Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /Mars /2010 11:54

kueng-2.jpgParmi les éructations de Hans Küng dans le Monde, le serpent de mer de la lettre adressée par Joseph Ratzinger aux évêques du monde entier, De delictis gravioribus. Cette lettre, selon ce qu'insinue Hans Küng, impose le secret aux victimes, les empêchant de porter plainte. Reprenons les assertions du bonhomme:

"Jusqu'à présent, presque aucun évêque n'a reconnu sa complicité. Pourtant, chacun pourrait arguer qu'il n'a fait que suivre les consignes de Rome. Au Vatican, sur la base du secret le plus absolu, la discrète Congrégation pour la doctrine de la foi a pris en charge tous les cas graves de déviances sexuelles commis par des membres du clergé qui ont, du coup, abouti sur le bureau de son préfet, le cardinal Ratzinger, entre 1981 et 2005. Le 18 mai 2001 encore, ce dernier adressait aux évêques du monde entier une lettre solennelle sur les pénibles manquements ("Epistula de delictis gravioribus"). Les cas d'abus sexuels y étaient placés sous "secret pontifical" ("Secretum pontificium") et classés comme offense relevant d'une punition ecclésiastique."

Pour couper court (si seulement!) aux élucubrations de ceux qui de toute façon haïssent l'Eglise, voici le texte intégral de cette lettre, pour la première fois en français sur Internet, dans une traduction exclusive que vous pourrez vous amuser à vérifier si le coeur vous en dit
auprès du texte latin. Le premier qui trouve en quoi cette lettre interdit  à une victime de porter plainte auprès des juridictions pénales de son pays gagne un Gaffiot.

Lettre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi aux Évêques et aux autres Ordinaires et Hiérarques des Églises catholiques orientales intéressés par les délits (les) plus graves réservés à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi


Pour appliquer  la loi ecclésiastique, qui énonce dans l'article 52 de la Constitution Apostolique sur la Curie Romaine que « La Congrégation pour la Doctrine de la Foi instruit les délits contre la foi et également les délits d'une part contre les moeurs, d'autre part commis pendant la célébration des sacrements et qui lui ont été rapportés, et quand c'est nécessaire, procède à la déclaration ou à l'imposition des sanctions canoniques, selon les normes du droit, soit commun, soit particulier », il était en premier lieu nécessaire de définir la façon de procéder au sujet des délits contre la foi, ce qui a été fait selon les normes qui ont reçu le nom de Agendi ratio in doctrinarum examine, ratifiées et confirmées par le Souverain Pontife Jean-Paul II, en même temps que les articles 28-29, approuvés en forme spécifique.


À peu près dans le même temps, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, au moyen d'une Constitution instituée ad hoc, accordait son attention à l'étude attentive du canon concernant les délits, dans le Code de droit canonique ou dans le Code des Canons des Église orientales, pour déterminer «  les délits d'une part contre les moeurs, d'autre part commis pendant la célébration des sacrements », et pour parfaire les normes processuelles spéciales pour « la déclaration ou à l'imposition des sanctions canoniques », parce que l'Instruction Crimen sollicitationis, en vigueur jusque là, éditée par la Suprême Congrégation Sacrée du Saint Office le 16 mars 1962, devait être révisée lors de la promulgation des nouveaux codes qui avaientté promulgués.


 

 


Les délits plus graves, soit dans la célébration des sacrements, soit contre les moeurs, réservés à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, sont:


  1. Les délits contre la sainteté du très auguste sacrifice de l'Eucharistie et sacrement, à savoir

  • Le fait de prendre ou de retenir les espèces sacrées à des fins sacrilèges, ou de les jeter à terre

  • Le fait d'attenter l'action liturgique du Sacrifice de l'eucharistie ou de simuler cette dernière

  • La concélébration interdite du Sacrifice de l'eucharistie avec les ministres des communautés ecclésiales qui n'ont pas la succession apostolique et qui ne reconnaissent pas la dignité sacramentelle de l'ordination sacerdotale

  • La consécration à une fin sacrilège l'une des matières sans l'autre lors d'une célébration eucharistique, ou même des deux en dehors d'une célébration eucharistique

     

  1. Les délits contre la sainteté du sacrement de pénitence, à savoir

    - L'absolution d'un complice du péché contre le sixième commandement du Décalogue

    - Le fait de solliciter en acte soit à l'occasion d'une confession soit sous prétexte d'une confession le péché contre le sixième commandement du Décalogue, si cela est dirigé vers le péché avec le confesseur lui-même

    - La violation directe du sceau sacramentel


  1. Les délits contre les moeurs, à savoir le délit contre le sixième commandement du Décalogue commis par un clerc avec un mineur âgé de moins de dix-huit ans


Seuls ces délits, qui ont été décrits plus haut avec leur définition, sont réservés à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.


Chaque fois qu'un Ordinaire ou un Hiérarque a une connaissance pour le moins vraisemblable d'un délit réservé, après avoir mené une investigation préalable, qu'il la fasse connaître à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi qui, si elle ne se réserve pas la cause en raison de circonstances particulières, ordonne à l'Ordinaire ou au Hiérarque de poursuivre la procédure à travers son propre tribunal en transmettant les normes opportunes. Le droit de faire appel de la sentence en première instance, soit de la part de l'accusé soit de la part du représentant de l'accusé soit de la part du Promoteur de Justice demeure valide uniquement auprès du Tribunal Suprême de cette même Congrégation.


Il faut noter qu'une action criminelle au sujet des délits réservés à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi est éteinte par une prescription de dix ans. La prescription court selon la norme du droit universel et commun; mais dans le cas d'un délit commis par un clerc sur un mineur, la prescription commence à courir à partir du jour où le mineur a achevé sa dix-huitième année.


Dans les Tribunaux établis par des Ordinaires ou des Hiérarques, seuls des prêtres peuvent validement remplir pour ces procès-ci les charges de Juges, de Promoteurs de Justice, de notaire. Quand le procès devant le tribunal est terminé, de quelque manière que ce soit, tous les actes de la cause doivent être transmis ex officio le plus rapidement possible à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.


Tous les tribunaux de l'Église Latine et des Églises Orientales Catholiques doivent observer les canons au sujet des délits et des peines et aussi au sujet des processus pénaux de leurs Codes respectifs en même temps que les normes spéciales qui doivent être transmises par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi pour chaque cas singulier et qui sont à appliquer entièrement.


Les causes de ce genre sont soumises au secret pontifical.


