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Mardi 20 novembre 2012 2 20 /11 /Nov /2012 18:44

Capture-d-ecran-2012-11-19-a-15.14.35.pngGrosse fatigue, ces jours-ci. Quand on entre dans le débat sur le « mariage pour tous », on est plein de bonne volonté. On argumente, on explique pourquoi l'on pense que ce projet est mauvais pour tous, pourquoi on n'est pas favorable à une telle conception de la société. En réponse, on se prend des tombereaux d'injures. Bon. On a le cuir solide, on se dit : la vache, ils doivent souffrir sacrément ces gens, pour être aussi agressifs. On essaye donc de discuter, d'argumenter mieux, de réfléchir avec l'autre. Parfois, ça marche : plusieurs commentateurs arrivés sur ce blog prêts à en découdre se sont radoucis au fil de la discussion. J'ai pris un pot avec certains. On n'est toujours pas d'accord, mais on se respecte – et du coup la discussion s'est arrêtée. C'est normal : certains, qui soutenaient ce projet avec une vraie intention louable de sécuriser juridiquement les couples de même sexe et les enfants élevés dans ce cadre, se sont simplement rendu compte que ce projet risquait de précariser tous les couples. D'autres assument le fait qu'ils ont une vision de l'humanité qui n'est pas la mienne, ni eux ni moi n'y renoncerons, donc soit nous restons en contact en évitant le débat, soit nous reprenons chacun notre chemin.

 

Là où je fatigue, c'est sur le concept de souffrance. L'idée que, parce que les personnes homos ont souffert, ou souffrent toujours, cela justifierait toute proposition de loi, toute réforme, même la plus absurde. Certes, il y a des personnes parmi les militants qui souffrent. C'est indéniable. Mais, mes petits cocos, je vais vous dire un grand secret : tout le monde souffre. Tout le monde. C'est même un truc qui s'appelle la condition humaine. Je défie n'importe lequel des lecteurs de mon blog, les pour, les contre et les ni l'un ni l'autre, tiens : on fait un concours. La souffrance n'est pas exclusive des personnes homos. Et surtout, elle n'excuse pas tout. Et certainement pas la violence, la méchanceté et le dénigrement.

 

Car depuis quelques temps, la pauvreté des arguments des pro-mariage pour tous est désormais visible. Le roi est nu. Les arguments juridiques, pour protéger de pauvres familles à la merci des accidents de la vie ? Faux, comme l'a brillamment démontré Koztoujours. Reste donc l'insulte.

 

Le grand argument, ces jours-ci, c'est de dire que les enfants martyrisés sont l'apanage des couples homme-femme. Beaucoup des arguments des militants pro-mariage gay tournent autour de la décrédibilisation de la famille homme-femme-enfants. Il y a plusieurs degrés dans cette assertion. Pour prouver que les parents de même sexe sont vachement mieux que les autres, on a d'abord eu recours à cet argument imparable : deux personnes de même sexe qui s'aiment valent mieux qu'un couple homme-femme qui se déteste / violent / alcoolique (rayez, ou pas, la mention inutile). Re-scoop : des bonnes carottes valent mieux que de mauvaises patates. Voilà qui éclaire le débat d'un jour nouveau. On sent l'argument de haut vol. Même que je suis d'accord avec, c'est dire. Et puis allez savoir comment, l'affaire Courjault s'est retrouvée au milieu du « débat ».

 

Ah ! Cette affaire Courjault, chers militants LGBT, comme elle vous plaît. Comme vous vous délectez de cette « preuve » que l'infanticide est hétérosexuel. C'est même devenu un poncif. « C'est vrai qu'il vaut mieux avoir M. et Mme Courjault comme parents que deux homos ». Et . Et . Même Christophe Barbier, directeur de l'Express, y va de sa petite allusion taquine pour expliquer pourquoi il soutient la réforme du mariage « pour tous ». Mieux : maintenant on pousse la comparaison jusqu'au bout : « y'a pas que les enfants d'hétéros qu'on peut mettre au congélo ». Partagé près de 200 fois sur Facebook. Huhuhu. Humouuuuuuuur, on te dit. T'façons vous les cathos, zêtes coincés question blagues, pffffff.

 

Sauf que.

