Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 18:11

RETRO-profanation.jpgCela fait bien quelques temps, déjà, que l'on entend parler ici ou là d'églises vandalisées. Pour tout vous dire, les infos que je collectais jusque-là, je ne les trouvais guère que sur des sites comme celui-ci, celui-là, ou encore par là. C'est-à-dire de sites aux antipodes de ce en quoi je crois. Avec des couplets du style « et si c’était une mosquée ou une synagogue, y’a longtemps que les pouvoirs publics seraient montés au créneau, etc ». Puis dans ma propre paroisse, j'ai appris avec stupéfaction de la bouche de mon curé-de-gauche-préféré que des reliques avaient été volées à plusieurs reprises. Qu’il ne laissait plus rien dans le tabernacle de l’autel, qu’il gardait les hosties consacrées chez lui. Et qu’il n’est pas rare que ses frères curés d’autres paroisses fassent de même.

Koztoujours a parfaitement analysé le piège de l’indignation sélective. Si je parle de sujets repris par l’extrême-droite, on va m’amalgamer, etc. Quant au Chafouin, il nous expliquait il n’y a pas si longtemps que si l’Eglise restait éminemment discrète sur ces profanations c’était probablement à cause d’une tradition authentiquement chrétienne, l’altertension de joue.

Las. Cela, c’était au second semestre 2009, autant dire il y a un siècle. Vendredi dernier, Mgr Dubost a publié un communiqué de presse que je vous livre in extenso :

Cette fois, il faut arrêter !

L’église de Morangis a été victime d’un acte de vandalisme.
Le Saint Sacrement y a été profané.
Je suis heureux de voir avec quel empressement les pouvoirs publics, les politiques, la presse et l’opinion publique se révoltent lorsqu’une mosquée ou une synagogue est attaquée.
Je m’en réjouis et je me joins à ceux qui dénoncent de tels délits. Mais cet empressement général rend étourdissant le silence à propos des églises.
Bien plus, à la suite d’un certain nombre de vol et de profanations, j’avais émis l’idée de mettre sur pied une commission « cambriolage » pour visiter les églises, étudier, pour chacune d’entre elles, les dispositions à prendre pour augmenter la sécurité contre le vol, faire l’inventaire de ce qui pouvait être pris et le photographier.
On m’a fait savoir que je n’en avais pas juridiquement le droit… et qu’il serait mis en place une commission officielle.
Les exactions continuent.
Les pouvoirs publics sont donc responsables par leur carence.
Personnellement, je n’arrive pas à m’habituer aux profanations…
S’il faut hurler, nous hurlerons.
Après tout, nous aussi, nous sommes des citoyens.

+ Mgr Michel Dubost
Évêque d’Évry - Corbeil-Essonnes
Le 19 février 2010

 

C’est à croire que Mgr Dubost a emprunté l’épée de Pierre pour couper l’oreille de Malchus. Nous ne sommes pas habitués, en France, à entendre un évêque  « hurler » ainsi.  Surtout celui-ci. Monseigneur Dubost n’est pas du genre à vitupérer. C’est un de ces prélats profondément pasteurs, que l’on n’identifie ni à droite ni à gauche, auxquels même Christian Terras et Golias ne trouvent pas grand-chose à redire (c’est dire).  Comment expliquer ce revirement ?

Tout simplement, à mon sens, parce que le catholicisme français mainstream commence, depuis quelques années, à se penser comme une minorité. Oh ! bien sûr, cela fait quelques décennies que les statistiques, implacables, nous parlent de la déchristianisation de la France, de sa sécularisation, et si vous saviez ce qu’on entend lors des préparations au baptême ma bonne dame, etc. Petit à petit, dans cette France qui a coupé ses racines chrétiennes puis a recouvert le trou d’une chape de béton, les catholiques sont devenus une communauté parmi d’autres, pas la plus visible, pas la plus remuante. Au fond, on se rendait bien compte que la culture générale religieuse dévissait  jusqu’au vertige, que la différence entre carême et ramadan ne sautait plus guère aux yeux de nos compatriotes, mais après tout, nous-mêmes, le carême, ne le prônions-nous pas intérieur, loin des mortifications d’un autre âge ? FMitterrd81

Et puis un jour, nous nous sommes réveillés et nous n’étions plus majoritaires. On s’en doutait bien un peu, mais même minoritaires, notre culture chrétienne, si ce n’était notre foi, imprégnait encore la société française. Le christianisme était en France introjecté, comme diraient les psys. Même l’affiche de campagne de Mitterrand, en 1981, nous renvoyait à un clocher de village. Imagine-t-on aujourd’hui le PS afficher un clocher pour une campagne ? Impensable à la gauche du MPF, de nos jours.