À travers cette lettre, transmise par mandat du Souverain Pontife à tous les évêques de l'Église Catholique, aux supérieurs généraux des instituts religieux cléricaux de droit pontifical et des sociétés de vie apostolique cléricales de droit pontifical, et aux autres Ordinaires et Hiérarques intéressés, il est espéré / souhaité non seulement que de plus graves délits soient entièrement évités mais que surtout les Ordinaires et les Hiérarques accordent un soin pastoral attentionné à s'occuper de la sainteté des clercs et des fidèles même au moyen des sanctions appropriées.


À Rome, du siège de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 18 mai 2001,


Joseph, cardinal Ratzinger, préfet

Archévêque Tarcisio Bertone, SDB


Commentaires:

1/ On le voit, cette lettre ne traite pas un instant de la justice pénale laïque, mais de justice ecclésiastique, ce qui est l'apanage de la Commission pour la Doctrine de la Foi.

2/ Cette lettre impose à toutes les parties le secret durant l'instruction devant le tribunal ecclésiastique, et aucunement le fait de ne pas porter plainte devant une juridiction pénale. Faut-il rappeler que le secret de l'instruction est une condition indispensable à la tenue d'une justice sereine?

3/ Je ne puis croire qu'Hans Küng soit si mauvais latiniste qu'il traduise "delictibus gravioribus" par " pénibles manquements", alors que la traduction correcte est "les délits les plus graves". Comment expliquer cette traduction, sinon par une volonté claire d'insinuer que l'Eglise considère la pédophilie comme simplement "pénible"? C'est de la mauvaise foi éhontée.

Par Nystagmus - Publié dans : Catholicisme
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Vendredi 5 mars 2010 5 05 /03 /Mars /2010 14:02

ecole-publique.jpgSi vos enfants, vos cousins, vos frères et sœurs, vos petits voisins sont scolarisés à l’école publique, les parents d’iceux ont peut-être reçu le courrier suivant de la part de l’école (passages soulignés d’origine):

Mesdames, messieurs,

Pour préparer la rentrée 2010 concernant l’enseignement des langues et cultures d’origine, nous avons besoin de savoir si vous seriez intéressés pour inscrire votre enfant. Ces cours concernent les langues et cultures algériennes, espagnoles, marocaines, tunisiennes et turques et s’adressent à tous les élèves qui actuellement fréquentent les cycles 2 et 3 (de la grande section de maternelle au CM2).

L’équipe enseignante

Ce courrier m’a fait l’effet du baiser de la Belle au bois dormant. On roupille, on roupille et hop ! quand on se réveille, le temps a passé. J’avais quitté, il y a 25 ans,  une école de la République pleine de principes laïcs et républicains, et celle que j’aborde à cause de mes enfants m’est devenue étrangère.

Que les choses soient claires : la République, moi, je l’aime. En tant qu’ex-pupille de l’Etat, je lui dois beaucoup. Dans les premiers mois de ma vie, elle m’a nourrie, logée, blanchie, poussant l’attention jusqu’à prendre ma température tous les matins pendant 6 mois, histoire d’être absolument certaine que je ne préparais pas un rhume ou une otite. Franchement, votre mère, elle vous a autant couvé, vous ?

Toute ma scolarité, je l’ai faite dans le public. Et j’en suis fière et reconnaissante. C’est pourquoi je me sens si libre aujourd’hui de dire qu’elle fait parfois n’importe quoi. Et l’ELCO, c’est une hérésie républicaine.


 

L'ELCO, kézaco?
 
Tout commence (comme souvent en matière éducative) au Canada, pays d’immigration par excellence. C’est-à-dire un pays dont l’identité nationale, pour reprendre un concept à la mode, est constitutivement migratoire. Les Etats-Unis, l’Australie en sont également.

Or donc, au Canada, dans la province de Québec, vit le jour par un beau matin de 1978 le PELO (Programme d’enseignement des Langues d’Origine), qui entendait permettre à des enfants issus de l’immigration récente de conserver le lien avec leur culture d’origine. Ce programme fut installé sans que cela pose de problème particulier, et cela perdure de nos jours, sans que cela ne provoque de remous significatifs dans la société québécoise.

Nos politiques, qui n’ont que la Suède en bouche quand on leur parle d’emploi et le Québec quand on leur parle d’éducation, initièrent donc un programme similaire en France, l’ELCO (Enseignement des Langues et Cultures d’origine. Culture, ça fait toujours très bien en France). On transposa donc le fameux modèle québécois, et le cœur gonflé d’amour pour les enfants d’immigrés, on fixa à l’ELCO la tâche de réparer les horreurs coloniales de nos pères en valorisant l’héritage culturel des fils. On passa des accords avec lesdits pays d’origine, afin qu’ils fournissent à la fois les enseignants, les financements et les programmes  – mais la République, nous jura-t-on, conservait un droit de regard sur les contenus. C’est ainsi qu’en France, à l’école de la République, des enfants d’origine turque apprennent dans des livres scolaires turcs, des programmes établis à Ankara. Et on s’étonne après que des gamins arrivent en cours d’histoire avec des idées bien arrêtées sur le génocide arménien.

 

On écrivit ensuite une jolie directive, pleine de belles phrases, dont voici un extrait (pardon, je n’ai pas pu résister ) : « L'E.L.C.O facilite l'intégration des populations d'origine étrangère par la reconnaissance de leur culture d'origine ; mais c'est aussi la volonté de les faire participer à la culture de notre pays, d'en faire des citoyens à part entière et non entièrement à part. »
Rompez.

 

Si je comprends bien, l’enseignement des langues et cultures d’origine à l’école vise à faire en sorte que ceux qui les reçoivent deviennent, grâce à la reconnaissance officielle de leur différence, des citoyens comme tout le monde.

Ben voyons.

Ce qui me sidère, dans cette histoire, c’est qu’on entend nos politiques sauter comme des cabris en proclamant Ecole-pour-tousqu’il faut un Islam de France, avec des imams parlant français, et dont la formation ne soit plus assurée comme aujourd’hui à l’étranger. On explique à cor et à cris que la loi de 1905 doit être im-pé-ra-ti-ve-ment relookée pour permettre aux musulmans de France de ne plus avoir recours à l’argent du Maghreb ou d’Arabie Saoudite. Et dans le même temps, on délègue à ces mêmes pays l’instruction de ces petits Français dont les parents sont nés ailleurs. Parce qu’il faut pas déconner : l’ELCO, c’est pas ouvert à tous. Juste aux enfants d’immigrés. Mais que fait la HALDE ?

Les défenseurs de l’ELCO ne sont pas avares de références pour justifier ce non-sens. Ils citent abondamment la littérature québécoise, puisque les politiques publiques en matière de PELO ont été minutieusement évaluées outre-atlantique. C’est ainsi que l’on peut lire ce genre de satisfecit, en conclusion d’un volumineux rapport :

« Les enseignantes et les enseignants du PELO qui ont été consultés sont unanimes à dire que les élèves inscrits au PELO améliorent leur connaissance de la langue et de la culture d’origine. Ils nous informent que les élèves éprouvent une très grande fierté à acquérir de nouvelles connaissances.

