Mercredi 24 août 2011 3 24 /08 /Août /2011 18:14

 

300px-Massacre_saint_barthelemy.jpg Nous sommes aujourd'hui le 24 août. Selon le calendrier liturgique, nous fêtons saint Barthélémy. Et sur le calendrier historique, nous commémorons un massacre devenu emblématique des guerres de religion, le massacre de la Saint-Barthélémy.

 

On le sait aujourd'hui, il était au moins autant question de politique que de religion dans cet événement. Il n'empêche: même si ce massacre n'a jamais été ordonné par les chefs religieux de l'époque, ce jour reste comme une tâche noire sur le vêtement du Christ. Que des chrétiens tuent des non-chrétiens, c'est odieux; que des chrétiens se massacrent entre eux, c'est épouvantable.

 

Aujourd'hui, merci mon Dieu, nous ne nous entretuons plus. Mais soyons honnêtes, l'oecuménisme n'avance plus guère. A quoi cela tient-il?

 

Du côté des catholiques, on note un enthousisme mesuré et poli. Le dimanche qui clôt la semaine de prière pour l'unité des chrétiens, on invite le pasteur local à venir prêcher en lieu et place du sermon du curé, si le pasteur est une femme on roucoule que « quand même, elles ont une façon très différente de prêcher, c'est rafraîchissant » on récite un credo ensemble en s'extasiant du remplacement du terme « catholique » par « universel », et on retourne vivre tranquillement sa vie catho sans plus s'intéresser à la question pour les 364 jours avant la prochaine.

C'est un poil court non?

 

Côté protestant, il y a chez les réformés historiques, ne l'occultons pas, un anticatholicisme de base nourri justement des tribulations de l'Histoire. Je connais, dans les Cévennes, quelques familles dans lesquelles on est protestant de tradition, comme il existe des cathos de tradition, et pour qui voir un enfant épouser un/une catholique est encore vécu comme un drame.Et plus généralement, on s'offusque beaucoup, chez les réformés, des « positions du pape sur l'oecuménisme ».

Ces positions, qui ne sont pas celles du pape mais de l'Eglise catholique, quelles sont-elles?

  • - que seule l'Eglise catholique a la « plénitude de la révélation »

  • - que les églises protestantes ne sont pas des églises, mais des « communautés ecclésiales ».

 

Je vous l'avoue, j'ai toujours été très étonnée des réactions protestantes à ces deux affirmations. A chaque fois que l'on évoque ces deux points, on a l'impression d'être passible du Tribunal pénal international. Sur la première, certains réagissent comme s'ils étaient outrés que l'Eglise catholique pense... qu'elle a raison. Avec un minimum de bonne foi, concevez que si l'on croit en quelque chose, c'est qu'on pense effectivement avoir raison.La culture relativiste ambiante nous conduirait-elle à finir par vouloir que l'Eglise croie qu'elle a tort parce que d'autres ne pensent pas comme elle?

 

Sur la seconde assertion, les réactions sont tout aussi énigmatiques. Luther avait dit que l'Eglise catholique était la putain de Babylone dont parle la Bible, et beaucoup des fils de la Réforme, s'ils ne le disent pas, le pensent. Convenez que si nous, catholiques, sommes enfants de la putain de Babylone, nous sommes fort peu agressifs en traitant les protestants de « fils de communautés ecclésiales ».

 

Dire que l'Eglise catholique est la seule Eglise pleine et entière ne fait pas des catholiques des chrétiens meilleurs que les autres.Et les autorités catholiques sont très claires là-dessus: dans le « Directoire pour l'application des principes et des normes sur l'oecuménisme », il est écrit ceci: « [les catholiques]confessent que la totalité de la vérité révélée, des sacrements et du ministère, que le Christ a donnée pour la construction de son Eglise et pour l'accomplissement de sa mission, se trouve dans la communion catholique de l'Eglise. Certes, les catholiques savent qu'ils n'ont pas personnellement vécu ni ne vivent pleinement des moyens de grâce dont l'Eglise est dotée. » En gros: il nous a été donné de pouvoir vivre pleinement en chrétiens grâce aux moyens donnés par l'Eglise, ce qui ne veut pas dire qu'on le fasse, loin de là. Je le dis avec d'autant plus de liberté que je dois mon retour à la foi à une protestante évangélique (darbyste) et que mes meilleures amies sont en grande majorité protestantes. Et je connais quelques pasteurs qui, n'ayant pas ce que je considère être la chance de pouvoir profiter de cette plénitude de la Révélation contenue dans l'Eglise catholique, sont pourtant plus proche du Christ que je ne l'ai jamais été.