 

Aujourd’hui, les catholiques français sont une minorité. Et comme toute minorité, ils sont en train d’apprendre à vivre comme une minorité. Cela suppose un certain nombre de changements drastiques. Qui ont déjà commencé.

  • La visibilité. Beaucoup de jeunes prêtres portent le col romain – ce qui fait hurler certains prêtres de la génération précédente, qui voulaient tomber la soutane pour mieux se fondre dans le peuple qu’ils étaient appelés à aimer. Il y a vingt ans, cela signait les opinions politiques de ceux qui le portaient. Aujourd’hui, les choses sont beaucoup moins tranchées. Les jeunes prêtres ont envie qu’on les voie pour ce qu’ils sont. Et beaucoup de jeunes tiennent à porter des signes d’appartenance (croix autour du cou) à leur religion. Et des initiatives comme la Marche pour la Vie, qui ne rassemblaient guère autrefois que certains courants minoritaires (déjà) du catholicisme, ratissent aujourd’hui beaucoup plus large.
  • La communication. Si le web catho a quinze ans de retard sur le web protestant (et sur le web protestant évangélique en particulier) ce n’est pas parce que les protestants sont tous développeurs en informatique.  C’est parce que lorsqu’on a peu de moyens humains et financiers, on se lance  dans ce qui coûte le moins cher et qui permet de toucher le plus grand nombre. Les catholiques de France mettent les bouchées doubles depuis quelques années. Il était temps. Les premiers à avoir eu l’idée de déposer le domaine www.jesus.fr, c’était l’ERF. Ils ont été sympas, depuis quatre ou cinq ans ce domaine renvoie à plusieurs sites, catholiques, protestants et orthodoxes, et non plus sur le portail de la Fédération protestante de France.
  • Le lobbying. Quand on est majoritaire, on n’a pas besoin de lobbying. C’est l’arme du minoritaire par excellence. C’est dans ce sens, sans doute, qu’il faut entendre les regrets du père Christophe Ricou, du Service des Relations avec l’Islam de la Conférence des évêques de France, sur l’affaire de la burqa : les religions n’ont pas été consultées sur cette affaire, « alors que toutes sortes d’associations l’ont été ». De même, pour ce qui est du travail le dimanche, la démarche de la CEF a été de faire un lobbying intense auprès des députés, via notamment des pétitions.
  • L’unité. Je ne suis pas dans la tête du Saint-Père, mais à voir la façon dont il insiste régulièrement sur cette notion capitale d’unité intra-catholique, je ne suis pas loin de penser qu’il rêve d’une Eglise qui parlerait d’une seule voix dans nos sociétés déchristianisées. D’où les discussions avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X. L’avenir dira si son intuition était bonne ; là où l’on peut difficilement le contredire, c’est que lorsqu’on n’est pas nombreux et qu’on se divise, on est encore moins nombreux au final.

 

Et c’est pour toutes ces raisons que le paroissien lambda (vous et moi) est si gêné par ces histoires de profanation et ne sait s’il doit s’indigner haut et fort ou continuer de raser les murs. Tout simplement parce que ces méthodes –dont aucune n’est condamnable en soi – sont déjà utilisées par notre minorité-à-nous : les ultras. Alors se retrouver à parler des mêmes thèmes, en employant les mêmes méthodes, ça fait beaucoup pour le catholique moyen.

A lui – à nous – de montrer qu’il peut revendiquer son identité sans tomber dans l’identitaire.


A signaler, le site www.indignations.org qui recense les profanations de lieux de culte catholiques.