 

Sauf qu'il se trouve qu'au hasard d'une rencontre sur Facebook, je suis devenue amie avec un membre de la famille Courjault. Une femme qui a dû annoncer aux enfants de Véronique Courjault que leur maman était en prison et pourquoi. Une femme qui a vu la vie de tous les membres de sa famille brisée par ce drame. Une femme qui a elle-même des enfants, qui ne sont pour rien dans cette affaire, et qui se verront toute leur vie à la merci de blagues idiotes qui feront rire deux minutes ceux qui les profèrent et blesseront durablement ceux qui les reçoivent en plein cœur. Vous voulez prouver que vous aimez les enfants ? Commencez donc par respecter ceux-là.

 

D'autant que « l'argument », il peut se retourner facilement. Parce que forcément, un « argument » pareil, qui dit que les couples homos sont exempts de maltraitance, on cherche s'il est vrai. Parce qu'il existe des études flippantes. Parce que n'importe qui peut, en cherchant deux minutes sur internet, trouver des faits divers d'un sordide absolu concernant des enfants élevés par des couples de même sexe : ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici ou , liste non exhaustive.Voilà, j'ai répondu à votre argument. Qu'est-ce qu'on a bien avancé, dites donc.

 

Si vous voulez absolument que la bataille se déroule dans le caniveau, soyez prêts à assumer le fait que votre "humour" et votre refus du dialogue soient parfaitement contre-productifs. Il est assez drôle à ce propos de lire, sur les réseaux sociaux, la façon dont vous répondez à des gens qui sont a priori plutôt d'accord avec vous qu'avec moi. Les malheureux se risquent-ils à oser dire que même si à titre personnel ils vous soutiennent, ils connaissent des gens qui sont contre cette loi et qui ne sont pas pour autant homophobes, que ça ne rate jamais: ils se font traiter d'homophobes. Remplacez "homophobe" par "raciste", et contemplez le résultat de vingt ans de matraquage sur le thème "si tu votes FN t'es raciste". C'est sûr, le FN a complètement disparu aujourd'hui.

 

Si vous êtes prêts à discuter honnêtement, sur des arguments juridiques, contre-argumentez donc le billet de Koz ou le mien.

 

Vous voulez "l'égalité", ou plutôt l'idée que vous vous en faites? Montrez que vous êtes des citoyens comme les autres. Faites, finalement, comme tout le monde : gardez vos souffrances pour vous, et argumentez.

 

Chiche.

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Mercredi 24 octobre 2012 3 24 /10 /Oct /2012 16:55

snuffit1-copie-1.jpg Drôle de gouvernement de gauche. Elevée par des cathos de gauche engagés dans la société civile, ayant voté à gauche moi-même sans interruption jusqu'au 21 avril 2002, je ne reconnais plus la matrice qui m'a nourrie. Et je ne suis pas la seule, si j'en crois tous ces déçus qui ont voté Marine, Eva, François ou Jean-Luc dans l'espoir assez vain de retrouver la gauche ailleurs qu'à gauche. Moi,je ne sais pas où est passée la gauche, J'avais trouvé des effluves de son passage en 2007 – il y a un siècle – chez François Bayrou. J'y avais cru, je n'y crois plus. Ce que je sais, c'est que la gauche n'est pas au gouvernement.

 

Qu'est-ce que la gauche? C'est la défense de l'opprimé, du faible, du pauvre. La recherche, qui s'est si souvent perdue en cours de route, de la justice sociale. « Debout, les damnés de la Terre ! » chante-t-on encore ici où là. Vœu pieux. Intention louable. Mais au-delà ?

 

Aujourd'hui, la gauche au gouvernement ressemble à s'y méprendre à ces dames patronnesses d'Epinal qu'elle a autrefois moqué à raison, donnant du bout des doigts leurs miettes superflues à des nécessiteux qui les remerciaient en serrant les poings. Le droit de vote ? Bah, donnons-le aux étrangers, puisque de toute façon Bruxelles aura le mot de la fin sur toutes les décisions votées par le peuple. Le mariage ? Ouvrons-le aux couples de même sexe : il est déjà dans le coma, achevons-le. Donnons au peuple, finalement, nos vieilleries démodées, et gardons l'essentiel : un système global qui broie les individus, une misère sociale explosive, des garde-fous sociaux submergés. Mais surtout, ne nous préoccupons pas de mettre à bas, ni même de réformer, une société conduite par des chauffards fonçant dans un mur de béton juste pour voir si leur toute-puissance les sauve.