 

Si le dialogue oecuménique patine aujourd'hui, c'est parce qu'à mon sens nous avons fait le tour d'un certain oecuménisme cherchant le plus petit dénominateur commun à tout prix, au risque de cacher d'un voile pudique tous les désaccords, toutes les aspérités.Cela donne des célébrations pleines de symboles mais sans grand intérêt. Les catholiques rentrent chez eux en restant convaincus que si les protestants étaient moins de mauvaise foi, ils cesseraient d'enlever du canon biblique tous les livres qui ne vont pas dans le sens de leur doctrine. Et les protestants, persuadés que si les cathos étaient moins ignares, ils liraient l'épître aux Hébreux ou aux Romains, et que tout à coup les écailles tomberaient de leurs yeux.

 

Or l'oecuménisme vrai – comme toute vraie rencontre d'ailleurs – présuppose au minimum de ne pas prendre l'interlocuteur pour un imbécile ou un ignorant. Cela suppose également de parler le même langage. Et donc qu'avant de se balancer à la tête qu'il faut baptiser enfant ou adulte, on comprenne que le baptême des enfants, chez beaucoup d'évangéliques, est aussi absurde que pourrait l'être la confirmation des nouveaux-nés chez les catholiques

 

Mais pour trouver un langage commun, encore faut-il être à l'aise dans sa langue maternelle. Et ma langue maternelle, c'est l'Eglise catholique, ses dogmes, sa liturgie, sa tradition, sa succession apostolique. C'est pour cela que, toute persuadée que je suis de l'importance cruciale de l'oecuménisme, en particulier dans un temps où les chrétiens sont menacés de se retrouver au musée des vieux trucs inutiles, je signe des deux mains l'initiative de Jean-Baptiste Fourtané, créateur du journal catho gratuit « L'1visible », qui a lancé sur Facebook une initiative qui mérite un peu mieux que les ricanements de circonstance. Parce qu'avant de faire l'unité de l'Eglise du Christ, il faut faire la sienne propre et affirmer ce que l'on est.

 

Pour la Saint-Barthélémy, ce soir, comme chaque année, ce sera barbecue avec mes amies protestantes pour changer des bûchers d'autrefois. Et nous ne craindrons pas de nous mettre les unes et les autres sur le grill de nos convictions, même si plus les années passent, plus je crois que l'oecuménisme, il passe davantage par le compagnonnage de chaque jour avec des proches que par des célébrations de bonne conscience avec des inconnus – puissent les dernières susciter les premières!

Par Nystagmus - Publié dans : Eglise universelle
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Samedi 20 août 2011 6 20 /08 /Août /2011 17:31

assurance-vie« Bonjour, bienvenue chez Machin Assurances. Entrez Monsieur ! Monsieur… ?

- Dieu.

- Entrez monsieur Dieu ! Que puis-je faire pour vous ?

- Je voudrais une assurance.

- C’est justement notre spécialité monsieur Dieu !  Multirisques ? Habitation ? Responsabilité civile ? Sinistres entreprises ?

- Heu… non. Sinistres entreprises, ce serait plutôt pour mon ancien subordonné, Lucifer. Non, je voudrais que vous me donniez une assurance.

- Vous savez, monsieur Dieu, ici, les assurances, on les vend. On ne les donne pas. Une assurance de quoi ?

- L’assurance que le monde que j’ai créé ne court pas à sa perte.

- Ah ! Je vois. Donc vous êtes entrepreneur… Ecoutez, dans votre cas ce serait une responsabilité civile du dirigeant. Vous êtes dirigeant de votre entreprise bien sûr ?

- Euh… c’est compliqué. En fait, je suis plutôt à son service. Tout en bas de l’échelle.