Le personnel enseignant du PELO est nombreux à être d’avis que le fait de maîtriser la langue d’origine aide à apprendre les autres langues, c’est-à-dire le français et l’anglais.

De façon générale, le personnel enseignant du PELO juge que les élèves développent, au PELO, des attitudes positives au regard de la société d’accueil et de leur culture d’origine. Souvent, les élèves éprouvent moins de timidité à parler leur langue puisqu’ils sont devant leurs pairs. Cela peut donc favoriser leur estime de soi. »

 

Soit. Pourquoi hurler au crime de lèse-République, du coup ? Si ça marche au Québec, après tout, pourquoi pas. Soyons pragmatiques et non dogmatiques : si effectivement la méthode est efficace, si les enfants, devenus fiers de leurs origines, s’investissent d’autant plus dans les autres matières, si le sentiment d’être Français passe par la redécouverte de leurs origines étrangères, bingo !

Sauf que le Canada n’est pas la France.

L'exemple québécois, un contre-exemple

Je disais plus haut que le Canada est un pays d’immigration par excellence. Et c’est à comprendre dans tous les sens du terme.

Comme l’explique la Revue européenne des migrations internationales, dans  un rapport de 2003 intitulé « L’enseignement des langues d’origine au Canada : réalité et débats », la politique migratoire du Canada n’a pas grand-chose à voir avec celle de la France. Il s’agit, pour reprendre une expression française qui fit florès il y a peu, d’une immigration choisie. Je cite les auteurs du rapport :

« Cette ouverture à l’immigration a pour corollaire une sélection des immigrants en fonction, précisément, de la capacité d’intégration des candidats ainsi qu’un accès extrêmement rapide à la citoyenneté (Citoyenneté et immigration Canada, 1994). On pourrait donc dire qu’à l’opposé de la situation qui prévaut dans la plupart des pays d’Europe, le « goulot d’étranglement » se fait davantage avant l’entrée au pays qu’à l’intérieur même de la société réceptrice. En effet, au bout de trois ans, tout candidat admis comme immigrant permanent peut devenir, s’il le désire, citoyen canadien. Cet accès rapide à la citoyenneté contribue à donner une grande légitimité à la présence des immigrants et à favoriser leur capacité de s’impliquer dans divers débats sociaux, entre autre en ce qui concerne la reconnaissance de leurs droits linguistiques (Breton, 1991). Par ailleurs, du fait précisément de la sélection qui s’exerce avant l’entrée, l’immigration est très diversifiée sur le plan socio-économique et présente un profil sensiblement équivalent à celui de la population d’accueil avec toutefois une légère bipolarisation aux deux extrêmes (Emploi et immigration Canada, 1991). Au sein du système scolaire, la présence de la clientèle d’origine immigrée ne coïncide donc pas avec celle de l’échec scolaire et de la sur-représentation des populations défavorisées. Les élèves issus de l’immigration, qu’ils soient de première ou de deuxième génération, connaissent un parcours scolaire légèrement plus favorable que les élèves d’implantation ancienne, ce qui n’exclut évidemment pas l’existence de situations nettement plus problématiques au sein de certaines communautés, notamment les minorités noires anglophones et francophones (Mc Andrew, 1997). »

 

Nous y voilà. Il ne s’agit pas d’une population stigmatisée dès le départ, mais d’une communauté d’individus socialement intégrés dans le pays d’accueil. En France, le tabou qui pèse sur les statistiques ethniques arrange bien ceux qui, sous couvert d’antiracisme, cachent sous le tapis la réalité de l’exclusion sociale et culturelle des enfants d’immigrés. Mais il suffit de regarder nos classes pour s’en rendre compte. Statistiquement, les enfants d’immigrés réussissent moins bien que les autres, non du fait de leur appartenance ethnique mais parce qu’ils cumulent des handicaps sociaux et linguistiques.

L’aspect purement scolaire de l'ELCO

bargemon-expo-ecole_1233646926.jpgIl est donc question de proposer à des gamins de primaire de jouer, de converser, puis d’apprendre à lire et à écrire dans une langue étrangère. Soit.

Or, parmi ces langues étrangères, il ne vous aura pas échappé qu’un certain nombre d’entre elles s’écrivent de droite à gauche.

On va donc montrer à des enfants de grande section de maternelle, dont la latéralisation est tout juste établie pour les plus en avance d’entre eux et restera fragile encore quelques années, des livres qui se lisent de gauche à droite les lundi, mardi, jeudi et vendredi, et des livres écrits de droite à gauche le mercredi.

Contactée par nos soins, une orthophoniste nous répond de façon lapidaire :  « c’est bien simple, ces gamins se retrouvent dans mon cabinet ».

Et d’ajouter : « Le bilinguisme, c’est tout à fait possible quand par exemple chacun des parents parle une langue. L’enfant peut faire l’équilibre entre les deux, et parler les deux langues. Pour l’écrit, il est sage d’attendre en revanche le cycle 3 (du CE2 au CM2), afin que cela ne perturbe pas l’apprentissage de la langue principale. Le problème ici, c’est que les deux langues n’ont pas le même statut pour l’enfant. L’une est la langue maternelle au sens propre, celle des parents, de la famille. L’autre est la langue de l’école, donc de la contrainte. » Il ne faut pas être grand clerc pour deviner dans laquelle des deux l’enfant va s’investir.

« Cela me fait penser, poursuit-elle, à ces enfants d’expatriés scolarisés dans les lycées français en Chine par exemple. Ils parlent français ou anglais entre eux et ignorent le chinois, parce qu’ils se débrouillent fort bien en ne vivant qu’entre eux. C’est le problème du ghetto, doré ou pauvre. J’ai grandi dans une école où la langue commune était le français, et pourtant je n’étais pas dans les beaux quartiers. Mais à partir du moment où une minorité importante ou une majorité ne parle pas le français, cela change. »

Et là où les choses deviennent vraiment tristes, c’est que les défenseurs de l’ELCO sont, sans le dire, d’accord avec cette analyse. Voyez plutôt ce rapport de l’Education Nationale sur la laïcité à l’école, page 29 exactement :

« Plusieurs principaux nous ont dit avoir introduit ou conforté cet enseignement dans leur collège pour son rôle jugé utile de contrepoids laïque face à l’endoctrinement politico-religieux des élèves, ou encore apprécier tel enseignant pour sa capacité de médiation avec la population d’un quartier. »

Il ne s’agit pas de faire des enfants d’immigrés des citoyens à part entière. Il s’agit de tenter de contrôler une population qui, faute d’avoir été intégrée, vit en autarcie dans un ghetto où la République est absente.