 

Cette frénésie mortifère se lit à longueur de télex sur les chaînes économiques. Les systèmes pyramidaux de type Madoff, les LBO – systèmes illégaux ou pas – procèdent du même désir de créer ex-nihilo une richesse qui ne peut que s'effondrer, puisque le capital initial n'existe pas. Mais peu importe si l'entreprise en crève, avec ses cohortes de gens au chômage ; peu importe que le cheval s'écroule d'épuisement sous nos reins, naseaux sanglants et écume au mors : le cavalier suicidaire est déjà parti poursuivre sa course folle sur une autre monture, laissant le palefrenier de la première sans travail et le propriétaire sans son gagne-pain. La souffrance au travail, cette hydre qui, si l'on osait se pencher sur elle, expliquerait tant de suicides, tant de dépressions, tant de comprimés et d'alcool avalés avant d'aller bosser, n'est que la face visible d'un système psychotique où ce que l'on demande aux travailleurs, c'est de tuer leurs entreprises.

 

Suicidaire. A coup sûr, notre société l'est. Les exemples ne manquent pas. De façon individuelle, nous sommes amenés à adopter des conduites suicidaires, par un bourrage de crâne dont la gauche n'est pas la seule responsable, mais où elle joue sa part. Deviens ce que tu crois être ! Fais ce que tu veux ! « Just do it ! » « N'écoute que toi ! » Le résultat ? L'explosion des conduites suicidaires. Un ami psychiatre me racontait les nouvelles méthodes de défonce des jeunes et des très jeunes : tampons hygiéniques imbibés d'alcool pur dans l'anus, binge drinking, addictions au porno, aux jeux vidéos. Car cette concentration de tous les désirs et de toutes les attentes sur soi-même ne peut que nous enfermer dans une spirale de l'avoir au détriment de l'être, dans une survalorisation du moi où l'autre devient soit un obstacle, soit un moyen à la jouissance solitaire. Nous, êtres limités et imparfaits, avons renoncé à sortir de nos limites en nous ouvrant à l'altérité. Nous nous contentons de repousser tant bien que mal ces limites, à coups de scalpels, d'euphorisants et de possession. Et ce faisant, nous avons renoncé à notre incarnation.

 

Or, la désincarnation ressemble à s'y méprendre au suicide. La façon ultime de s'affranchir de son corps, n'est-ce pas la mort ? Quelle pathologie a explosé ces vingt dernières années ? L'anorexie, cette volonté de contrôle de soi totalitaire et totalisante, où le corps se détruit du refus de l'extérieur à soi qu'est la nourriture. Terrifiante maladie où le corps est devenu le jouet d'un cerveau dont la perception est devenue pour la personne réalité. Je le sens, donc c'est légitime. Je suis sincère, donc c'est vrai. Même la perversion narcissique, finalement, trouble jusque-là peu répandu, dont on commence à parler des ravages qu'elle provoque dans les familles et les entreprises, et qui promet d'être un chantier immense de santé publique dans les prochaines décennies, nous dit, nous crie, nous hurle ce rapport dévié à l'altérité devenu la norme.

 

Et la gauche, dans tout ça ? La gauche a abdiqué. Par paresse ou par peur, la gauche s'est mise à la remorque du système et, tout en entonnant les grands airs de la libération de l'homme, ne s'est pas aperçue qu'elle chantait la chanson du capital. Qu'elle participait au malheur collectif qu'elle avait vocation à combattre. La vraie gauche, elle aurait vocation à dénoncer la lente mais sûre déconstruction du lien social élémentaire qu'est la famille, parce que le portrait-robot du pauvre en France aujourd'hui, c'est la mère de famille monoparentale qui accepte n'importe quel job pour élever seule ses enfants. La vraie gauche, elle devrait se battre contre l'avortement de masse, parce qu'elle devrait être du côté du plus faible. La vraie gauche, elle n'applaudirait pas à des slogans comme « Les homos aussi veulent pouvoir divorcer », parce qu'elle saurait le drame individuel et social que tout divorce recouvre, et qu'elle n'enverrait pas les couples de même sexe au casse-pipe quand on sait que le taux de violence conjugale et de divorce y est infiniment supérieur. Mais non : elle nous explique que s'il y a plus de violence et de divorce dans les couples de même sexe, c'est parce la société est intolérante. Imaginez un peu sa réaction indignée (et justifiée, pour le coup) si une personne noire tuant son épouse blanche (ou le contraire) expliquait à la barre que c'est la faute au racisme !