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Dimanche 21 février 2010 7 21 /02 /Fév /2010 08:10

1156949251.jpgUn danger épouvantable menace les femmes. Alarme, filles d'Eve! Le machisme, toujours à l'affût, nous a rattrapées, et nous tient sans que nous y ayons pris garde sous son joug genré. Heureusement, le tocsin a été sonné, et les écailles tombent de nos yeux et nous voyons enfin l'épouvantable réalité.
Car la réalité, mesdames, c'est que la femme française se voit ramenée au Paléolithique. Le cri de ralliement de l'antique servage a retenti du fond des villes: "Femme, hors de l'entreprise et vaque à tes casseroles!" On veut faire de toi, femme, ma semblable, ma soeur, une mère. Pire: une mère maternante.

La Bête immonde, c 'est bien connu depuis Aragon, a le ventre fécond. La femme aussi. C'est sans doute ce syllogisme qui tient lieu de réflexion à une certaine catégorie de féministes, pour lesquelles la maternité menace fondamentalement, ontologiquement, la femme. Comment en est-on arrivé là?

Dans son dernier ouvrage, Le Conflit, la femme et la mère (Flammarion), Elisabeth Badinter (dont vous n'avez pu échapper à l'omniprésence médiatique que si vous avez précédé, en ce temps de carême, Jésus dans le désert) nous explique que l'on est en train, à coups d'idéologie réac, de renvoyer la femme au foyer afin qu'elle y soit l'esclave exclusive de ce phallocrate de bébé.

Diantre. J'ignorais que je fusse menacée ainsi. Lorsque j'ai pris mon congé parental pour mon premier, puis pour mon second enfant, je croyais naïvement que j'allais pouvoir me reposer de mes grossesses et de mes accouchements, m'occuper de mes enfants comme on ne peut guère le faire en temps normal, prendre du temps pour dormir, faire du sport, allaiter... Mais non. Je ne le savais pas, mais j'étais entré à pieds joints dans le piège tendu par l'autre sexe, cet ennemi héréditaire de la femme.


Soyons sérieux. Les couches et les casseroles menacent la femme? Figurez-vous qu'ils menacent également l'homme. Dans ma génération, nombreux sont les hommes qui rêvent de pouvoir s'arrêter pour s'occuper autrement de leurs enfants. Ceux qui en ont les moyens le font. Les autres - et c'est là que le bât blesse - sont freinés par un point de détial, l'argent. Tant que les hommes seront mieux payés que les femmes - 27% d'écart en moyenne - le vrai choix n'existera pas. Et pourquoi en rêvent-ils, les hommes? Parce que la violence des petits pots et des couches sales leur paraît infiniment plus valorisante que la douceur d'un monde du travail où l'on est pris et jeté comme un kleenex, pour des salaires qui ne décolent pas depuis des années, et où le harcèlement est érigé en modèle de management. Franchement, payé au smic à bac + 5, toujours en cdd renouvelable au bout de 10 ans sur le marché du travail, ça vous fait envie à vous?

Mais revenons à la violence sexiste, qui décidément est à la mode en ce moment puisqu'un fim - à l'affiche de fort bon goût - est sorti il y a quelques semaines. Toujours ce discours archéo-féministe selon lequel il faut libérer la femme, même apparemment consentante, de l'esclavage du foyer. Et la véritable violence faite aux femmes, elle, est passée sous silence.

Cette violence-là est plus sexuelle que sexuée. Petit test: lorsque vous allez de chez vous à la boulangerie, surcasta combien d'images porno (soft ou non) tombez-vous? Personnellement, pas plus tard que ce matin: 5. Entre les pubs de parfum et le buraliste du coin qui ignore jusqu'à l'existence de la loi sur les affiches des magazines pour adultes qu'il déballe sur le trottoir, on arrive vite au compte.

Et pas un talk-show sans qu'un "hardeur" ou une "hardeuse" ne soit invité à donner son avis sur tel ou tel sujet de société ou de politique. Test pris au hasard dans un magazine féminin: "Es-tu une super extra salope, une salope normale ou une coincée ?" 1,   L'orgasme obligatoire et normé, ou la frontière ultime de la libération de la femme. Vite, un biberon et des bigoudis, j'étouffe.

