Il faudra que l’on sache. Il faudra que l’on nous explique. Que l’on explique pourquoi, sur la base de quelles révélations, de quelles motivations sérieuses le juge Wim de Troy a
effectué cette perquisition. Ce qui me choque, moi, ce n’est pas tant la mise en scène « hors de proportion », pour reprendre l’expression de Dirk Depover, le
président de l’association pour enfants disparus et sexuellement exploités Child Focus. Oui, comme Mgr Léonard l’a souligné, « en quelques heures,
l’image de l’Eglise a été ternie » - rappelons tout de même que les crimes des prêtres s’en étaient déjà chargé. Et les délires du parquet perquisitionnant les tombes à la recherche
d’une preuve d’un complot propédophile de la part de l’institution ecclésiale sont somme toute bien dans l’air du temps : à l’heure du grand complot, du « on nous cache tout », de
la paranoïa du N.O.M[1]., de Dan Brown considéré comme un historien fiable, il n’est pas étonnant que circulent des légendes urbaines sur des secrets planqués
dans des chambres funéraires – c’est même un poncif de la littérature conspirationniste qui spécule à l’infini sur les découvertes, à Khéops ou ailleurs de chambres « de
décharge », dont l’intérêt, purement architectural, n’a révélé ni Graal, ni Arche d’alliance, ni Porte des Etoiles, pas même le plus petit denier tournois tombé de la poche d’un templier
venu transférer en secret le corps de Jésus dans un ashram tibétain. C’est une logique de méchant-de-film-américain : je perds du temps à expliquer pourquoi je suis méchant afin que le
gentil ait le temps de se défaire de ses liens, et je me fais suer à creuser une chambre secrète dans une tombe de cardinal pour y camoufler les preuves de mes crimes plutôt que d’aller acheter pour 30€ une déchiqueteuse au BHV. Arrêtons-nous là, Koztoujours a parfaitement souligné ce point précis.
Oui, l’ambiance qui règne aujourd’hui en Occident est au catho-bashing. Au Québec, le malheureux cardinal Ouellet n’a-t-il pas plutôt émis l’hypothèse que l’on puisse proposer autre chose aux femmes en détresse que d’avorter, que les réactions les plus délirantes se sont enchaînées. Je ne prendrai qu’un exemple dans la vague médiatique de haine qui l’a aussitôt submergé : Cyberpresse a ouvert illico ses colonnes au « conseiller en promotion de la santé » Stan Shatenstein, qui nous explique doctement que l’Eglise est illogique, parce que, et je le cite, « si toute vie est sacrée, il faudrait protéger celle de chaque spermatozoïde et de chaque ovule ». Ah ! que voilà de la réflexion, de la vraie, et profonde et tout et tout, et qui bouleverse les perspectives sur le sujet.
Aux Etats-Unis, la Cour suprême refuse de reconnaître l’immunité du Saint-Siège ; en Grande-Bretagne, on peut faire la Une des journaux en clamant vouloir poursuivre Benoît XVI au TPI pour « crimes contre l’humanité » ; et la liste pourrait s’allonger à l’infini.
Mais l’Eglise, qui en a vu d’autres, s’en remettra, et la réaction du n°2 du Saint-Siège, le cardinal Bertone, est excessive au possible. Je crois même profondément que tout cela aura, à plus ou moins long terme, l’effet strictement inverse. Pourquoi ? Parce que c’est lorsqu’elle est un lieu de pouvoir que l’Eglise trahit sa mission qui est d’être au service des hommes. Dans les affaires de pédophilie du clergé, qu’est-ce qui nous frappe ? Que les prêtres concernés sont, selon l’expression judiciaire consacrée, des personnes ayant autorité. L’Eglise remplit sa mission quand elle est service, pas autorité. Et peut-être que cette crise nous permettra de le redécouvrir.