- Pas possible ! Pauvre Monsieur Dieu ! Il vous est arrivé la même chose qu’à Steve Jobs chez Apple si je comprends bien ? Trahi et éjecté du jour au lendemain ?

-Non, moi ils m’ont jeté en prison et crucifié.

-Incroyable ! On voit de ces choses de nos jours… Vous êtes encore dans l’organigramme ? Parce qu’on pourrait vous faire souscrire une responsabilité civile des mandataires sociaux ?

- En fait on est trois à l’être. Il y a mon fils, et puis un copain, un type assez surprenant, très… spirituel. Mais on s’entend très bien : à nous trois, on ne fait qu’un.

- Bon. RC des mandataires sociaux, c’est fait. En revanche, cela ne couvre que les dommages que vous causez à des tiers.

- Ah mais alors ça ne m’intéresse pas : je ne fais de mal à personne. Jamais.

- Comment ça, jamais ? Je vous trouve bien présomptueux, monsieur Dieu !

- Non, jamais. Pas même accidentellement. C’est un principe, chez moi.

- Voyons monsieur Dieu, c’est impossible. Vous n’êtes jamais à l’abri d’un accident qui coûterait la vie à un tiers. Et contre qui se retournerait la famille ? Contre vous. Excusez-moi, monsieur Dieu, mais je vous trouve un peu léger. J’ai lu minutieusement le détail de vos contentieux passés, et il y a de quoi remplir un ouvrage gros comme la Bible. Job, Salomon, David, Elie et tous ces gens, là, qui ne cessent depuis 3000 ans de vous accuser de tous les maux et de crier leur désespoir en vous demandant de faire cesser les injustices? Il paraît même que certains en ont fait un livre. Et je ne voudrais pas remuer le couteau dans la plaie, mais votre propre Fils aurait quelques raisons de vous en vouloir. Croyez-moi, vous avez bien besoin de cette responsabilité civile. Et les mensualités vont être énormes, pour peu qu’on parvienne à trouver quelqu’un qui veuille bien vous assurer.

Maintenant, voyons pour les sinistres dont vous seriez victime…

- Ah ça, je veux bien. J’en ai souvent, des sinistres.

- Avant de pouvoir vous assurer, il faut que je sache comment vous bossez, quelles mesures de sécurité vous prenez pour vous prémunir…

- Aucune.

- Aucune ?

- Aucune. En fait je suscite chez les gens une vocation selon leurs talents, et après je laisse faire.

-…

- Je sais, ça n’a pas l’air très professionnel…

- Et heu… ça marche ?

- Des fois oui, des fois non…

- Alors je résume : vous pariez sur les bonnes volontés pour faire tourner votre petit monde, et vous vous attendez à ce que l’on parie sur vous ? Monsieur Dieu, si j’osais une litote, je dirais que c’est incalculablement risqué cela ! En tout cas je suis formel, nous aurons le plus grand mal à vous assurer. Votre dossier est bourré de mauvais risques, même chez Lloyd’s ils ne voudront pas de vous ! Regardez un peu votre passif ! Ce Judas, là…

- Oh, un type en or ! Il avait tout pour réussir et…

-…Et l’appât du gain, et l’orgueil, on connait tout ça ! Ça a fait le tour du monde cette histoire ! C’est comme Adam et Eve… Je peux en parler, ce sont mes aïeux, c’est vous dire. Un beau gâchis… Vous leur donniez tout et ils voulaient encore plus… Si je peux me permettre, monsieur Dieu, vous choisissez bien mal vos collaborateurs.

- Pas toujours quand même…

- Bon. Je vais essayer de vous faire un contrat de type Tous Risques Sauf, mais je vous préviens, la liste des exceptions va être longue comme un jour sans pain.

- Ça me va… Il n’y a plus de jour sans Pain depuis que mon fils est ressuscité.

- Et ça va vous coûter les yeux de la tête…

- Oh vous savez, j’ai l’habitude de donner jusqu’à mon sang…

- Vous êtes bizarre monsieur Dieu… Mais je vous aime bien. Allez, je vous rappelle très vite. A bientôt ! »

Ce texte est dédié à un ami très cher qui reconnaîtra là une de nos conversations, et qui part pour Rome discerner sa vocation. Mes prières, mon admiration et mon amitié l’accompagnent.

