout entière. On avait pourtant cru qu’on pourrait être champions, et ce dès 1989, avec l’arrêt Perruche, qui reconnaissait enfin – mais comment avait-on pu vivre en harmonie avant – un préjudice d’être né. Las ! Comme pour les Britanniques et leur avortement post-partum, ce foie jaune de législateur, tout ça tout ça etc.

Heureusement que nous avons les Belges, qui sont comme chacun sait des Français qui mangent des frites en buvant de la bière. Un tribunal belge vient de rendre un verdict qui sauve l’honneur de la MDH® francophone. La cour d'appel de Bruxelles a en effet condamné un hôpital à indemniser des parents au nom de leur fille dont le handicap n'avait pas été détecté lors du diagnostic prénatal. Ils ont estimé que la fillette, née trisomique et lourdement handicapée, avait subi un préjudice indemnisable à hauteur de 30 euros par jour de vie.

Triste mais banal ? Pas tant que ça. Les juges ont en effet estimé que le préjudice, pour les parents (vu que la petite fille est morte en mars dernier à l’âge de 11 ans), était à la fois d’ordre moral… et esthétique.

Vous avez bien lu, esthétique.

Je vous laisse, je vais vomir.

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Mercredi 8 décembre 2010 3 08 /12 /Déc /2010 10:58

image002.pngIl est rassurant de constater qu’à l’heure où la publicité nous inonde de messages parfois franchement limites, à l’heure où le Bureau de vérification de la Publicité n’interdit les messages publicitaires dégradants que lorsqu’il lui faut manifester qu’il existe toujours, il existe des patrons de presse responsables, prêts à braver l’opinion publique et la pensée unique, à faire fi des conséquences financières pour leur journal afin de défendre leurs lecteurs contre l’offensive  antilaïque des forces de l’Empire du Mal de l’Eglise catholique.

 

C’est en effet un coup de chapeau bien bas que Nystagmus tire aujourd’hui à 20 minutes, édition de Lyon. L’histoire tient en quelques lignes : grâce à un généreux mécène, 4 pages de publicité avaient été achetées par le diocèse de Lyon dans l’édition de ce 8 décembre. 4 pages que vous ne verrez pas dans le journal de ce matin, puisqu’au dernier moment, à 20h30 hier soir, la direction de 20 Minutes a décidé de les annuler purement et simplement.

Vous le savez ou pas, le 8 décembre dans le calendrier romain marque la fête de l’Immaculée Conception. Et à Lyon, cette fête est tout à fait particulière : depuis un siècle et demi, les Lyonnais ont pris l’habitude de mettre ce soir-là à leurs fenêtres de petites bougies afin de marquer leur reconnaissance à Marie, qui les aurait protégés du choléra. La tradition a perduré jusqu’à nos jours, et a même été récupérée de façon plus ou moins réussie selon les années par la mairie de la ville, qui en a fait un événement d’envergure internationale, en invitant des artistes du monde entier à illuminer les façades des bâtiments de la ville.

Autre particularité lyonnaise, l’Eglise y a comme dans nulle autre ville française un poids encore important. Par exemple, le maire (pourtant franc-maçon) et tous les élus, quelle que soit leur étiquette politique , assistent chaque année à une autre tradition locale, le renouvellement du Vœu des Echevins. Lyon, en tant que capitale française du catholicisme (son évêque est le primat des Gaules) reste une véritable citadelle du catholicisme, et peu d’élus peuvent se passer du réservoir de voix que constituent les cathos, laïcs, clercs et congrégations qui vivent ici. La laïcité y est donc appliquée d’une façon beaucoup plus apaisée qu’ailleurs, et cela ne profite pas qu’aux seuls catholiques.

Mais de tout cela, 20 Minutes n’en a cure. L’édition lyonnaise du titre gratuit a donc accepté l’argent du diocèse et les pages de publicité, avec on l’imagine une certaine reconnaissance, vu la situation financière du journal. Et puis, tout à coup, patatras ! Un pointilleux laïciste de la régie publicitaire, estimant sans doute que son canard gratuit avait délégation de service public, a remarqué – tenez-vous bien et éloignez les enfants s’il vous plaît- que dans ces pages de publicité il y avait... une prière. Oui, vous avez bien lu. Ces salauds de cathos ont osé. Dans un journal sérieux, essayer de mettre un douce un Je vous salue Marie. Ils ont failli y arriver.