C'est une violence sexuelle plus que sexuée parce que la femme est toujours le premier rempart contre la violation de la dignité humaine. Et quand ce rempart-là saute, l'enfant puis l'homme suivent. Il n'est qu'à regarder la façon dont la publicité maltraite, au-delà du corps féminin, le corps de l'humain en général.


En tant que chrétiens, nous nous doutons bien que le porno n'est pas franchement catho-friendly. Il en est même pour penser que le sexe en général est condamné par la Bible, et que la chute au jardin d'Eden se résume à une histoire de fesse dans laquelle le petit Adam et la petite Eve se sont fait attraper en train de jouer au docteur, au grand dam de Papa Dieu qui les a punis par la maladie et la mort. Breaking news: le péché originel ne parle pas de sexe.

A contrario, une certaine façon de voir le sexe, dont le porno est une manifestation, nous parle, elle, du péché originel. De cette tentation de devenir comme des dieux, comme le sussurait le serpent à l'oreille du premier couple.

Dans la Bible, les interdits sexuels sont listés en Lévitique 18. Je vous mets ici le passage (Lv 18, 6-23, Bible de Jérusalem):

18:6  Aucun de vous ne s'approchera de sa proche parente pour en découvrir la nudité. Je suis Yahvé. 
18:7  Tu ne découvriras pas la nudité de ton père ni la nudité de ta mère. C'est ta mère, tu ne découvriras pas sa nudité. 
18:8  Tu ne découvriras pas la nudité de la femme de ton père, c'est la nudité même de ton père. 
18:9  Tu ne découvriras pas la nudité de ta sœur, qu'elle soit fille de ton père ou fille de ta mère. Qu'elle soit née à la maison, qu'elle soit née au-dehors, tu n'en découvriras pas la nudité. 
18:10  Tu ne découvriras pas la nudité de la fille de ton fils ; ni celle de la fille de ta fille. Car leur nudité, c'est ta propre nudité. 
18:11  Tu ne découvriras pas la nudité de la fille de la femme de ton père, née de ton père. C'est ta sœur, tu ne dois pas en découvrir la nudité. 
18:12  Tu ne découvriras pas la nudité de la sœur de ton père, car c'est la chair de ton père. 
18:13  Tu ne découvriras pas la nudité de la sœur de ta mère, car c'est la chair même de ta mère. 
18:14  Tu ne découvriras pas la nudité du frère de ton père ; tu ne t'approcheras donc pas de son épouse, car c'est la femme de ton oncle. 
18:15  Tu ne découvriras pas la nudité de ta belle-fille. C'est la femme de ton fils, tu n'en découvriras pas la nudité. 
18:16  Tu ne découvriras pas la nudité de la femme de ton frère, car c'est la nudité même de ton frère. 
18:17  Tu ne découvriras pas la nudité d'une femme et celle de sa fille ; tu ne prendras pas la fille de son fils ni la fille de sa fille pour en découvrir la nudité. Elles sont ta propre chair, ce serait un inceste. 
18:18  Tu ne prendras pas pour ton harem une femme en même temps que sa sœur en découvrant la nudité de celle-ci du vivant de sa sœur. 
18:19  Tu ne t'approcheras pas, pour découvrir sa nudité, d'une femme souillée par ses règles. 
18:20  A la femme de ton compatriote tu ne donneras pas ton lit conjugal, tu en deviendrais impur. 
18:21  Tu ne livreras pas de tes enfants à faire passer à Molek, et tu ne profaneras pas ainsi le nom de ton Dieu. Je suis  Yahvé. 
18:22  Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C'est une abomination. 
18:23  Tu ne donneras ta couche à aucune bête ; tu en deviendrais impur. Une femme ne s'offrira pas à un animal pour s'accoupler avec lui. Ce serait une souillure. 