 

Drôle de gauche, vraiment. Mais qui ne me fera pas passer à droite. La ligne de fracture aujourd'hui ne se dessine plus entre gauche et droite, mais entre ceux qui acceptent le réel, et ceux qui lui demandent de s'adapter à notre chaos intérieur. Ceux qui veulent le dialogue et la rencontre, et ceux qui insultent planqués sous des pseudos derrière leur écran1.

 

Choisis ton camp, camarade. J'ai choisi le mien.

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1Je fais allusion ici au contenu de ce billet, pas à son auteur.

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Samedi 29 septembre 2012 6 29 /09 /Sep /2012 21:54

IMGP9191.jpgMonsieur le député,

 

C'est en tant que citoyenne française ayant une dette particulière envers la République que je vous écris.

 

Née sous X, j'ai en effet l'honneur d'avoir été pupille de l'Etat avant mon adoption, à l'âge de 6 mois. Et c'est véritablement un honneur pour moi: je puis peut-être davantage encore que d'autres dire que la République est ma mère, car elle a donné à ma mère biologique la possibilité de me faire naître dans le secret que nécessitait sa situation si difficile; la République m'a reconnue comme sa fille, me donnant un prénom et un nom, et cette nationalité française qui fait ma fierté; elle m'a recueillie, m'a nourrie, m'a soignée.

 

La République m'a ensuite cherché et trouvé des parents.

 

Ses fonctionnaires ont choisi parmi de nombreux candidats ceux qui sont devenus mes parents. Nous nous sommes adoptés mutuellement, reconnaissant dans nos blessures respectives – moi l'abandon, eux l'infertilité – la possibilité, non de réparer, mais de faire se rencontrer des accidents de la vie. Je suis devenue leur fille, ils sont devenus mes parents. Et la République, dans sa sagesse, a tout mis en œuvre pour que ni eux ni moi ne soyons considérés comme demi-parents ou semi-enfant : les deux états civils antérieurs à mon adoption ont été détruits, je porte désormais le nom de mes parents adoptifs, munie d'un nouveau prénom que leur amour m'a choisi. Si aucun de nous ne disait que j'avais été adoptée, personne ne le savait. J'ai eu, grâce à la République, un père et une mère comme tous les enfants.

 

Aujourd'hui, Monsieur le député, cette même République est sur le point de voter une loi inique. Une loi qui concernera au premier chef tous ceux qui, trente-sept ans après moi, lui sont confiés. Une loi qui ouvre l'adoption aux couples de même sexe. Une loi qui se propose de faire disparaître le droit de chaque enfant à être né d'un père et une mère, et à être élevé par eux.

 

Dans l'esprit de beaucoup, il semble que le sexe de ceux qui vous élèvent importe peu, que l'amour prime. Permettez-moi de vous dire que c'est un leurre, en particulier lorsqu'il s'agit d'enfants adoptés. L'amour est essentiel mais parfaitement insuffisant. Les qualités pédagogiques individuelles de chaque parent aussi. Ce dont un enfant a besoin avant tout, c'est de pouvoir dire « papa » et « maman ». Nous, enfants nés sous X, le savons mieux que quiconque, car on ressent toujours plus fort ce dont on a failli être privé. Parce que tous les enfants du monde naissent d'un père et d'une mère, et que lorsque la vie vous en prive, il n'en reste pas moins que c'est d'un père et d'une mère que nous sommes nés. Je n'ai pas été élevée par l'homme et la femme qui m'ont mise au monde. J'ai eu en revanche la chance d'être élevée, et d'une certaine façon de naître, d'un père et d'une mère comme tous les enfants.