Il n’en reste pas moins que notre affaire belge est un magnifique gâchis. Pour qui ? Oh, pas grand-monde, presque personne. De simples gens qui n’ont rien demandé à personne, ni à être violés, ni à se retrouver otages d’une campagne anti-Eglise[2]. Des hommes, des femmes comme vous et moi, devenus prétextes à vendre du papier et de l’image à foison. Des gens dont à qui l’on ne donne la parole que lorsqu’ils acceptent de livrer cette intimité dont nous sommes tenus, nous post-modernes, de nous repaître à l’infini. Je veux parler des victimes de ces abus sexuels.
Car plus lamentable encore que les tombes des cardinaux, c’est le saccage du travail de reconstruction de ces personnes qui me rend malade aujourd’hui.
Il y avait un accord entre le Ministère de la Justice belge et l’Eglise catholique. Cet accord visait, non pas à étouffer les affaires, mais à permettre aux victimes, dans le cadre d’une Commission pour le traitement des plaintes pour abus sexuels dans une relation pastorale, à laquelle participaient deux magistrats nommés par le ministère, d’être entendues sans forcément passer par un procès. Et à ceux qui hurlent que l’Eglise ne veut pas faire la vérité sur ces affaires, un seul chiffre : la Commission a reçu 475 plaintes. Vendredi, les 475 dossiers ont été confisqués par le parquet. La commission s’est donc auto-dissoute.
Imaginez un instant ce que peuvent ressentir ces 475 personnes. Placées à un moment de leur vie sous l’emprise physique ou psychologique d’un agresseur qui a assujetti leur liberté et pris le contrôle de leur corps. Les voici à nouveau privées de l’exercice de cette liberté par la justice. D’abord un corps qui ne vous appartient plus, maintenant votre libre-arbitre bafoué. C’est absolument scandaleux. Considère-t-on, au Parquet de Bruxelles, que ces personnes n’ont pas leur mot à dire ? Qu’une déferlante de procès, permettant à une justice belge de se refaire une beauté après le fiasco Dutroux, vaut mieux que d’aider ces gens à se remettre debout ? Il semble malheureusement que oui.
Je vais vous révéler quelque chose que les personnes qui accompagnent les victimes savent très bien : porter plainte n’est pas forcément une bonne chose pour la victime. Porter plainte, c’est partir pour un combat que toutes n’ont pas les forces de mener. C’est commencer par aller au commissariat. Raconter une première fois. Puis, si votre affaire n’est pas prescrite, on vous oblige (c’est la loi) à une visite médicale, même si les faits remontent à plus de quelques jours. Certains 15 ans après l’agression… Puis le parcours continue. Si vous connaissez votre agresseur, vous devrez subir une première confrontation. Si vous avez du bol, il reconnaîtra les faits ; dans le cas contraire, vous serez là, blême, devant le juge et le violeur, souvent dans la même sidération que vous avez subie durant le viol – on appelle cela, en psychologie, « l’effet d’emprise ». Il vous faut écouter les dénégations de votre violeur, essayer de tenir bon. Et quand, des mois plus tard, le procès s’ouvre, si le procès s’ouvre, c’est à nouveau raconter devant l’accusé, le juge et un jury populaire votre calvaire. Ecouter l’avocat de la défense expliquer que bon, après tout, vous l’avez peut-être un peu cherché, hein. Attendre le verdict. Un verdict qui, s’il est inférieur aux réquisitions de l’avocat général, vous laissera un goût amer toute votre vie. Et si votre agresseur est acquitté (aucun procès n’est écrit à l’avance) repartir plus détruit que jamais.