Ce qui me frappe dans ce texte, c'est qu'il y a un interdit (en 18:21) qui paraît n'avoir rien à faire là. C'est l'interdit de jeter ses enfants dans le feu pour une idole. C'est à mon sens le verset qui donne du sens à tout l'ensemble, le verset sans lequel cette parole ne serait qu'une liste prescriptive à suivre sans comprendre. Avec ce verset 21, le risque est désigné, il s'appelle idôlatrie.  Et c'est là, à mon sens, que le bât blesse. Le porno est une idole, comprenez: une image faite par l'homme devant laquelle l'homme s'incline. Ecoutez Isaie, chapitre 44:

44:14  Il a coupé des cèdres, il a choisi un chêne et un térébinthe qu'il a laissés croître pour lui parmi les arbres de la forêt. Il a planté un pin que la pluie a fait grandir.
44:15  Les hommes le destinent au feu : il en a pris pour se chauffer, il l'a allumé et a cuit du pain. Mais aussi il a fait un dieu pour l'adorer, il a fabriqué une idole pour se prosterner devant elle.
44:16  Il en avait brûlé la moitié au feu, sur cette moitié il fait rôtir de la viande, la mange et se rassasie; en même temps il se chauffe et dit : " Ah! je me suis bien chauffé et j'ai vu la flamme. "
44:17  Avec le reste il fait un dieu, son idole, et il se prosterne devant lui, l'adore et le prie et dit : " Sauve-moi, car tu es mon dieu. "
44:18  Ils ne savent pas, ils ne comprennent pas, car leurs yeux sont incapables de voir, et leur cœur de réfléchir.
44:19  Pas un ne rentre en lui-même, pas un n'a la connaissance et l'intelligence de se dire : " J'en ai brûlé la moitié au feu et j'ai cuit du pain sur ses braises, je rôtis de la viande et je la mange; avec le reste je ferais une chose abominable, me prosterner devant un bout de bois! "
44:20  Il est attaché à de la cendre, son cœur abusé l'a égaré, il ne sauvera pas sa vie, il ne dira pas : " Ce que j'ai dans la main, n'est-ce pas un leurre ? "

Dans cette perspective, oui, il y a du boulot pour libérer la femme. Et le reste de l'humanité avec. 

1 Magazine Ving Ans, avril 2003. Sur ce "test" et sur le matraquage incessant dont les femmes sont l'objet, on lira avec profit ici l'excellente analyse de Michela Marzano, auteur notamment de Malaise dans la sexualité chez PUF.
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Vendredi 19 février 2010 5 19 /02 /Fév /2010 14:09

4dntvuhh2yeo4npyb3igdet73odaolf$1yjre1ct2fgdvyelclodk6zzpifLa semaine dernière a eu lieu chez nos frères luthéro-réformés une journée pour les vocations. Car c’est une tendance lourde qui s’est d’abord fait sentir chez les catholiques, mais qui affecte désormais les trois principales confessions chrétiennes et même le judaïsme  : ministre du culte, ça ne fait plus rêver.

Il faut dire que pasteur, c’est un boulot inimaginable. J’en connais une qui s’occupe, toute seule, de 16 villages ruraux en plein territoire cévenol, là où, pourrait-on penser, des bataillons de petits protestants s’apprêtent à prendre le relais de leurs aînés, puisque rien ne les en empêche : mariés ou non, hommes ou femmes,ils ont tous la possibilité d’accéder au pastorat. Que nenni. Et le sacerdoce universel cher à Luther et Calvin n’y change rien : même si les protestants sont tous laïcs et tous prêtres, l’érosion des vocations est bien là.

Ce constat m’inspire une ou deux petites choses[1]. Il semblerait en effet que la réalité –la chute des vocations - ne cadre pas exactement avec ce que beaucoup, qui ne sont ni catholiques, ni protestants, prêchent ici ou [2]. Notamment sur la fameuse question, que dis-je, la tarte à la crème du célibat des prêtres.