 

Je ne puis me résoudre à voir la République que j'aime et à laquelle je dois tant s'engouffrer dans ce déni absolu de justice, qui consisterait à écrire dans la loi qu'un enfant peut naître de deux hommes ou de deux femmes. Ce faisant, vous vous placez du point de vue de la satisfaction de deux adultes, par ailleurs respectables. Pas du point de vue de l'enfant. Et l'enfant, Monsieur le député, devrait être votre préoccupation première. D'abord parce vous êtes un élu de la République, cette même République qui veut l'égalité de ses citoyens mais s'apprête à bafouer l'égalité des enfants à travers cette loi absurde. Ensuite parce que vous êtes un élu de gauche, et que vous avez le devoir, en tant que porteur d'une certaine idée de la défense du plus faible, de ne pas céder à la pression du plus fort.

 

Ne pensez pas qu'en vous écrivant je défende un quelconque pré carré, ou quelque lobby que ce soit. J'essaie d'avoir, comme tous les vrais républicains, le souci de l'intérêt général. Ce n'est pas toujours évident: l'abandon sous X, par exemple, est quelque chose qui reste difficile à vivre. Pourtant je ne souhaite pas sa disparition, parce qu'il représente un intérêt supérieur à ma curiosité personnelle.

 

Je vous demande donc, Monsieur le député, de ne pas voter en faveur de cette loi, au nom d'une certaine idée de la République, qui se doit d'être au-dessus des groupes de pression afin de favoriser l'intérêt général, et d'offrir le meilleur à chacun de ses citoyens, en particulier les enfants.

 

Cette lettre adressée à M. Thierry Braillard n'étant pas un billet, elle est fermée aux commentaires.

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Mardi 11 septembre 2012 2 11 /09 /Sep /2012 11:01

 

I-Love-Divorce-(V)-Bodys-Bebes Hier, au tribunal. Le juge qui reçoit l'épouse seule, dans le cadre de l'audience de conciliation d'un divorce à l'amiable. Lit à voix haute le prénom et la date de naissance des trois enfants du couple. Bute sur la date de naissance de la dernière : 2011. Regarde, estomaqué, la mère qui fait un geste d'impuissance. Il soupire. Et dit : « C'est l'époque ».

 

L'époque est donc, sachez-le à l'abandon d'enfants. Pas un abandon à l'ancienne, où il résultait toujours d'un drame quelconque : pour avoir potassé durant des années des dossiers d'enfants nés sous X, je peux vous dire que ces abandons-là étaient le fruit de souffrances sans nom, de circonstances affreuses, de drames inimaginables. Aujourd'hui, l'abandon des enfants, bien plus massif, a une autre cause. Cela s'appelle le « développement personnel ». Et il ne survient pas par accident. Maintenant, on le programme, on va chez le psy en amont pour préparer le traumatisme. « On va se séparer, comment l'annoncer et qu'il le prenne bien ? » Magnifique.

 

Car dans notre monde où l'enfant ne doit naître que s'il est désiré, vient un temps où ce désir s'émousse. Où l'on se rend compte, les deux mains dans la troisième couche pleine de merde de la journée, que finalement le bébé qui hurle, là, collant de sueur et de morve, va nous faire encore passer une nuit pourrie. Que l'on va encore devoir téléphoner à son patron en expliquant qu'il est malade. Qu'il n'est jamais content, qu'il se fout éperdument de nos heures de sommeil, que la totalité des moments chouettes avec lui est incomparablement inférieure aux tracas et aux emmerdes qu'il nous cause. Et notre monde étant ainsi fait que lorsque le désir s'éteint, il faut se séparer, ben on se sépare. De ses enfants. Quel que soit l'âge. Et on va poursuivre sa quête de la Réalisation de Soi (qui passe, disons-le clairement, par le plus d'orgasmes possibles) ailleurs, en s'auto-persuadant que l'enfant que l'on largue en même temps que le conjoint sera d'autant plus heureux qu'on le sera nous-mêmes. C'est bien connu. Lorsque papa et maman se séparent, les enfants éperdus de reconnaissance leur sautent au cou en criant merci, des larmes de joie dans les yeux et la gratitude débordant des lèvres.

 

« C'est l'époque ». Dans mon entourage proche, quatre familles avec nourrissons brisées depuis deux ans, non parce que les parents se détestent, non parce que les parents se disputent sans cesse, non parce que l'un cogne l'autre, mais parce l'un des conjoints (presque toujours le père, désolée messieurs) s'emmerde. Et si j'en crois ce que je lis, ce que mes contacts instituteurs, orthophonistes, avocats, médecins me racontent, c'est un phénomène généralisé. C'est l'époque, oui. Notre époque est à la quête de soi qui ne passe plus guère par autrui. Une quête de gagne-petit, de Jean Moulin de supérette, qui préfère sacrifier sans hésiter l'enfant gêneur plutôt que son confort à son idéal infantile de jouissance sans frein.