Conscients plus encore que s’il avait été croyant du pouvoir démesuré du Je vous salue Marie, notre courageux laïciste a donc décroché son téléphone, et téléphoné au diocèse de Lyon, en leur expliquant que hein, bon, à 20 minutes on respecte et tout et tout, mais heu, comment dire, si vous pouviez juste enlever ce truc, là, qui fait peur au milieu, quand même, ce serait cool. Le diocèse a répondu qu’il refusait de renoncer à Marie. 20 minutes a donc renoncé à diffuser la publicité incriminée.

Que l’on soit bien d’accord : 20 Minutes est un journal privé, qui fait ce qu’il veut et accepte ou refuse l’argent des annonceurs comme il l’entend. Mais cette panique à 20h30 hier soir, alors que les 4 pages avaient été livrées la semaine d'avant, est ridicule, et les explications embrouillées du journal seraient comiques si elles n’étaient si tristes : selon nos informations en effet, les responsables se sont barricadés derrière une ligne de conduite éthique selon laquelle « la régie ne prend aucune publicité ni politique, ni religieuse ». On a des principes moraux à 20 minutes. Le cul, oui, le culte, non. Il faut croire que les pubs pour la viande hallal n’entrent donc pas dans le  cadre de cette éthique… ni même la dernière campagne pour le denier de l’Eglise, pourtant acceptée sans problème par le même journal. On chuchote même selon de bonnes sources que la décision finale a dû être prise au plus haut niveau du quotidien, à Paris.

L’incident, me direz-vous, n’a pas grande importance. Il montre juste deux choses :

1/ La laïcité à la française se durcit, et cette histoire n’est qu’un épisode de plus dans une montée de ce qu’il faut bien appeler au minimum l’incompréhension totale du fait religieux, au maximum l’intolérance à ce même fait.

2/ La prière, c’est tellement fort, tellement puissant que même ceux qui n’y croient pas la redoutent. Quand Mamon recule devant Marie, j’y vois un hommage de la plus belle espèce à la grandeur  de la prière. Merci 20 Minutes.

 

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Samedi 20 novembre 2010 6 20 /11 /Nov /2010 10:42

Muhammad-Aslam-Khaki-1.jpgAlors que le massacre de chrétiens se poursuit en toute impunité au Pakistan, comme on peut le voir ici, qu’une autre chrétienne, Martha Bibi, attend son jugement, Nystagmus vous propose de faire plus ample connaissance avec un homme particulièrement courageux. Vous vous souvenez peut-être de Mgr Timotheus Nasir, primat presbytérien du Pakistan, qui défend la cause des chrétiens au péril de sa vie. Et ils sont nombreux, parmi les prêtres et les pasteurs chrétiens, à clamer haut et fort que la loi anti-blasphème est une honte. Mais, pourrait-on dire, c’est un peu leur boulot – d’abord parce qu’il est du devoir du chrétien de se dresser contre l’injustice, ensuite et surtout peut-être parce qu’ils sont directement concernés – ce qui n’enlève rien à leur courage bien entendu.

Mais dans ce combat contre l’intégrisme, ils ne sont pas seuls. Des musulmans aussi se battent contre cette loi, et leur combat mérite d’autant plus d’être salué. Laissez-moi vous présenter l’un de ces justes.

Il s’appelle Muhammad Aslam Khaki. Cet été, lors de l’affaire des deux frères chrétiens relaxés dans leur procès pour blasphème et assassinés à la sortie du tribunal, cet influent avocat musulman, professeur d’université, avait déjà protesté vigoureusement contre un tel déni de justice : “Nous condamnons ouvertement la violence. Personne ne peut se faire justice seul : c’est un principe essentiel dans un état de droit. Les deux chrétiens par ailleurs étaient innocents et le tribunal les avait disculpés. Ces évènements sont une atteinte à la loi et au respect des droits de l’homme sur lesquels le Pakistan doit veiller”, avait-il alors déclaré à l’agence Fides, demandant à ce que la loi anti-blasphème soit abrogée.

Cette déclaration, qui lui avait valu bien des menaces, n’était pas la première du genre, loin s’en faut. Et le Dr. Aslam Khaki ne s’en est pas tenu à ces seules déclarations : à plusieurs reprises, il a assuré la défense de chrétiens accusés de blasphème. Sa particularité ? Il est spécialiste de la Charia. Et c’est avec les arguments de la Charia qu’il parvient à faire libérer ceux qu’il défend.