On m’objectera sans doute que ces enfants ont une histoire différente de celle des autres Français. On ricanera surgaulois-copie-1.jpg ces petits Français des colonies ânonant « nos ancêtres les Gaulois »… A ceci je rétorquerai qu’être Français, c’est faire sienne l’histoire de la France. Permettez-moi de reprendre l’exemple des pupilles de l’Etat. Lorsqu’un enfant naît sous X, un extrait de naissance est produit sans que le nom des parents soit  mentionné. Puis une fois que l’enfant est adopté par le couple Machin, l’état civil mentionne que l’enfant est né de Monsieur Machin et Madame Machin née Chose, point barre. Oui, c’est un mensonge sur le plan historique, pourrait-on dire. Mais c’est une vérité symbolique. Et c’est le symbolique qui nous fait vivre ensemble.

Rien n’empêche les enfants dont le français n’est pas la langue maternelle d’apprendre par leurs propres moyens la langue de leurs origines. Mais ce n’est pas à la République de s’en mêler.

 

Par Nystagmus - Publié dans : Ecole
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Dimanche 28 février 2010 7 28 /02 /Fév /2010 15:00
Mother and sisters of Shazia 2C’est un cadavre d’enfant comme les journaux nous en donnent à voir des dizaines autour du monde. Le cadavre d’une fillette de 12 ans, corps d’enfant bien plus que d’adolescente, vêtu d’un pantalon de survêtement relevé aux genoux, et d’un pull dont on a remonté les manches et le devant pour exposer le maximum de peau à l’objectif des photographes.


Sur cette peau, des taches sombres de toutes tailles. Selon son beau-père Bashir Masih, ces taches correspondent à « de profondes coupures et une brûlure au fer à repasser  dans le dos ». Son visage gonflé est entouré d’un bandage sommaire qui maintient sa mâchoire brisée. Les plaies sur ses doigts indiquent que ses ongles ont été arrachés. Son bras droit est cassé.


Shaziah (« bonheur » en ourdou) Shaheen, avait, selon les sources, entre 12 et 14 ans. Un détail qui a son importance, car au Pakistan, le travail des enfants est autorisé à partir de 14 ans (15 ans pour les mines et les chemins de fer). Elle était la troisième fille d’une famille catholique de quatre enfants, dans le district de Tehsil Shahkot, non loin de Lahore. Ce sont ses deux sœurs aînées que vous voyez sur la photo, lors des funérailles, entourant sa mère et son beau-père (son père est mort quand elle était toute petite). On aperçoit, à l’avant de la photo, son petit frère de 8 ans.


Comme l’immense majorité des chrétiens pakistanais (1,6% de la population du pays), la famille de Shaziah était très pauvre. Si pauvre, que lorsqu’un certain Amanat se présente à eux et leur fait miroiter son carnet d’adresses, ilsMohammad-Naeem-Chaudhry.jpg décident de lui faire confiance pour trouver à Shaziah un travail décent à Lahore. Leurs espérances se trouvent confortées lorsqu’ils apprennent que Shaziah est embauchée chez un riche avocat, Mohammad Naheem Chaudhry, ancien bâtonnier du barreau de Lahore (photo ci-contre).


Voilà Shaziah domestique, pour un salaire mensuel de 1000 roupies, c’est-à-dire 8 euros, ce qui n'est pas scandaleux au Pakistan. Logée et nourrie, elle reverse son salaire à ses parents. Cela dure huit mois. Puis tout à coup, plus de nouvelles.


La famille, inquiète, se rend sur place s’enquérir de la fillette. Les Chaudhry refusent de les laisser entrer chez eux. Cela dure. Devant l’insistance des parents, ils finissent par les laisser entrer. Shaziah est déjà mourante. Ses parents affolés l’emmènent au Jinnah Hospital aussi vite qu’ils le peuvent. Elle décèdera en route. Nous sommes le 22 janvier 2010.


Devant le chagrin et la colère de la famille, Mohammad Naheem Chaudhry leur offre de l’argent. 20 000 roupies – environ 160 euros – pour leur silence. Les Shaheen refusent. Ils décident de porter plainte.

C’est là que l’affaire se complique.




La police commence par refuser d’enregistrer la plainte
  avant d’y être contrainte par la communauté chrétienne en colère, qui manifeste devant le Parlement du Penjab. Devant la révolte des chrétiens, le président pakistanais ordonne une enquête et débloque 500 000 roupies à titre compensatoire pour la famille Shaheen. Le 24 janvier, Mohammad Naheem Chaudhry, son épouse et son fils, sont arrêtés. La police arrête également Amanat, le trafiquant d’enfants, et découvrent chez lui trois autres esclaves mineurs en cours de revente.


Le 25, les funérailles de la petite fille sont célébrées à la cathédrale du Sacré-Cœur de Lahore, en présence deIMG_5069.JPG plusieurs évêques catholiques et anglicans. Des milliers de fidèles assistent à la cérémonie, encerclés par les forces de l’ordre qui redoutent une explosion populaire.  


Mais l’intérêt
des politiques et des médias retombe rapidement. Très vite, les associations de défense des droits de l’homme qui tentent de trouver un avocat à la famille de Shaziah se voient opposer refus sur refus. Chrétiens ou musulmans, les avocats contactés sont menacés. Personne ne veut de l’affaire.,


C’est dans ces conditions que le PCC, Pakistan Christian Congress, décide de demander à Mgr Timotheus Nasir, un évêque anglican, de conduire la défense de la famille Shaheen.

 


Mgr Timotheus Nasir (voir interview exclusive en fin d'article) est un prélat habitué des cours de justice. Il est le président de l’UPCP (United Presbyterian Church of Pakistan), une église presbytérienne de quelques 100 000 âmes issue d’un schisme d’avec la Communion anglicane. Cet ancien militaire, qui a servi 16 ans dans l’armée pakistanaise en tant qu’officier dans un corps d’élite, évêque du Pakistan d’une union d’Eglises presbytériennes, la Siloam Biblical Christian Churches of Pakistan, dirige le Faith Theological Seminary à Gujranwala. Spécialiste de l’Ancien Testament, de l’histoire de l’Eglise et d’islamologie, intellectuel cultivé, auteur de plus de deux mille articles en anglais et en ourdou, ainsi que d’un New Testament Commentary for Common Reader, c'est aussi un homme dont on ne compte plus les coups d’éclat. En 2000, il est ainsi monté au créneau lorsque Mgr Samuel Azariahs, président de l'Eglise Protestante du Pakistan, a ordonné deux femmes diacres. Il a aussitôt intenté une action en justice devant le tribunal de Lahore, s'appuyant sur le fait que l'ordination des femmes n'est pas autorisée par la Bible, qui, en particulier, contient une injonction de l'apôtre Paul confirmée par l'apôtre Pierre, selon laquelle "les femmes n'ont pas la permission de parler Bishop-20Nasir_resize.jpgdevant les assemblées". Le but de Mgr Nasir : faire condamner  Mgr Azariahs pour infraction à la loi nationale pakistanaise et à la loi biblique. La réponse a été cinglante : le tribunal de Lahore, après examen de l'affaire, a émis un avis d'outrage à la cour.