 

Que va-t-elle devenir, cette génération d'enfants désirés, voulus, exigés, obtenus parfois après un parcours médical du combattant, et que l'on jette dès que l'obsolescence de ce désir arrive, comme arrive la date limite de péremption du dernier écran plat ? Que vont-ils devenir, ces « enfants du serment trahi », selon la jolie mais terrible expression de Jean-Noël Dumont ? Quelles conséquences tout au long de leur vie ? On commence tout juste à en mesurer quelques-unes. On sait qu'ils souffrent de conditions matérielles et psychologiques plus précaires. Que la réussite à l'école, la réussite de leur futur couple en est grandement affectée. D'autant que la justice cautionne ces petits arrangements entre adultes : papa se barre après la naissance du premier enfant, mais surtout, il faut que maman et bébé s'adaptent à son petit confort. On fait donc jouer la garde alternée, formidable invention qui fait que papa et maman peuvent à égalité jouer leur rôle pendant 15 jours et se désintéresser de leur progéniture durant 15 autres jours, interdisant du même coup à l'enfant de dire « chez moi », mais seulement « chez papa » ou « chez maman ». Étonnez-vous d'avoir une génération de gamins qui ne savent plus où ils habitent. Dans le meilleur des cas, la garde revient au conjoint qui subit, mais, comprenez, il ne faut surtout pas dire à l'enfant la réalité, à savoir que le parent fuyard l'a abandonné : non, il conserve ses droits parentaux au même titre que l'autre, ce qui lui permet de lui donner de grandes leçons par téléphone en sirotant sa bière quand l'autre se coltine le quotidien. Enfin, pas toujours : dans 34% des cas, l'enfant ne voit plus jamais son père après un divorce. Au moins, les choses sont claires.

 

Une question, au passage : il se passe quoi, si le conjoint quitté décide que lui/elle aussi a droit à son petit chemin de bonheur perso ? Si aucun des deux ne veut la garde ? Ils deviennent quoi les gamins ? On les fout à l'ASE ? On les euthanasie ?

 

Cela fait belle lurette que l'enfant n'est plus dans les faits un sujet. Il n'est plus qu'un objet de désir. Une dette sur pattes de voir son existence dépendre du désir tout-puissant d'adultes. Il est devenu la variable d'ajustement du bonheur d'individus incapables de concevoir le bonheur autrement qu'en termes de jouissance personnelle. Alors sachez-le avant de les faire, ces gamins : non, un enfant ce n'est pas épanouissant. Sauf fugacement à la boulangerie, quand ils disent bonjour et merci par inadvertance, et qu'on se rengorge parce que la boulangère les trouve tellement bien élevés. Être parent, ce n'est pas épanouissant. C'est répéter ad nauseam les mêmes choses tous les jours, c'est vivre dans une maison jamais vraiment rangée ni propre, et plus il y a d'enfants, plus c'est Beyrouth. C'est avoir une vie sexuelle en pointillés dans le meilleur des cas. C'est s'écrouler sur son lit à peine les enfants dans le leur, et sombrer dans le coma jusqu'à ce que la dernière décide qu'elle a fini de dormir à 2h du matin. Ça coûte un pognon fou, même quand on résiste à la DS réclamée sur un ton hystérique dès l'âge de 4 ans. C'est tout le temps malade. Quand vient l'adolescence, c'est la prescription d'antidépresseurs pour les parents quasi-assurée. Ça décolle de chez vous de plus en plus tard. Ça fait des études qui vous mettent sur la paille. Ça, c'est la réalité. Et la réalité, c'est que pour qu'ils puissent être heureux, il faut sacrifier tous nos rêves de gloire, de voyages, de vie professionnelle parce qu'on est responsables d'eux, parce qu'ils n'ont rien demandé et certainement pas à vivre, et qu'on leur DOIT le meilleur. Et lorsqu'on emprunte cette route-là, oui, à la fin, quand ils deviennent véritablement sujets de leur propre existence, on peut se dire : j'ai fait ce que j'ai pu, et que j'aie réussi ou non, il y avait de la noblesse dans mon sacrifice.

