Nous sommes aujourd'hui le 24 août. Selon le calendrier liturgique, nous fêtons saint Barthélémy. Et
sur le calendrier historique, nous commémorons un massacre devenu emblématique des guerres de religion, le massacre de
la Saint-Barthélémy.
On le sait aujourd'hui, il était au moins autant question de politique que de religion dans cet événement. Il n'empêche: même si ce massacre n'a jamais été ordonné par les chefs religieux de l'époque, ce jour reste comme une tâche noire sur le vêtement du Christ. Que des chrétiens tuent des non-chrétiens, c'est odieux; que des chrétiens se massacrent entre eux, c'est épouvantable.
Aujourd'hui, merci mon Dieu, nous ne nous entretuons plus. Mais soyons honnêtes, l'oecuménisme n'avance plus guère. A quoi cela tient-il?
Du côté des catholiques, on note un enthousisme mesuré et poli. Le dimanche qui clôt la semaine de prière pour l'unité des chrétiens, on invite le pasteur local à venir prêcher en lieu et place du sermon du curé, si le pasteur est une femme on roucoule que « quand même, elles ont une façon très différente de prêcher, c'est rafraîchissant » on récite un credo ensemble en s'extasiant du remplacement du terme « catholique » par « universel », et on retourne vivre tranquillement sa vie catho sans plus s'intéresser à la question pour les 364 jours avant la prochaine.
C'est un poil court non?
Côté protestant, il y a chez les réformés historiques, ne l'occultons pas, un anticatholicisme de base nourri justement des tribulations de l'Histoire. Je connais, dans les Cévennes, quelques familles dans lesquelles on est protestant de tradition, comme il existe des cathos de tradition, et pour qui voir un enfant épouser un/une catholique est encore vécu comme un drame.Et plus généralement, on s'offusque beaucoup, chez les réformés, des « positions du pape sur l'oecuménisme ».
Ces positions, qui ne sont pas celles du pape mais de l'Eglise catholique, quelles sont-elles?
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- que seule l'Eglise catholique a la « plénitude de la révélation »
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- que les églises protestantes ne sont pas des églises, mais des « communautés ecclésiales ».
Je vous l'avoue, j'ai toujours été très étonnée des réactions protestantes à ces deux affirmations. A chaque fois que l'on évoque ces deux points, on a l'impression d'être passible du Tribunal pénal international. Sur la première, certains réagissent comme s'ils étaient outrés que l'Eglise catholique pense... qu'elle a raison. Avec un minimum de bonne foi, concevez que si l'on croit en quelque chose, c'est qu'on pense effectivement avoir raison.La culture relativiste ambiante nous conduirait-elle à finir par vouloir que l'Eglise croie qu'elle a tort parce que d'autres ne pensent pas comme elle?
Sur la seconde assertion, les réactions sont tout aussi énigmatiques. Luther avait dit que l'Eglise catholique était la putain de Babylone dont parle la Bible, et beaucoup des fils de la Réforme, s'ils ne le disent pas, le pensent. Convenez que si nous, catholiques, sommes enfants de la putain de Babylone, nous sommes fort peu agressifs en traitant les protestants de « fils de communautés ecclésiales ».
Dire que l'Eglise catholique est la seule Eglise pleine et entière ne fait pas des catholiques des chrétiens meilleurs que les autres.Et les autorités catholiques sont très claires là-dessus: dans le « Directoire pour l'application des principes et des normes sur l'oecuménisme », il est écrit ceci: « [les catholiques]confessent que la totalité de la vérité révélée, des sacrements et du ministère, que le Christ a donnée pour la construction de son Eglise et pour l'accomplissement de sa mission, se trouve dans la communion catholique de l'Eglise. Certes, les catholiques savent qu'ils n'ont pas personnellement vécu ni ne vivent pleinement des moyens de grâce dont l'Eglise est dotée. » En gros: il nous a été donné de pouvoir vivre pleinement en chrétiens grâce aux moyens donnés par l'Eglise, ce qui ne veut pas dire qu'on le fasse, loin de là. Je le dis avec d'autant plus de liberté que je dois mon retour à la foi à une protestante évangélique (darbyste) et que mes meilleures amies sont en grande majorité protestantes. Et je connais quelques pasteurs qui, n'ayant pas ce que je considère être la chance de pouvoir profiter de cette plénitude de la Révélation contenue dans l'Eglise catholique, sont pourtant plus proche du Christ que je ne l'ai jamais été.
Si le dialogue oecuménique patine aujourd'hui, c'est parce qu'à mon sens nous avons fait le tour d'un certain oecuménisme cherchant le plus petit dénominateur commun à tout prix, au risque de cacher d'un voile pudique tous les désaccords, toutes les aspérités.Cela donne des célébrations pleines de symboles mais sans grand intérêt. Les catholiques rentrent chez eux en restant convaincus que si les protestants étaient moins de mauvaise foi, ils cesseraient d'enlever du canon biblique tous les livres qui ne vont pas dans le sens de leur doctrine. Et les protestants, persuadés que si les cathos étaient moins ignares, ils liraient l'épître aux Hébreux ou aux Romains, et que tout à coup les écailles tomberaient de leurs yeux.
Or l'oecuménisme vrai – comme toute vraie rencontre d'ailleurs – présuppose au minimum de ne pas prendre l'interlocuteur pour un imbécile ou un ignorant. Cela suppose également de parler le même langage. Et donc qu'avant de se balancer à la tête qu'il faut baptiser enfant ou adulte, on comprenne que le baptême des enfants, chez beaucoup d'évangéliques, est aussi absurde que pourrait l'être la confirmation des nouveaux-nés chez les catholiques
Mais pour trouver un langage commun, encore faut-il être à l'aise dans sa langue maternelle. Et ma langue maternelle, c'est l'Eglise catholique, ses dogmes, sa liturgie, sa tradition, sa succession apostolique. C'est pour cela que, toute persuadée que je suis de l'importance cruciale de l'oecuménisme, en particulier dans un temps où les chrétiens sont menacés de se retrouver au musée des vieux trucs inutiles, je signe des deux mains l'initiative de Jean-Baptiste Fourtané, créateur du journal catho gratuit « L'1visible », qui a lancé sur Facebook une initiative qui mérite un peu mieux que les ricanements de circonstance. Parce qu'avant de faire l'unité de l'Eglise du Christ, il faut faire la sienne propre et affirmer ce que l'on est.
Pour la Saint-Barthélémy, ce soir, comme chaque année, ce sera barbecue avec mes amies protestantes pour changer des bûchers d'autrefois. Et nous ne craindrons pas de nous mettre les unes et les autres sur le grill de nos convictions, même si plus les années passent, plus je crois que l'oecuménisme, il passe davantage par le compagnonnage de chaque jour avec des proches que par des célébrations de bonne conscience avec des inconnus – puissent les dernières susciter les premières!
« Bonjour, bienvenue chez Machin Assurances. Entrez Monsieur ! Monsieur… ?
C’est par
« Les humains modernisés semblent être parvenus à changer la vie de presque tous les organismes dont
ils ont croisé le chemin – volontairement ou non. Et pas seulement celle des baleines et des ours polaires. Il faut qu’un vivant soit vraiment bien dissimulé, plutôt coriace ou très menu pour
avoir échappé à leur activisme. » Libération du 29 juin, page Rebonds, par Bruno Latour, professeur à Sciences Po.
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