  -

En 2004, le meurtre d’un chrétien, Samuel Masih[1], par un policier lors de son arrestation pour blasphème (il était accusé d’avoir jeté des ordures sur une dalle où étaient inscrits des versets du Coran) avait provoqué une grande émotion dans la communauté chrétienne pakistanaise. Mgr Nasir avait alors déploré que « le fondamentalisme [ait] altéré l'image du pays en faisant mauvais usage de la loi contre le blasphème. La situation serait meilleure si les mêmes peines étaient appliquées à ceux qui font preuve de manque de respect à l'égard du Christ et des saints chrétiens ».

 Grand amateur de joutes oratoires, il ne rate pas une occasion de se confronter avec des érudits musulmans. Le 7 octobre 1987, à Sialkot, son débat avec le cheikh  sud-africain Ahmad Dedaat, dont il sort triomphant, attise la haine des fondamentalistes. Il reçoit des menaces, ilse fait traiter de menteur et répond: "Si j'ai appris à mentir, c'est des musulmans que je l'ai appris". Cette phrase lui vaut une assignation en justice auprès de la Haute Cour de Karachi, pour "outrage à l'Islam". Mgr Nasir en appelle au Président de la République, au Premier ministre, au ministre des Affaires religieuses. En vain. Il dénonce une volonté de le tuer : « Chacun sait que Karachi est une ville extrêmement dangereuse, et qu’un évêque en soutane ferait une cible idéale pour des "terroristes inconnus". Si je dois mourir, qu’il en soit ainsi ! Je n’ai pas de haine contre les mollahs, ils font leur travail. Mais l’attitude du gouvernement et de la magistrature dans cette affaire prouve qu’ils soutiennent pleinement ces gens-là. »

Lors du procès, où il se présente sans avocat, il renonce solennellement à sa nationalité pakistanaise.

« Je reste un patriote pakistanais. Mais le Pakistan a été dévoyé par des gens qui n’ont eu aucun rôle dans la création de mon pays. Ce n’est plus le Pakistan que j’ai défendu, et auquel j’ai donné les meilleures années de ma vie. L’agressive "théocratie islamique" a fait du Pakistan un pays que  le Père de la Nation Muhammad Ali Jinnah n’a jamais voulu. […]Au Pakistan, les chrétiens, y compris moi, doivent faire face à une haine extrême, à des discriminations religieuses et à une intolérance à tous les niveaux de la société. Il m'est impossible de porter le fardeau de la citoyenneté limitée, estropiée et sans signification de votre Pakistan, [...] un pays dont jadis j'étais fier, [...] c'est pourquoi je me défais de la citoyenneté pakistanaise ».
Finalement, le président Pervez Musharraf intervient et l'affaire est classée.

En mars 2006, à Melbourne (Australie), lors d’une sortie de classe, trois étudiants du East Preston Islamic College sont pris en train d’uriner sur une Bible avant d’y mettre le feu. Mgr Nasir a alors demandé des excuses… du monde musulman tout entier : « Il faut se souvenir de l’émotion qui a gagné les musulmans du monde entier lorsque des profanations du Coran ont été  signalées à Guantanamo en mai 2005 et février 2006.  En revanche, lorsqu’il s’agit de la Sainte Bible, les musulmans considèrent que c’est leur droit d’insulter la foi chrétienne. […] Au Pakistan, les chrétiens, traités d’analphabètes et d’ignorants, sont battus, jetés en prison et condamnés, sur des allégations  de blasphème souvent faibles et sans fondement. […] La profanation de la Sainte Bible en Australie était d’une violence rare, mais aucun pays musulman, aucun leader islamique n’a eu un seul mot pour condamner ce crime haineux contre les chrétiens du monde entier. »

 


C’est cet homme controversé, courageux ou tête brûlée selon ses détracteurs, qui se retrouve à la tête de la défense des Shaheen.


Le 13 février dernier, le tribunal de Lahore
décide de remettre en liberté sous caution Mohammad Naeem Chaudhry, son épouse, son fils et Amanat, le trafiquant d’enfants. Les juges se sont basés sur un rapport d’autopsie rédigé par neuf médecins musulmans, dont les conclusions n’admettent qu’une fort neutre « infection de laPolice-men-are-torchering-the-protesters.jpg peau et un état de malnutrition » en lieu et place des traces de coups et de viol. Mgr Nasir dénonce aussitôt une libération « planifiée à l’avance » : « Tout au long de ces quinze derniers jours, je constate que la coopération, la collaboration et l’harmonie ont été totales entre les avocats, la police, la justice et le gouvernement […] Aucune infection ne peut causer une fracture de la mâchoire et des bras, pas plus que de profondes entailles ou des brûlures au fer à repasser ». L'émotion dans la communauté chrétienne est considérable.


Nous en sommes là. Justice sera-t-elle rendue pour Shaziah Shaheen ? Rien n’est moins sûr. D’autant que le 17 février dernier, un article du Pakistan Christian Post indique que Mgr Nasir a dû jeter l’éponge. Selon le prélat, il a été freiné par le CLAAS (Centre for Legal Aid, Assistance and Settlement, une association d'aide juridique aux chrétiens) dans ses efforts pour mener à bien la défense des Shaheen.  Une version confirmée par Agnes Massey, présidente du chapitre canadien du Pakistan Christian Congress, qui blâme la tiédeur des associations de défense des chrétiens. Il semblerait que certains chrétiens – et comment ne pas les comprendre – redoutent les retombées du procès, une fois les quelques caméras étrangères reparties. Il a été remplacé par un avocat de la Cour suprême, Akbar Durrani, qui avait initialement décliné l’invitation à représenter la famille mais qui aurait changé d’avis. Mais quels que soient les avocats, il n’est pas un seul chrétien, toutes confessions confondues, à croire un seul instant que la justice passera. Laissez-moi vous citer une dépêche d'Eglises d'Asie, datée du 17 février dernier:

"A l’archidiocèse catholique de Lahore, le vicaire général, le P. Andrew Nisari, est allé dans le même sens : « La justice est prise en otage au Pakistan. Il est navrant de voir que ceux-là même qui sont chargés d’assurer la défense des justiciables font bloc pour innocenter l’un des leurs. » Au Conseil national pour le dialogue interreligieux, son directeur, un prêtre capucin, avait organisé un colloque pour dénoncer cette affaire et ce qu’elle recouvre en matière d’exploitation du travail des enfants et de mépris des minorités religieuses. Pour cela, il avait invité un juge à venir témoigner. Mais celui-ci « s’est désisté au motif que Naeem Chaudhry était un camarade de promotion et qu’il ne pouvait pas s’exprimer publiquement à son propos ». « Pour nous, il est évident que justice ne sera pas rendue » dans cette affaire, a conclu le prêtre."