 

Par pitié, cessez de désirer des enfants. Élevez-les, plutôt. Et acceptez de passer après.

 

Ou alors, prenez un chien.

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Lundi 27 août 2012 1 27 /08 /Août /2012 11:35

 

eucharistie.jpg J'ai lu, mon cher René, avec une attention toute particulière votre réponse à ma réponse. Avec la plume qui vous caractérise, et qui a réjoui les lecteurs de Pèlerin durant tant d'années, vous poursuivez l'échange qui s'est instauré entre nous sur la doctrine catholique en matière sexuelle. Et vous m'interrogez sans détours :

 

« Pensez-vous qu’un non global à la contraception et la préconisation de la méthode Billings soient une réponse à la hauteur de l’enjeu social et humain que cela représente dans des régions du monde comme l’Afrique ou l’Amérique latine ? Vous sentez-vous d’aller expliquer à une femme du Nordeste brésilien qui en est à sa septième grossesse et qui n’a pas les moyens de nourrir ses enfants, que c’est là le don que le Ciel lui envoie pour aider à sa sanctification ? Et que tout usage de contraceptifs serait œuvre du diable ? C’est là une morale de bourgeoisie catholique où l’on a le temps d’observer son rythme biologique et l’impudence de laisser croire à l’ensemble des fidèles que ce serait là la volonté de Dieu. Pas de pays où l’enjeu quotidien est tout simplement de survivre ».

 

Je vais donc vous répondre clairement : oui, je pense qu'un non global à la contraception est une réponse à la hauteur. Parce que la morale sexuelle catholique n'est qu'une partie d'un grand tout. C'est précisément parce qu'ils se battent comme des lions aux quatre coins du globe pour la justice sociale et l'avènement d'un monde meilleur que des catholiques ont vocation à porter en même temps la bonne nouvelle d'une sexualité responsable et respectueuse. C'est parce qu'ils sont, de très loin, les premiers à accueillir et à soigner les personnes atteintes du sida en Afrique – 30% des centres de soins dans le monde, sans compter l'accueil des orphelins, les distributions de vivres et de médicaments aux malades et les campagnes de prévention – que ces mêmes catholiques ont toute légitimité à dire et à redire que la fidélité reste le moyen le plus efficace dans la lutte contre le sida. Je crois et je plaide que la vision catholique de l'Homme est une vision globale, qu'un combat pour la justice qui serait coupé de la morale ne serait qu'un idéal politique parmi d'autres, qu'une morale sexuelle et affective déconnectée de la justice ne serait qu'une coquille vide. L'ensemble du magistère moral, dans lequel la morale sexuelle occupe une place qui n'est pas démesurée, et la doctrine sociale ne sont jamais que les deux faces d'une même idée de l'Homme qui culmine en l'amour que Dieu a pour nous. Déconnectées l'une de l'autre et du Dieu qui les inspirent, ces deux facettes sont peut-être chacune profondément estimables, mais elles sont incomplètes.

 

René, vous me citez le cas d'une femme du Nordeste brésilien qui en serait à sa septième grossesse et n'aurait pas les moyens de nourrir ses enfants pour justifier le recours à la contraception. Cela m'interroge : avec un budget si serré, il faudrait en plus qu'elle achète des contraceptifs, alors que la méthode Billings lui permet gratuitement, en passant 15 secondes de plus aux toilettes le matin, de pouvoir mieux maîtriser sa fécondité ? Elle qui vit, si j'ai bien compris, sous un climat d'une aridité épouvantable, devrait en plus contribuer à pourrir le peu d'eau disponible en relâchant des hormones de synthèse dans la nature, ce qui promet d'être un enjeu écologique majeur de ces prochaines années ? Comment conserve-t-elle ses contraceptifs chez elle dans des conditions optimales pour éviter qu'ils ne perdent de leur efficacité ? Ne sera-t-elle pas tentée d'en faire commerce afin d'améliorer l'ordinaire de ses enfants, ce que toute personne de bon sens et acculée à des conditions de survie, comme vous dites, ferait, moi la première ?