Par Nystagmus
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Lundi 8 août 2011 1 08 /08 /Août /2011 00:35

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La tuerie d’Utoya, qui a vu Anders Breivik commettre ce qui restera le plus grand attentat jamais perpétré en Occident par un homme seul, excite la verve des commentateurs d’où qu’ils viennent. Et ce qui est intéressant  dans ces commentaires, c’est la difficulté qu’ont leurs auteurs à comprendre où se situe l’origine du mal.

Après que l’hypothèse du groupe islamiste ait été levée,  c’est le « fondamentaliste chrétien d’extrême-droite » qui a été stigmatisé, puis sa variante « franc-maçon d’extrême-droite ». Il faut dire que dans sa désormais célèbre vidéo, le Norvégien n’a guère  aidé les journalistes, en se déguisant successivement en soldat, en maître maçon, etc.

Chrétiens et francs-maçons ont très vite réagi en affirmant haut et fort que ni la Bible, ni les Landmarks ne pouvaient être à l’origine du meurtre de masse de Breivik. Et pour qui connait deux versets d’évangile et trois phrases rituelles maçonnes, c’est absolument évident. Koztoujours a brillamment relevé, voici quelques jours, les incohérences fondamentales entre le « message » de Breivik et le christianisme. Quant aux francs-maçons, ils ont réagi également très vite, et la lecture même rapide de commentaires de blogs comme l’excellent Blog maçonnique convainc immédiatement de l’immense consternation des Frères à voir l’un des leurs commettre pareil acte.

Comme souvent, quand on ne comprend pas ou qu’on ignore, on projette. Et à l’instar de Koz dans le billet sus-cité, je soupçonne fort mes amis des agences de presse occidentales d’avoir poussé un grand ouf de soulagement : enfin, enfin, un fondamentaliste chrétien responsable d’une boucherie sans nom ! Jusque-là nous n’avions que les tarés de la Westboro Church à nous mettre sous la dent ! (on verra plus loin que ces derniers ne sont pas restés à l’écart d’une si belle affaire.) C’est donc la preuve que toutes les religions sont égales devant la haine ! D’où l’insistance sur le christianisme supposé de Breivik, élément que la police norvégienne a très vite donné à la presse, sans doute plus pour faire cesser les soupçons d’attentat islamiste que par antichristianisme d’ailleurs.

Mais dans l’explosion de projections freudiennes nées des retombées de l’explosion d’Utoya, les journalistes n’ont pas été les seuls, loin de là. En fait, personne à la droite de la droite ne veut de l’ultradroitier Anders Breivik. Et pas uniquement parce que le nombre de ses victimes est difficilement assumable.  Même si, du côté du Front et de ses cousins européens, on trouve individuellement des personnes qui « comprennent » les motivations du meurtrier face à ce qu’ils appellent « l’invasion musulmane »,  je suis bien persuadée que Marine Le Pen ne cautionne ni ne se réjouit du massacre. Mais plus drôle est la réaction d’autres extrêmes-droites, notamment l’extrême-droite nazie.

Pour les néo-nazis français, en effet, Breivik n’est pas l’un des leurs. Tout juste lui concèdent-ils qu’il a en commun quelques ennemis avec eux, mais il est considéré comme leur ennemi également. La lecture de la section francophone de Stormfront.org, un forum national-socialiste, est édifiante. Bien qu’ayant participé à une autre section de ce forum dans laquelle il étale longuement ses obsessions anti-musulmanes (voir capture d’écran avant que son profil, year2183, ait été retiré), Breivik est vu comme… un agent juif (ou « enjuivé », ou « juif franc-maçon ») payé par «ZOG» pour faire accuser l’extrême-droite..