On l’a vu par exemple lors de ce procès où des accusés convaincus d’avoir consommé de l’alcool ont été relaxés en deuxième instance par la Cour islamique, au motif que les 40 coups de fouet auxquels ils étaient condamnés n’étaient pas en conformité avec la loi islamique. Ou encore, lorsqu’il a défendu le droit pour des prisonniers d’obtenir des visites conjugales.

Prisonniers, consommateurs d’alcool, chrétiens, mais aussi hijras, ces eunuques pakistanais, vestiges d’une culture pré-islamique et pauvres parmi les pauvres, puisque aujourd’hui voués à tous les tourments (viols, tabassages, prostitution, etc.) sans que cela ne trouble la majorité. « On m’accuse de protéger la culture gaie, dit-il. Mais je ne fais que protéger ces gens de la culture policière du viol et de la torture. » En décembre 2009, il obtient de la Cour suprême – chose inimaginable dans cette République islamique – qu’elle ordonne au gouvernement de créer un troisième genre pour les hijras sur leurs papiers d’identité, et qu’elle ordonne des mesures de protection concrètes pour eux.  Au-delà de ce symbole, ce coup d’éclat aura permis que les journalistes pakistanais soient désormais à l’affût de toute histoire de viol de hijra, ce qui les protège un minimum, ainsi que M. Aslam Khaki l’explique dans ce saisissant reportage en français.

En 2000, il assure la défense du médecin athée Muhammed Younus Shaikh, qui osa cette déclaration pourtant prudente : « Le Prophète n’a été musulman qu'à partir de 40 ans ». Cette phrase somme toute plutôt banale lui a valu la condamnation à mort. En 2003, la cour suprême finira par l’acquitter ; il s’est depuis exilé en Europe.

En 2003, c’est contre l’instauration de la Charia dans la province frontalière du Nord-Ouest que M. Aslam Khaki se dresse, arguant que les tribunaux de province n’ont pas légitimité pour instaurer une justice différente de l’Etat. Mais son coup d’éclat demeure d’avoir menacé, et l’initiative ne manque ni d’ironie ni de panache, le gouvernement pakistanais lui-même de poursuites pour… blasphème.

L’affaire n’est pas anecdotique et montre bien à quel point le Dr. Aslam Khaki a fait une priorité absolue de la défense des droits fondamentaux de tous. En 2007, le président d’alors, le général Pervez Musharraf, promulgue une Ordonnance de réconciliation nationale (NRO) visant à amnistier ou à exempter de poursuites futures tout fonctionnaire impliqué de près ou de loin dans des affaires de corruption, violences ou même assassinats politiques. Une ordonnance qui protège l’ex-présidente du Pakistan, Bénazir Bhutto, mais également le président actuel, Asif Ali Zardari, et qui est à l’origine d’une crise politique qui perdure encore. Cette ordonnance voulue par le tuteur américain permettait au Pakistan de faire rentrer d’exil Mme Bhutto, de lui permettre de fonder un parti « d’opposition » histoire de faire apparaître le Pakistan comme démocratique, et tout le monde était content : Musharraf restait président, Bhutto pouvait rentrer, et les Américains apparaissaient comme les soutiens d’une véritable démocratie.

Parmi les voix qui se sont élevées contre ce déni absolu de justice, on retrouve donc notre Dr. Aslam Khaki. Et son argument ne manque pas de sel : puisque le Président de la République a osé comparer la NRO à la Constitution de Médine, qui consacra l’alliance du Prophète avec les juifs et les chrétiens, il a blasphémé ; qu’il retire donc la NRO ou bien il sera poursuivi.

 

Muhammad Aslam Khaki n’est pas le seul musulman à lutter, au Pakistan même, contre la loi anti-mohammad-farooq-khanblasphème, même si ceux qui l’accompagnent sont de plus en plus menacés . Le 14 octobre dernier, Mohammad Farooq Khan, psychiatre, vice-chancelier à l’Université islamique de Swat, était assassiné par deux hommes qui se sont fait passer pour des patients. Les autorités chrétiennes du pays ont unanimement salué un « humaniste, un défendeur de la dignité de tout être humain ». Mais il semble que l’affaire d’Asia Bibi (voir note précédente) ait réveillé les consciences : de nouvelles voix s’élèvent, jour après jour, dans la communauté musulmane, pour demander l’abrogation de la loi anti-blasphème et la protection des minorités.

 

DERNIERE MINUTE: on apprend ce samedi à 16h30 heure française sur le blog du British Pakistani Christian Association la libération prochaine d'Asia Bibi. La mobilisation des Pakistanais soucieux de justice et la pression internationale payent!

Par Nystagmus - Publié dans : Pakistan
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