 

« Vous sentez-vous d’aller expliquer à des personnes homosexuelles que ne pouvant avoir accès, par effet de nature, à l’une des finalités de la sexualité : la transmission de la vie, l’Eglise estime, pour leur sanctification, qu’ils doivent ad vitam aeternam s’interdire la seconde : le plaisir et l’épanouissement du couple ! Moi, je ne le ferai pas ».

Là encore, René, j'ai l'impression que vous faites du discours du magistère ce qu'un musulman pourrait faire des interprétations de son école juridique, en classant les choses selon le concept hallal/haram, licite et non licite. Il ne s'agit en aucun cas de vouloir dicter quoi que ce soit à qui que ce soit. Il s'agit de dire qu'il n'existe pas de nature homosexuelle. Ça, je le défends mordicus. Cela ne peut avoir de sens pour nous, chrétiens. Il n'existe qu'une seule nature humaine, une et indivisible dans la complémentarité des deux sexes, quelle que soit par ailleurs la sexualité d'individus éminemment respectables.

 

Ce qui ne signifie pas non plus que l'homosexualité soit pour autant un choix. Les choses ne sont pas binaires ! Écoutons les personnes homosexuelles qui nous disent, qu'elles soient croyantes ou pas, qu'elle n'ont pas choisi d'avoir cette sexualité-là, pas plus que quiconque – et souvent même que si elles avaient pu choisir, il en aurait été tout autrement, compte tenu de la somme de souffrances endurées à cause de cela par ces personnes. Croyons-les. Elles savent de quoi elles parlent. Moi, je crois que l'homosexualité n'est ni un destin, ni un choix. C'est une blessure parmi la foule de blessures humaines de nature très diverse qui nous limitent dans notre rapport à l'autre, tous autant que nous sommes. Désirer une personne du même sexe que soi, ce n'est pas, ce n'est jamais, cela ne peut pas être le signe que l'on est quelqu'un de « limité », « handicapé de la relation ou du bonheur », « incapable d'aimer en vérité », comme on a pu me reprocher de le sous-entendre – et si vraiment je me suis exprimée de manière à laisser penser que je voyais les choses comme cela, mille pardons. Par contre, oui, l'acte homosexuel en soi est limité – ce qui ne signifie aucunement que l'acte sexuel entre deux personnes de sexe différent transforme comme par magie ceux qui le pratiquent en champions de l'altérité, loin, très loin de là - et beaucoup de personnes qui éprouvent ce désir en sont conscientes (voir par exemple le second témoignage dans cet article). On se moque souvent, en-dehors et parfois même à l'intérieur de l'Eglise, de ce que de nombreux prêtres ou moines se sentent homosexuels. Y a-t-il là matière à rire ou à réfléchir ? Pourquoi ne ferions-nous pas confiance à ces personnes sans partir du principe que ce sont des frustrés ou des faibles incapables de s'assumer, pour qui le sacrement de l'ordre serait une « planque », mais des gens qui ont senti en eux un appel à la continence dans le Christ ?

 

Et à tous ceux qui vivent en couple, qui sont fidèles à leur conjoint de même sexe ou qui, dans un second mariage après un divorce, essayent comme chacun d'entre nous d'unifier leur foi et leur vie de tous les jours, je dis avec force : non, l'Eglise ne vous exclut pas. Le jeûne eucharistique à laquelle elle nous invite tous lorsque nos actes ne nous rapprochent pas davantage du Christ ne nous jette pas du côté d'hypothétiques impurs, mais nous offre au contraire de communier plus étroitement avec tous ceux qui, de par le monde, souffrent de famine eucharistique, qui ne peuvent matériellement communier au Corps et au Sang du Christ, faute de prêtres ou à cause de persécutions ; avec tous ceux qui ne connaissent pas le Christ et n'en sont pas moins des témoins pour l'humanité. Portons la tête haute et avec fierté cette faim eucharistique qui signe mieux que n'importe quoi d'autre le fait que nous ne revendiquons pas le sacrifice de Jésus comme un droit mais comme une grâce. Soyons pour tous nos frères qui communient par habitude, sans s'interroger sur le sens de ce à quoi ils s'engagent en le faisant, l'interrogation vivante de leurs propres contradictions, comme ce jeune homme inconnu qui s'est avancé un dimanche dans la file des communiants bras croisés sur la poitrine et qui m'a convertie. Soyons des saints, en quelque sorte, que nous communiions ou pas.

Par Nystagmus - Publié dans : Catholicisme
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