Le mariage des prêtres, c’est un peu comme le référendum sur le traité constitutionnel, mais intemporel : quand tout le monde s’assoupit en fin de repas, qu’il faut relancer l’ambiance, hop ! « Vous pensez quoi du mariage des prêtres ? » et c’est parti pour la bataille rangée à coups de coquilles d’huîtres en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

Il est en effet assez réjouissant de voir des gens en général assez libéraux en matière  de mœurs faire l’apologie du mariage quand il concerne les prêtres. Le mariage, selon eux et en résumé, est un excellent paratonnerre contre les pulsions sexuelles désordonnées[3], et surtout contre la pédophilie. C’est bien connu : l’abstinence mène à la perversion[4]. C’est d’ailleurs bien pour cela que les célibataires sont des pervers (au moins en puissance) et que, a contrario, les personnes mariées sont absentes des statistiques de la délinquance sexuelle. Il faut donc marier d’urgence ces malheureux prêtres ; que pèse la tradition de l’Eglise devant 82% des catholiques français, selon TNS-Sofres ?

Première réflexion. En France, il existe une bien belle chose appelée laïcité. Qui prévoit, entre autres saines dispositions, que ce en quoi je crois, ça me regarde, personne n’a à me chercher là-dessus pourvu que je ne trouble pas l’ordre public, et que l’Etat s’en porte garant. Or, il est amusant de constater que la plupart des marieurs de prêtres ne partagent pas la foi catholique. Que n’entend-on dès que le Pape ou les évêques commentent telle ou telle disposition française[5] ! Il se trouve que la laïcité, ce n’est pas le droit de l’athée à s’immiscer dans les affaires religieuses. Et ça, il y a du boulot.

Deuxième réflexion. Les futurs prêtres sont-ils des mineurs mentaux qu’il faudrait protéger avant tout d’eux-mêmes ? Découvrent-ils, une fois ordonnés, une mention en tout petits caractères en bas du contrat qu’ils auraient signé, indiquant : « Au fait ! la bagatelle est interdite pour toujours ! » Il semble que non. Il semble même qu’ils y vont en connaissance de cause. Et que même, on les aide tout au long de leurs 6 à 8 années de formation à discerner cet aspect essentiel de leur vie. La société a pour nos prêtres les yeux d’une mère juive voulant absolument caser  ses fils. Je trouve ça personnellement assez cocasse, quand on sait dans quelle estime elle tient le mariage en général. Au passage, une question : on ne lâche pas le goupillon une seconde aux prêtres sur la question du célibat, en revanche on laisse tranquilles les moines. Comprenne qui pourra.

Troisième réflexion. Le mariage des prêtres n’est pas la vraie question. La vraie question, c’est celle du divorce des prêtres. Les protestants eux-mêmes, et en particulier les évangéliques,  sont confrontés à ce problème pour leurs pasteurs.

Chez les protestants, le mariage est une bénédiction. Chez les catholiques, c’est un sacrement que se confèrent mutuellement les époux, devenant ainsi l’image de l’union mystique et définitive du Christ et de son Eglise (Eph 5, 22-33). Un prêtre marié ? Moui, pourquoi pas. Mais un prêtre divorcé ? Quel témoignage pour les fidèles qu’un prêtre se battant avec son ex-femme pour la garde des enfants ?

Quatrième réflexion. Le célibat des prêtres est, nous dit-on, une mesure d’ordre disciplinaire prise tardivement dans l’Eglise catholique. Soit. Mais personnellement, je trouve qu’elle a de la gueule, cette discipline. Que certains tombent, que certains ne tiennent pas, que certains abandonnent, comment ne pas le comprendre ? La vie d’un prêtre, s’il n’est pas amoureux à la folie du Christ,c’est encore pire que la vie de médecin de campagne. Appelé à toute heure, sollicité sans cesse pour écluser l’inifinie misère humaine, le prêtre pauvre, chaste et obéissant, époux du Christ et frère de chacun,  est le signe le plus radical de l’amour de Dieu lorsqu’il répond de tout son être à la beauté de sa vocation.

Et vous voudriez que l’on se prive de ce signe-là ?



[1] Il ne s’agit bien évidemment pas dans ce billet de se réjouir pour quelque absurde raison que ce soit de ce que les autres confessions chrétiennes connaissent cette même crise.

[2] Mieux encore, ici : pour seulement 9 euros, vous aurez un argumentaire complet sur cette question de… culture générale.

[3] Les libéraux-libertaires qui tiennent ce discours savent-ils qu’ils s’inspirent de Saint Paul ? Vouivouivoui, parfaitement. 1 Cor 7, 9 même.