 
Il est probable que la seule chose qui perdurera de la petite Shaziah, ce soient ces quelques photos d’une famille éplorée et d’un petit corps martyrisé sur le blog des émigrés pakistanais en Grande-Bretagne.

 
Mgr Timotheus Nasir : "Priez pour nous"

Interview exclusive réalisée par mail le 28 février.

Mgr Nasir, comment le gouvernement a-t-il réagi à votre volonté de vous défaire de votre nationalité pakistanaise?

A ce jour, je n'ai reçu aucune réponse. Je reste donc un citoyen pakistanais jusqu'à ce que le gouvernement prenne une décision.

Vous avez reçu des menaces suite à votre décision d'aller défendre la famille Shaheen devant le tribunal en tant qu'avocat. Avez-vous peur?
J'en ai reçu, mais ça m'est égal. Je suis un ancien officier, j'ai donc déjà vu la mort de très près. Le jour de ma mort est déjà inscrit dans les cieux, et rien de ce que je pourrais faire n'y changera quelque chose. Je suis toujours menacé par les mollahs qui m'ont traîné en justice en 2006 à Karachi, et maintenant ce sont les assassins de Shazia ou ceux qui les protègent qui me menacent. Mais cela ne m'empêchera pas d'aller devant la Cour.

Pensez-vous qu'une mobilisation internationale pourrait permettre à la justice de passer dans l'affaire de Shazia Shaheen?
Non. Cela peut faire pression sur le gouvernement pakistanais, mais en aucun cas sur les musulmans. De plus, la "justice" est un confort dont nous ne disposons pas au Pakistan.

Que peuvent faire les chrétiens d'Occident pour leurs frères Pakistanais?
Priez pour nous. S'il vous plaît, je vous confie notre communauté et je vous demande de me soutenir par la prière, car je fais de nombreuses choses pour nos frères que je ne peux pas vous dire.


______________________________________________________________________________________________

Marc Fromager, directeur de l'Aide à l'Eglise en Détresse-France:
"La moitié des chrétiens de Karachi a déjà quitté le pays"



______________________________________________________________________

[1] Masih n’est pas un nom de famille. C’est un surnom qui désigne un chrétien de sexe masculin ; c’est pour cela que le beau-père de Shaziah est présenté sous le nom de Bashir Mazih, et que le nom de la petite Shaziah est parfois présenté à la presse comme étant « Shaziah Masih » ou « Shaziah Bashir ».

 

Sources : United Presbyterian Church of Pakistan,  Asianews, Eglises d’Asie, Pakistan Christian Post, British Pakistani Christian Association d'où la plupart des photos sont extraites.

Par Nystagmus - Publié dans : Pakistan
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Dimanche 28 février 2010 7 28 /02 /Fév /2010 06:47
Allez, une petite question sympa pour laquelle le Chafouin m'a taguée, qui me change les idées du prochain billet que je suis en train de préparer et qui devrait être nettement moins drôle. cerveau-gauche-droite.jpgC'est une question initiée par Juan de Sarkofrance, et qui justement était au coeur du débat aviné que nous avons eu avec des amis hier midi.

Et je suis bien embêtée pour répondre. Parce que je soupçonne un de mes enfants d'être d'ores et déjà un affreux suppôt de la Droite.

Regardez mon fils. 21 mois et il présente déjà toutes les caractéristique de l'anarchiste de droite, c'est à dire quelque part sur l'échiquier politique à la droite de la Nouvelle Droite. Et que j'ai décidé que j'avais faim et je me fous que tu sois en train de dormir, et que j'ai envie de faire caca et peu importe si je suis dans le bain, et que si tu me frustres je hurle, et que j'exige un câlin là maintenant, et que papa vas-y lâche maman elle est à moi d'abord.
Avec de telles réactions, nul doute que je le trouverai à 15 ans en train de lire Michel-Georges Micberth en écoutant à fond Death in June.

Quant à ma fille... je crains qu'elle ne soit, elle, irrémédiablement de gauche. Et de la gauche crispante, si vous voyez ce que je veux dire. "Non, S., ne mets pas le couteau à pain dans la bouche de ton frère! " et hop! le résultat est immédiat: le sourcil froncé, l'oeil rageur, le poing serré, elle vous fixe de son regard noir, prête à en découdre, et vous sort pour la 435e fois de la journée cette phrase qui pour un peu vous ferait rechercher illico dans l'annuaire l'adresse du couvent de Trappistines le plus proche, histoire de se renseigner sur l'âge minimum requis: "Mais Maman, j'ai le droit, d'abord!!"

Et dire que mon mari et moi sommes au centre. Eli, eli, lama sabactani?
Par Nystagmus - Publié dans : Chafouinage
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Mercredi 24 février 2010 3 24 /02 /Fév /2010 13:56
Martin%20Ssempa

C'est un bel homme au regard clair, au sourire chaleureux, qui arbore fièrement à son revers le ruban rouge de la lutte contre le Sida.  Confronté tout jeune à la mort par la maladie de sa soeur, puis de son frère, dans un pays relativement épargné par l'épidémie (5,49% des 15-49 ans infectés, contre 24,1% au Botswana par exemple), il s'est lancé dans un combat sans merci contre le rétrovirus.

Ça, c'est le côté pile. Un côté pile pour lequel on serait  prêt à lui décerner le Nobel. Mais côté face, ce prédicateur évangélique, fondateur de sa propre Eglise, l'Eglise des Rachetés, marié et père de quatre enfants, est un  illuminé qui se sert du SIDA pour appeler au meurtre des homosexuels. E il n'y va pas avec le dos de la cuillère pour rallier à sa cause : il va jusqu'à exhiber des photos pornos en chaire.