Pour preuve, les membres de ce forum pointent le fait que Breivik ait vidé son arme sur des militants pro-palestiniens, ainsi que sur la mention dans ses écrits de son admiration pour Theodore Herzl, le père du sionisme, ainsi qu’au couple ultrasioniste Spencer-Geller. Or, si l’on va voir du côté des partisans d’Israël, on se rend compte qu’il est dépeint comme… antisémite, toujours sur la base de ses propres écrits. Je cite :

"Si le NSDAP [parti d’Hitler, NDLR] avait été isolationniste au lieu d'être impérialiste (expansionniste) et s'était borné à déporter les Juifs (vers un Sion libéré et sans musulmans) au lieu de les massacrer, l'idéologie de haine anti-européenne connue sous le nom de multiculturalisme n'aurait jamais été institutionnalisée en Europe occidentale, parce que jamais les marxistes ne se seraient autant radicalisés. […] Dans tous les cas, vous devez vous instruire et comprendre la différence. Les conservateurs et les soi-disant nazis d'aujourd'hui font preuve d'ignorance du fait qu'ils sont totalement obsédés par les Juifs. Il n'y a pas de problème juif en Europe occidentale (à l'exception du Royaume-Uni et de la France) car nous avons seulement un million de Juifs en Europe de l'Ouest.  De ce million 800.000 vivent en France et au Royaume-Uni. Les États-Unis par contre qui ont plus six millions de Juifs (600% de plus que l'Europe) ont effectivement un sérieux problème juif."

Du côté de la Westboro Baptist Church du célèbre pasteur Phelps, on a bien évidemment saisi l’occasion, entre deux autodafés de Coran, pour désigner les VRAIS coupables d’Utoya. Allez, je vous aide : on avait les cathos, les juifs, les francs-maçons, il manque… ? Les homosexuels bien sûr !

Personne n’a semblé remarquer que, propriétaire d’une ferme bio, Breivik aurait pu également se situer dans la filiation du terroriste écolo Unabomber. Mais passons. Nous avons donc, selon les sources, un fondamentaliste chrétien d’extrême-droite juif, franc-maçon, sioniste, antisémite utilisé par Dieu pour punir les homosexuels et par les Juifs pour accuser les nazis, et poussé à l’action par la faute des musulmans.

Au-delà  de la difficulté à suivre les entrelacs complexes de la pensée extrême, ce qui frappe surtout est l’extrême-flou des idées de Breivik. Il y a vingt ans de cela, nous aurions eu un meurtrier à l’idéologie pure et en tout cas lisible. Le plus surprenant chez ce grand pourfendeur du multiculturalisme est sans doute que ses idées sont un grand melting-pot de haines mondialisées. Breivik, un pur produit de la société qu’il voulait détruire ? Je ne suis pas loin de penser que oui.

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Lundi 4 juillet 2011 1 04 /07 /Juil /2011 00:30

pub-gleeden-adultere-1.jpgC’est par David Desgouilles que j’ai eu vent de cette fabuleuse première dans notre belle MDH® (Modernité Décomplexée et Heureuse, voir note du 9 décembre dernier) : dès ce matin, un peu partout sur les murs de Paris, le site Gleeden.com, « premier site de rencontres extraconjugales » (sic), lance une grande campagne de pub en faveur de l’infidélité. Qu’on se rassure : le but n’est pas philanthropique, il ne s’agit aucunement d’une campagne visant à délivrer les masses de l’odieuse chaîne matrimoniale. Il s’agit juste, comme c’est étonnant, de promouvoir un site afin de faire du pognon.

Juste pour le plaisir, voici le communiqué qui l’annonce : "Afin de dépassionner le sujet, Melville a choisi la dérision et l’ironie pour réaliser une première série d’affiches qui sera visible dès lundi à Paris pour une durée d’une semaine sur 200 faces du réseau MediaKiosk. La campagne comprend également un dispositif de bannières web.".

C’est vrai que l’adultère, allez savoir pourquoi, est un sujet « passionné ». L’homme ou la femme du 21e siècle n’a guère évolué sur ce plan-là depuis la nuit des temps : être cocu, c’est pas super-plaisant. Il y a même des fâcheux qui prennent ça carrément mal. Et ce, malgré l’impressionnant battage médiatique expliquant à longueur de unes de magazines depuis une bonne décennie à quel point l’infidélité est une chance pour le couple.