[4] Ainsi que notre ami Koz l’avait souligné dans cette remarquable étude twittée il y a quelques semaines. Le Chafouin avait également écrit il y a quelques mois un papier réjouissant qu’il ne serait pas totalement impensable de relire.

[5] Et que ces commentaires ne vont pas dans le droit fil de la doxa bien-pensante. Parce que lorsque le pape défend les immigrés ou les homosexuels, là, c’est marrant, personne n’en parle.

Par nystagmus.over-blog.fr - Publié dans : Catholicisme
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Jeudi 18 février 2010 4 18 /02 /Fév /2010 12:55
marianneenceinte-large.jpgIl paraîtrait que cette affiche est scandaleuse. C'est du moins l'avis du Parti socialiste, qui lui voit au moins 3 défauts: "politique, démocratique et budgétaire". Il ne sera pas question, dans ce billet, de polémiquer sur la question, judicieusement posée par la gauche, de savoir si cette campagne de publicité pour un emprunt qui n'a pas été encore voté était opportune ou pas. Ni si le fait qu'elle soit vêtue de blanc est un signe de racisme, de monarchisme ou que sais-je encore.

Non, là où je m'étonne, c'est que personne ne réagisse sur le lien qui est fait entre investissement financier et République d'une part, et investissement et grossesse d'autre part. Sur le fond, Marianne enceinte, pourquoi pas? La République, qui éduque, soigne, nourrit, est une sorte de mère. Nous sommes "enfants de la Patrie", etc., etc. Fort bien.

Au passage, cette image a été mal utilisée par le gouvernement. Lui qui s'obstine à vouloir absolument réduire drastiquement la durée du congé parental (par souci hautement féministe bien sûr) aurait dû faire de cette rayonnante jeune femme une allégorie de la femme enceinte partant au turbin, heureuse et fière de s'investir intelligemment dans l'avenir de la France plutôt que de s'engraisser sur le dos de la solidarité nationale au prix exhorbitant de 374,17€ par mois.

Ce qui me titille davantage, c'est autre chose. La collision entre l'image et le slogan, déjà. Voilà notre Marianne transformée en tirelire. Et avec la couleur choisie, je ne peux m'empêcher (mais j'ai mauvais esprit, je le sais) d'y voir un appel à blanchir de l'argent. Ben tiens: l'argent du grand emprunt devrait être prélevé pour partie sur les marchés financiers (22 milliards) et pour partie sur les fonds que les banques ont remboursé à l'Etat après que celui-ci leur ait généreusement offert de quoi recommencer à spéculer sans limites. Un grand emprunt dont les particuliers, c'est-à-dire vous et moi, sont exclus. Il n'a plus grand-chose de national, ce grand emprunt. Ce n'est pas la France qui investit dans son avenir, c'est le grand capital. Bigre. Voilà que Marianne ne symbolise plus le peuple, mais les banques.

Autre chose. Cette publicité capte, et c'est bien le moins que l'on attende de l'exercice, un certain air du temps. Un air du temps où le bébé est un investissement, je dirais même un surinvestissement.
Elle me fait penser, cette pub, au fameux slogan des magasins de puériculture Aubert: "Réussir son bébé". Bien sûr qu'on investit sur son enfant, au sens analytique du terme. Mais l'argent, qu'a-t-il à voir ici?


Enfin, je m'étonne que la gauche, Elisabeth Badinter en tête, n'ait pas crié au scandale à voir une image de femme investissant son avenir dans la maternité. On aurait pu imaginer une Marianne avec un casque de chantier retroussant ses manches par-dessus son sac de blé, un livre dans une main, en bleu de travail. Là, une jeune fille toute mignonne, toute rêveuse, regardant d'un oeil confiant vers la droite (pardon, vers l'avenir), enceinte des banques, attend timidement que ledit avenir arrive.


Le message est assez clair, finalement. Ne vous occupez de rien, bonnes gens, nous travaillons à  la France de demain avec les banquiers. Pas très rassurant.
Par Nystagmus - Publié dans : Politique
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