C'est qu'il ne fait pas bon vivre en Ouganda, homosexuel ou pas. Ce petit pays agricole, où la moitié de la population a moins de quinze ans, est un PPTE, selon le jargon onusien: un Pays Pauvre Très Endetté. Dans le classement de l'IDH du Plan Nations Unies pour le développement, il arrive à la 157e place sur 182. La partie Nord du pays a été décimée par une guerre civile menée par un gourou (encore), Joseph Kony, qui a fondé une secte sanglante,l’Armée de Résistance du Seigneur, qui a pour particularité de compter dans ses effectifs près de 80% d’enfants soldats, c’est-à-dire environ 20 000 enfants enlevés et embrigadés. Selon un rapport de 2005 de l’UNICEF, près de 40 000 enfants des villes et villages du Nord  sont contraints de se cacher dans les rues la nuit pour ne pas être kidnappés et enrôlés de force. Cette épouvantable guérilla, qui prétend vouloir imposer les 10 commandements au pays, est à l’origine de dizaines de milliers de viols, mutilations et meurtres.  Kony est sous le coup d’un mandat d’arrêt délivré par le Tribunal pénal international ; sa rébellion ensanglante à présent l’Est de la RDC et le Sud-Soudan (qui n’en avaient pas vraiment besoin), et dans l’épicentre de la rébellion, 80% de la population vit dans des camps de réfugiés.

Les pogroms, on le sait, prospèrent sur la misère. En République démocratique du Congo voisine, les boucs émissaires sont des enfants, accusés d'être sorciers. Une maladie? un décès? un emploi perdu? C'est la faute d'un des enfants, souvent issu d'un premier mariage, ou handicapé, etc. Ces gamins, quand ils échappent au supplice du collier (un pneu autour de la poitrine que l'on enflamme) grossissent les rangs des enfants des rues de Kinshasa.

En Tanzanie (autre pays limitrophe de l'Ouganda), ce sont les personnes albinos qui font les frais de la crise. Depuis 2007, rien que dans ce pays, ce sont cinquante personnes qui ont été assassinées, pour la plupart des enfants, et leurs organes génitaux vendus au marché noir. Il paraît que celui qui achète ces tristes trophées est assuré de devenir riche.  Au Bénin, ne naissez pas avec une dent, sans pleurer ou par le siège: vous risquez votre peau.


On pourrait ainsi longuement dérouler la liste de tout ce à quoi la misère pousse une population désespérée. Et l’Afrique n’en a pas le monopole : le mot pogrom, par exemple, n’est pas d’origine africaine. Mais il ne fait pas bon se montrer un tant soit peu différent dans l’Afrique d’aujourd’hui. Et les gouvernements locaux, ravis de n’être pas désignés comme responsables de la misère criante de leurs pays, observent au mieux un silence coupable.

 

Mais pour comprendre ce qui se passe en Ouganda, il est nécessaire de prendre la mesure d’un autre phénomène, qui touche là encore un certain nombre de pays subsahariens : la rancœur anti-européens. A bout d’espoir et à court d’avenir, beaucoup d’Africains s’en prennent à l’Occident, sentiment sur lequel les politiciens jouent habilement quand ils ne l’érigent pas en méthode de gouvernement comme le fit Robert Mugabe au Zimbabwe.

 

Il faut dire que les Africains ne sont guère dupes. Ils savent bien que les dictateurs et autres présidents à vie qu’ils supportent tant bien que mal sont le fruit d’une certaine politique occidentale de « stabilité ». Mais ne pouvant se rebeller contre ces pouvoirs, ils s’en prennent aux mœurs occidentales, parmi lesquelles, selon eux… l’homosexualité.

 

Voilà pourquoi et comment la chasse aux homosexuels, réels ou supposés, est devenue la priorité de gens dont on aurait pu penser que manger serait leur première préoccupation. Ce (res)sentiment a très vite été récupéré par les politiques. Et c’est dans ces conditions que l’honorable David Bahati, député, DavidBahati.jpga déposé le 25 septembre 2009 un projet de loi qui allait faire le tour du monde en quelques heures sous le nom d’Anti-Homosexuality Bill. Particularité de ce projet, il durcissait une loi ougandaise déjà salée en proposant, non plus d’emprisonner à vie, mais de condamner à mort les homosexuels.

 

Et les églises, dans tout ça ? Hé bien les églises, jusque-là, étaient à peu près d'accord pour promouvoir ensemble le fameux programme ABC dont on a tant parlé lors de la controverse papale sur le préservatif et l’Afrique, un programme basé sur l’abstinence et qui avait permis à la population ougandaise de faire chuter drastiquement son taux de contamination par le virus HIV. Notre Martin Ssempa, que nous avions presque oublié, voulu faire encore mieux. Partant du paradigme homosexualité=sida, il a fondé la Task Force Against Homosexuality. Et il est devenu le plus fervent partisan de ce projet de loi.

 

Ce n’est pas très étonnant en contexte africain. Les sectes, qui n’ont bien souvent d’évangéliques que le nom – et qui n’ont le plus souvent strictement rien à voir avec les évangéliques occidentaux, qui sont de paisibles chrétiens quoi qu’en disent les journaux en mal de calottes à abattre – pullulent en Afrique (voir encadré à la fin du billet). Dans l’affaire des  « enfants sorciers » du Congo-RDC, par exemple, elles portent une responsabilité directe. Et il semble que cette responsabilité soit lourde également dans la furie anti-homos qui s’abat en Ouganda et sur une partie de l’Afrique.  Un prêtre anglican zambien, le Rvd Kapya Kaoma témoigne ainsi :

« Je considère que certains évangélistes américains ont une responsabilité dans les politiques mises en place en Afrique concernant les homosexuels et les personnes atteintes du sida. Les franges les plus extrêmes des Eglises américaines, qui perdent de l'influence aux Etats-Unis, ont trouvé en Afrique un terrain propice à leur développement. Ils viennent par dizaines sur notre continent et tiennent des propos extrêmement dangereux. Ils mentent aux Africains. Même les plus obscurs pasteurs américains, appartenant à de toutes petites Eglises et qui n'ont aucune crédibilité aux Etats-Unis, ont accès aux membres des gouvernements africains. Et c'est bien sûr encore plus vrai pour les célébrités comme le pasteur Rick Warren.[…]Ce dernier a l'oreille du président ougandais, Yoweri Museveni, et c'est un proche du pasteur Martin Ssempa, ardent défenseur de la loi anti-homosexualité. Warren est également influent au Nigeria et au Rwanda. Selon moi, ce n'est pas un hasard si ces trois pays ont des lois particulièrement répressives envers les homosexuels."

Martin Ssempa est l’archétype de ce nouveau genre de pasteurs.  Il a reçu une formation théologique à la Philadelphia Biblical University, aux Etats-Unis.

 

Il est entouré, dans sa Task-Force against Homosexuality, de plusieurs "personnalités religieuses". Notamment « l’évêque » David Kiganda, un pasteur pentecôtiste local, qui semble avoir bien du mal à s’appliquer à lui-même la stricte loi morale qu’il prêche ; de Peter Claver Matovu, représentant de l’Eglise du Septième jour (une secte n’ayant rien à voir ni avec les adventistes, ni avec les baptistes du septième jour), et d’une dizaine d’autres pasteurs de dénominations plus ou moins obscures.