Comme le chaland moyen n’est quand même pas tout à fait stupide, et qu’il se doute bien que peut-être l’infidélité n’est pas le meilleur moyen de s’épargner une bonne dépression ou un divorce pour faute (ou les deux), on le met non dans la peau du cocu, mais de l’infidèle. Or, le problème de l’infidèle, c’est qu’il n’a en général pas bonne presse. La compassion dans la plupart des cas va spontanément au bafoué. Il faut donc le faire paraître cool, décalé, second degré, plein d’autodérision, branché quoi. D’où la finesse incommensurable des slogans choisis : « Tout le monde peut se tromper, surtout maintenant » (mouhahahaha), « Par principe nous ne proposons pas de carte de fidélité » (huhuhu) ou « C’est parfois en restant fidèle qu’on se trompe le plus » (et là, on fait mouarf mouarf ! de rire et puis ooooohhhh !!! quand on comprend le double sens vachement philosophique).

Nul doute que cette campagne va « dépassionner » le sujet. Et c’est une catastrophe pour bien des secteurs. Vous imaginez, si l’adultère devient « dépassionné » ? La quasi-totalité de la presse people qui met la clé sous la porte. L’industrie cinématographique carbonisée. Les avocats et notaires sinistrés. Les Feux de l’Amour, déprogrammés. La cata.

Heureusement pour eux, les petits malins de gleeden.com savent bien que, tant que l’humain sera ce qu’il est, ni le fait d’être trompé, ni le fait d’être infidèle ne le laisseront indifférent. Il s’agit juste de promouvoir un monde de salauds décomplexés et de salopes qui assument, en espérant qu’attirés par le côté branchouille de la campagne, ils soient valorisés (au sens financier du terme bien sûr).

Rien que pour ça, si un jour je trompe mon époux, j’irai sur Meetic.

Na.

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Vendredi 1 juillet 2011 5 01 /07 /Juil /2011 10:53

et-vous-combien-aprc3a8s.jpg« Les humains modernisés semblent être parvenus à changer la vie de presque tous les organismes dont ils ont croisé le chemin – volontairement ou non. Et pas seulement celle des baleines et des ours polaires. Il faut qu’un vivant soit vraiment bien dissimulé, plutôt coriace ou très menu pour avoir échappé à leur activisme. » Libération du 29 juin, page Rebonds, par Bruno Latour, professeur à Sciences Po.

C’est une idée qui infuse tranquillement dans les esprits depuis quelques années déjà. Alarmé par le réchauffement climatique dont il est responsable, l’homme occidental, plutôt que de remettre en question sa bagnole, s’interroge sur sa légitimité à vivre sur terre. Il se voit non plus comme l’ordonnateur de la planète, ni comme son défenseur, mais comme son cancer sur pattes. Au lieu de remettre en question ses comportements, il trouve qu'il est de trop. La misanthropie, dernier avatar de l’écologie.

Comment en est-on arrivé là ? Oh bien sûr, il y avait eu des signes, des alertes. Cette rage de l’homme riche et bien nourri à vouloir légiférer sur l’euthanasie, par exemple. A vouloir que la loi humaine le libère de l’humaine condition qui est de croître puis de décroître. Croître, oui ! Mais arrêter le temps en achetant tout ce que la science et le capital, dans un bien étrange attelage, pourraient lui vendre d’illusion – un corps qui semble rester jeune, mais qui finira par mourir quand même. Plutôt crever que laisser la mort venir à son heure !

Cette condition humaine, l’homme riche et bien nourri n’en veut plus. Etrange paradoxe qui fait qu’alors qu’il a tout pour être heureux, il se met à se haïr. Il ne se reconnaît pas plus dans le vieillard mourant que dans l’embryon fragile, dans l’encombrant obèse que dans l’handicapé perclus. Seul est digne, finalement, ce court laps de temps entre 15 et 35 ans où, en pleine possession de ses moyens physiques et mentaux, il peut donner cours à son pouvoir illusoire en enchaînant sa liberté aux prescriptions des marchands.

