Partager l'article ! Cet avocat musulman qui défend les chrétiens: Alors que le massacre de chrétiens se poursuit en toute impunité au Pakistan, comme on peut le ...
Alors que le massacre de chrétiens se poursuit en toute impunité au Pakistan, comme on peut le voir ici, qu’une autre chrétienne,
Martha Bibi, attend son jugement, Nystagmus vous propose de faire plus ample connaissance avec un homme particulièrement courageux. Vous vous souvenez peut-être de Mgr Timotheus Nasir, primat presbytérien du
Pakistan, qui défend la cause des chrétiens au péril de sa vie. Et ils sont nombreux, parmi les prêtres et les pasteurs chrétiens, à clamer haut et
fort que la loi anti-blasphème est une honte. Mais, pourrait-on dire, c’est un peu leur boulot – d’abord parce qu’il est du devoir du chrétien de se dresser contre l’injustice, ensuite et surtout
peut-être parce qu’ils sont directement concernés – ce qui n’enlève rien à leur courage bien entendu.
Mais dans ce combat contre l’intégrisme, ils ne sont pas seuls. Des musulmans aussi se battent contre cette loi, et leur combat mérite d’autant plus d’être salué. Laissez-moi vous présenter l’un de ces justes.
Il s’appelle Muhammad Aslam Khaki. Cet été, lors de l’affaire des deux frères chrétiens relaxés dans leur procès pour blasphème et assassinés à la sortie du tribunal, cet influent avocat musulman, professeur d’université, avait déjà protesté vigoureusement contre un tel déni de justice : “Nous condamnons ouvertement la violence. Personne ne peut se faire justice seul : c’est un principe essentiel dans un état de droit. Les deux chrétiens par ailleurs étaient innocents et le tribunal les avait disculpés. Ces évènements sont une atteinte à la loi et au respect des droits de l’homme sur lesquels le Pakistan doit veiller”, avait-il alors déclaré à l’agence Fides, demandant à ce que la loi anti-blasphème soit abrogée.
Cette déclaration, qui lui avait valu bien des menaces, n’était pas la première du genre, loin s’en faut. Et le Dr. Aslam Khaki ne s’en est pas tenu à ces seules déclarations : à plusieurs reprises, il a assuré la défense de chrétiens accusés de blasphème. Sa particularité ? Il est spécialiste de la Charia. Et c’est avec les arguments de la Charia qu’il parvient à faire libérer ceux qu’il défend.
On l’a vu par exemple lors de ce procès où des accusés convaincus d’avoir consommé de l’alcool ont été relaxés en deuxième instance par la Cour islamique, au motif que les 40 coups de fouet auxquels ils étaient condamnés n’étaient pas en conformité avec la loi islamique. Ou encore, lorsqu’il a défendu le droit pour des prisonniers d’obtenir des visites conjugales.
Prisonniers, consommateurs d’alcool, chrétiens, mais aussi hijras, ces eunuques pakistanais, vestiges d’une culture pré-islamique et pauvres parmi les pauvres, puisque aujourd’hui voués à tous les tourments (viols, tabassages, prostitution, etc.) sans que cela ne trouble la majorité. « On m’accuse de protéger la culture gaie, dit-il. Mais je ne fais que protéger ces gens de la culture policière du viol et de la torture. » En décembre 2009, il obtient de la Cour suprême – chose inimaginable dans cette République islamique – qu’elle ordonne au gouvernement de créer un troisième genre pour les hijras sur leurs papiers d’identité, et qu’elle ordonne des mesures de protection concrètes pour eux. Au-delà de ce symbole, ce coup d’éclat aura permis que les journalistes pakistanais soient désormais à l’affût de toute histoire de viol de hijra, ce qui les protège un minimum, ainsi que M. Aslam Khaki l’explique dans ce saisissant reportage en français.
En 2000, il assure la défense du médecin athée Muhammed Younus Shaikh, qui osa cette déclaration pourtant prudente : « Le Prophète n’a été musulman qu'à partir de 40 ans ». Cette phrase somme toute plutôt banale lui a valu la condamnation à mort. En 2003, la cour suprême finira par l’acquitter ; il s’est depuis exilé en Europe.
En 2003, c’est contre l’instauration de la Charia dans la province frontalière du Nord-Ouest que M. Aslam Khaki se dresse, arguant que les tribunaux de province n’ont pas légitimité pour instaurer une justice différente de l’Etat. Mais son coup d’éclat demeure d’avoir menacé, et l’initiative ne manque ni d’ironie ni de panache, le gouvernement pakistanais lui-même de poursuites pour… blasphème.
L’affaire n’est pas anecdotique et montre bien à quel point le Dr. Aslam Khaki a fait une priorité absolue de la défense des droits fondamentaux de tous. En 2007, le président d’alors, le général Pervez Musharraf, promulgue une Ordonnance de réconciliation nationale (NRO) visant à amnistier ou à exempter de poursuites futures tout fonctionnaire impliqué de près ou de loin dans des affaires de corruption, violences ou même assassinats politiques. Une ordonnance qui protège l’ex-présidente du Pakistan, Bénazir Bhutto, mais également le président actuel, Asif Ali Zardari, et qui est à l’origine d’une crise politique qui perdure encore. Cette ordonnance voulue par le tuteur américain permettait au Pakistan de faire rentrer d’exil Mme Bhutto, de lui permettre de fonder un parti « d’opposition » histoire de faire apparaître le Pakistan comme démocratique, et tout le monde était content : Musharraf restait président, Bhutto pouvait rentrer, et les Américains apparaissaient comme les soutiens d’une véritable démocratie.
Parmi les voix qui se sont élevées contre ce déni absolu de justice, on retrouve donc notre Dr. Aslam Khaki. Et son argument ne manque pas de sel : puisque le Président de la République a osé comparer la NRO à la Constitution de Médine, qui consacra l’alliance du Prophète avec les juifs et les chrétiens, il a blasphémé ; qu’il retire donc la NRO ou bien il sera poursuivi.
Muhammad Aslam Khaki n’est pas le seul musulman à lutter, au Pakistan même, contre la loi anti-
blasphème, même si ceux qui l’accompagnent sont de plus en plus menacés . Le 14
octobre dernier, Mohammad Farooq Khan, psychiatre, vice-chancelier à l’Université islamique de Swat, était assassiné par deux hommes qui se sont fait passer pour des patients. Les autorités chrétiennes du pays
ont unanimement salué un « humaniste, un défendeur de la dignité de tout être humain ». Mais il semble que l’affaire d’Asia Bibi (voir note
précédente) ait réveillé les consciences : de
nouvelles voix s’élèvent, jour après jour, dans la communauté musulmane, pour demander l’abrogation de la loi anti-blasphème et la protection des
minorités.
DERNIERE MINUTE: on apprend ce samedi à 16h30 heure française sur le blog du British Pakistani Christian Association la libération prochaine d'Asia Bibi. La mobilisation des Pakistanais soucieux de justice et la pression internationale payent!
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