Il est bien évident que ceux et celles qui ont le courage de porter plainte doivent le faire, ne serait-ce que pour mettre hors d’état de nuire des gens dangereux. Et je les salue bien bas : ce sont des héros. Mais tout le monde n’a pas l’étoffe d’un héros. Dans les associations d’aide aux victimes, on le sait bien. Ecoutons les Chiennes de Garde : « Pour des femmes dont le psychisme est fragilisé par le traumatisme qu’elles ont subi, toutes ces étapes du processus judiciaire sont ressenties comme autant d’agressions qui viennent s’ajouter à l’agression initiale. ». Les magistrats le savent aussi. Il n’y a pas si longtemps, lorsque la loi faisait encore la distinction, certains juges préféraient déqualifier le viol en agression sexuelle, passible alors de la correctionnelle, pour éviter aux victimes d’avoir à subir les assises. Cela partait d’un bon sentiment. Mais cela niait leur histoire.
475 dossiers. 475 personnes qui avaient délibérément choisi de s’en remettre à la Commission de l’Eglise belge. 475 victimes de nouveau niées.
Bravo, M. le juge Wim de Troy.
Osons espérer que le Parquet de Bruxelles n’entamera pas des poursuites judiciaires contre l’avis des victimes. Souhaitons que ce gâchis soit justifiable. Car, décidément, il faudra bien nous expliquer.
ADDENDUM 14h50: Confirmation de mon analyse: certaines victimes se sentent trahies par la justice et n'hésitent pas à le faire savoir: http://www.rtbf.be/info/belgique/judiciaire/eglise-et-pedophilie-en-belgique%C2%A0-des-victimes-se-sentent-piegees-232046?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter
Ultra-Homo vit à Lyon, France, en 2010. Une France qu’il aime et qu’il a bien du mal à reconnaître. Une France qui se
sclérose, qui a peur de tout et de tous,
épiscopale italienne, est un fin politique. Estimé de Benoît XVI, il n’avait pas hésité à faire de la CEI
une voix importante du débat politique italien. A la retraite depuis peu, il avait à plusieurs reprises manifesté de sérieuses réserves quant à l’authenticité des apparitions de Medjugorje,
notamment lorsqu’il avait été chargé par le cardinal Ratzinger de trancher l’affaire de la Madone de Civitavecchia, une statue de la Gospa qui pleurait des larmes de sang. L’évêque du
lieu avait alors réuni à la hâte une commission qui s’était prononcée en faveur du constat de supernaturalitate (i.e. « cause surnaturelle ») le 19 avril 1995, par sept voix
pour, une voix contre et trois abstentions, dans une ambiance fort œcuménique (le maire communiste de cette petite cité, imaginant déjà les retombées économiques de l’affaire, avait offert de
l’argent à l’église locale pour la construction d’une basilique), à peine assombrie par le fait que le sang sur la statue était masculin et que son propriétaire avait fait appel à la Cour
constitutionnelle italienne pour s’assurer de son droit à ne pas faire les examens sanguins requis par l’évêque. Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, avait
décidé de casser la décision de supernaturalitate en créant à son tour une commission, présidée déjà par Ruini, qui a conclu à un constat de
non-supernaturalitate.
Du côté des autorités locales, c’est le cardinal Vinko
Puljic, archevêque de Sarajevo, président de la Conférence épiscopale de Bosnie-Herzégovine, qui siège à la commission, et non l’évêque de Mostar, Mgr Peric. Cela semble assez
malin : le pauvre Mgr Peric a subi tant d’injures de la part des partisans de Medjugorje qu’une décision invalidant les apparitions apparaîtrait aussitôt, s’il était membre de la commission,
comme l’œuvre de Satan au sein du Vatican. S'ajoute à ceci un point de droit: il ne peut être à la fois juge et partie. Quant à Mgr Puljic, il s’était plaint en 2004 de ce que les phénomènes
de Medjugorje étaient « source de divisions dans l’Eglise » ; s’appuyant sur la décision de la Commission épiscopale bosniaque, qui avait dénié en 1991 tout caractère surnaturel
aux apparitions, il affirmait en novembre dernier : «
pour la Cause des Saints que depuis janvier de cette
année. Un mois de janvier riche en événements dans l’affaire qui nous intéresse ;
A lire

Derniers Commentaires