Là où c’est plus ennuyeux, c’est que Martin Sempa se présente également sur son site Internet comme le porte-parole de l’Eglise anglicane locale, de l’Eglise orthodoxe, d’un groupe musulman mais également… de l’Eglise catholique romaine. Voici ce qu’on peut trouver sur son site :

The taskforce represents:

The National Fellowship of Born again Churches, the Seventh Adventists Church, the Uganda Joint Christian Council which also represents: The Orthodox Church in Uganda, the Roman Catholic Church in Uganda, the Islamiic Office of Social Welfare in Uganda.

Pas mal. Vous avez vu la manip’ ? Il représente le Conseil chrétien uni en Ouganda qui lui-même représente, entre autres, l’Eglise catholique romaine. 


Pas mal, sauf que… c’est faux.


Dans les médias occidentaux, la lettre ouverte signée par la Task Force again Homosexuality  (et donc de facto par l’Eglise catholique en Ouganda) défendant les délires meurtriers de Martin Ssempa a fait le tour des rédactions gaies (comme ici,)  ou évangéliques. Charisma, le plus grand magazine évangélique-charismatique, a repris l’info sans broncher.


Or, si l’Eglise catholique est observatrice et non membre de conseils de ce genre, comme le Conseil œcuménique des Eglises par exemple,  ce n’est pas pour rien. C’est parce que les seules personnes habilitées à parler en son nom sont le Pape et les évêques, en un mot le magistère.

Et en l’occurrence, l’Eglise catholique, par la voix de son observateur permanent à l’ONU (car là encore le Saint-Siège bénéficie d’un statut spécial qui lui permet de faire entendre sa voix dans le concert des nations sans que les nations puissent parler en son nom), a pris une position radicalement différente de la position de la clique de Ssemba.


Je vous la cite (à nouveau) ici:

"[…]Comme on l’a affirmé au cours du débat à l’Assemblée générale, le Saint-Siège continue de s’opposer à toutes les violations graves des droits humains contre les personnes homosexuelles, comme le recours à la peine de mort, à la torture et à toute forme de pénalisation cruelle, inhumaine et dégradante. Nous nous opposons, en particulier, à ce que les lois criminalisent et pénalisent l’homosexualité, car cela est contraire à la dignité fondamentale de la personne humaine.

Comme d’autres orateurs l’ont affirmé aujourd’hui, le recours au meurtre et à la violence contre des personnes homosexuelles est à condamner de façon absolue, surtout lorsque ces mesures sont décrétées par un État. Même si la position du Saint-Siège sur les concepts d’orientation et d’identité sexuelles sont bien connues, nous demandons que tous les États et toutes les personnes respectent  et se fassent un devoir de promouvoir les droits, la dignité et la valeur de chaque être humain."


Et histoire d'enfoncer le clou, voici la position du primat d'Ouganda,  archbishop_lwanga.jpgle cardinal Lwanga, archevêque de Kampala, et , dont je ne citerai qu’un extrait : « En tant que catholiques, nous avons pour mission de tendre la main à tout le peuple de Dieu. Comme le Christ l’a montré, personne n’est inaccessible à l’amour et à la miséricorde de Dieu. » Et le journaliste de commenter : « Dans un pays où l'homosexualité est taboue et où de nombreux prédicateurs ont condamné les homosexuels, les propos de Mgr Lwanga sont une opposition inattendue à [ce] projet de loi […] »reproduite dans The Monitor, le principal quotidien ougandais


A noter que l'Eglise catholique est la seule institution ougandaise, hors associations gaies, à défendre en Ouganda même les droits des homosexuels. L'Eglise anglicane ougandaise soutient la loi, même si elle trouve que la peine capitale est un peu excessive, toujours selon The Monitor. Avouez que c'est effectivement... inattendu.






 


Au Cameroun, une légilastion anti-sectes
Yaoundé, 20 juillet 2008 (Apic) Le gouvernement du Cameroun assainit le
milieu religieux. Son ministre de l'Administration territoriale et de la
décentralisation, Hamidou Yaya Marfa, a publié le 11 juillet dernier, une
liste 81 associations religieuses, Eglises chrétiennes et institutions
religieuses officiellement reconnues par le gouvernement. Cette mesure vise
à mettre fin à la prolifération des nouvelles religions au Cameroun. Le
nombre exact de ces sectes chrétiennes est difficile à établir faute de
statistiques fiables.

        Selon "Le Quotidien Mutations" de Yaoundé, seules 46 d’entre elles
sont désormais déclarées légales. Pour le journal anglophone camerounais en
ligne  www.postnewsline.com, il y a "des centaines" d’associations
religieuses chrétiennes au Cameroun. Nombre d’entre elles viennent du
Nigeria voisin et exercent leurs activités dans "l'illégalité totale". Sur
les 81 associations, Eglises chrétiennes et institutions religieuses, il y a
46 Eglises protestantes et pentecôtistes opérant dans le cadre de la loi au
Cameroun.

        Dans un communiqué accompagnant cette liste, le ministre précise:
"dans un cadre de clarification et de transparence engagée par le
gouvernement, il est rappelé à l'opinion nationale et internationale, les
organisations religieuses reconnues au Cameroun".

        A cet égard, a-t-il poursuivi, il est "demandé aux Camerounais et
aux étrangers résidant dans le pays, de faire preuve de vigilance en ce qui
concerne la prolifération des associations et des groupes à caractère
religieux". Le but du communiqué est de "sensibiliser et de mettre en garde"
les populations et les étrangers contre les groupes religieux illégaux dans
le pays.

        Citant une source du ministère de l'Administration territoriale, le
journal "Postnewsline" a rappelé que c’est la deuxième fois en trois ans
qu’une telle mesure est prise par le gouvernement.

        Selon cette même source, depuis 2006, aucun organisme religieux n’a
été autorisé par le Président de la République. En conséquence, l’Etat va
sévir contre les activités frauduleuses des sectes non autorisées et qui se
sont développées ces dernières années. Une équipe de contrôle sera déployée
à travers le pays pour vérifier, identifier et rechercher les responsables
d’Eglises qui agissent sans document légalement signé par le Président Paul
Biya. Ils seront sanctionnés conformément à la loi.

        De l’avis du ministère de l’Administration territoriale, la forte
progression des Eglises chrétiennes au Cameroun a de "fortes raisons
économiques plutôt que de réellement servir Dieu".Toujours selon
l'administration, ces "Eglises" font de l'extorsion de fonds.

Par Nystagmus - Publié dans : Catholicisme
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