Sa haine de soi prend alors les formes les plus diverses – une haine souriante et pleine d’un altruisme dévoyé. Il ne faut pas laisser naître les trisomiques pour leur bien. Il faut tuer les vieillards par compassion. Combien de fois ai-je entendu ce cri du cœur de femmes enceintes par accident : « Plutôt avorter que d’abandonner l’enfant aux services sociaux, ce serait trop cruel ! »

Il est paumé, l’homme occidental. A force de vouloir combattre la faiblesse qui le constitue, il extirpe les faibles. Il se fait tant horreur qu’il se voit comme une ordure et cherche toujours davantage, dans une danse macabre frénétique, à trouver de nouvelles victimes pour expier ce qu’il est, ces victimes fussent-elles lui-même. Il a déjà réussi peu ou prou à condamner collectivement tous ses ancêtres, une bande de colonisateurs destructeurs de civilisations idéalisées prêchant une religion morbide. Il est en train de se débarrasser de ses vieux et de ses enfants à naître.

La prochaine victime, c’est l’enfant déjà né.

Il n’y a pas si longtemps, on aimait les enfants. Ou plus exactement on aimait ce que représente un enfant. L’idée qu’un monde neuf commence. Qu’on va pouvoir tout reprendre à zéro. Une nouvelle chance, le rêve d’un avenir meilleur. Qui ne s’est déjà senti incroyablement ému de tant de potentiel contenu dans un si petit corps ?

Mais voilà, aujourd’hui l’enfant est une menace. Depuis quelques décennies déjà, on nous explique doctement qu’il est indispensable de couvrir l’Afrique de pilules contraceptives parce que beaucoup d’Africains n’ont pas les moyens d’élever des enfants. Aujourd’hui, c’est l’enfant occidental qui est visé.

Oh ! bien sûr, il y avait eu il y a quelques années un certain emballement médiatique autour du livre de Corinne Maier,  No Kid, 40 bonnes raisons de ne pas avoir d’enfant. Un livre bon enfant, si j’ose dire, où l’ironie empêchait de prendre trop au sérieux le propos de l’auteur, une… mère de famille. Un sujet magazine-type, léger, décalé, qui prétendait aller à contre-courant des idées reçues tout en se moulant dans le plus absolu conformisme libéral : le rêve des marchands de tout poil, c’est un monde de DINK [1] - permettez moi de préférer l’acronyme équivalent français CASE[2] que je trouve tellement plus parlant.

On se souvient également d’Yves Cochet et de sa sortie sur la suppression des allocations familiales dès le troisième enfant. Selon lui, en effet, un enfant a "un coût écologique comparable à 620 trajets Paris-New York". Le concept d’enfant pollueur, lui, a été créé par Théophile de Giraud, l’auteur de L’Art de guillotiner les procréateurs – Manifeste anti-nataliste. Et l’Express nous parlait la semaine dernière de « la dernière lubie américaine » : renoncer à la maternité pour sauver la planète. L’égoïsme dandy affiché par les premiers Child Free laisse place à un dénatalisme pavé de bonnes intentions, où les riches du Nord adopteraient les enfants des pauvres du Sud plutôt que de renoncer à surconsommer.

Une lubie américaine, vraiment ? Il semble au contraire que les esprits sont mûrs pour tout cela.La preuve avec cette campagne qui date de décembre dernier. On y voit un petit garçon, beau, rayonnant, bien habillé, avec  un prénom chic et mode, et cette inscription : « Malo, 384 kg de déchets par an ». Une campagne proposée par le Grand Lyon et l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME). Elle est passée à peu près inaperçue sur les blogs, et ceux qui s’en sont fait l’écho ont pour la plupart loué l’initiative qu’elle présente.

Car cette initiative est loin d’être bête : il s’agit de calculer via un site dédié combien nous produisons de déchets et ce que chacun peut faire pour réduire sa part. N’attendez pas de moi que je pousse des cris d’orfraie sur ces affreux écolos qui veulent nous faire revenir à la lampe à huile ; à l’instar de mon ami Patrice de Plunkett, je crois profondément que la conception chrétienne de l’homme ne peut faire abstraction du saccage de son environnement. Mais quand même. « Malo, 384 kg de déchets par an ». Je trouve ce slogan abject. Pire encore, je le trouve révélateur.

Oui, vraiment, plus que jamais, la figure du Christ torturé sur sa croix nous interpelle. Car c’est la figure de l’humanité réelle. Pas cette humanité ivre de sa toute-puissance d’autodestruction.



[1] Double Income No Kids : double salaire sans enfants.

[2] Couple actif sans enfants.

Par Nystagmus
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