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Puisque la loi anti-blasphème au Pakistan n’a toujours pas été abrogée, je vous propose de poursuivre la macabre chronique débutée voici quelques mois sur ce blog du décompte des victimes de cette loi.
Voici Asia Bibi, 37 ans. Son mari Ashiq et leurs enfants sont sur la photo un peu plus bas dans ce billet.. Le village où elle vivait, Ittanwali, est un village de 1500 familles dont 3 seulement sont restées chrétiennes – les autres, lassées des persécutions quotidiennes, se sont converties à l’Islam.
Autant dire que la vie est plutôt compliquée pour ces trois familles. Trop peu nombreuses pour fonctionner en ghetto (pardon, en autarcie) comme c’est le cas des communautés chrétiennes plus importantes dans les grandes villes, elles vivent sans cesse au contact des musulmans avec lesquels cela se passe plus ou moins bien.
Asia, elle, travaille comme beaucoup de femmes du village pour un gros propriétaire terrien, Muhammad Idrees. Et chaque jour, les autres femmes la harcèlent pour qu’elle se convertisse.
Ce jour-là – le 19 juin dernier – la pression se fait particulièrement importante. On demande à Asia d’aller chercher de l’eau, car les travailleuses ont soif. Elle s’exécute, mais quand elle revient une partie de ses collègues refuse de toucher à l’eau qu’elle a rapporté ; eau devenue, selon elles, impure au contact de la chrétienne.
S’ensuit une discussion animée entre les femmes d’une part, et Asia de l’autre. Et devant l’insistance de ses collègues, Asia finit par dire « Christ had died on the cross for our sins. What Mohammed had done for them ?” (« le Christ est mort pour nos péchés, qu’a fait Mahomet pour nous en délivrer? »). La réponse jette les musulmanes dans une colère noire. Elles commencent à tabasser Asia, puis les hommes du village arrivent, l’enferment dans une pièce, vont chercher les autorités religieuses du village et commencent à élaborer une punition pour la blasphématrice : on décide de lui noircir le visage et de la promener au milieu de la foule en colère sur un âne – autant dire la faire lyncher. Selon l’association Release International qui a recensé les témoignages, un groupe d’hommes dont des religieux musulmans l’a violée et a tabassé ses enfants (« a mob formed and Asia was violently abused by Muslim villagers and clerics. Her children were also beaten »).
Alertés par les chrétiens du village, les policiers sont intervenus… pour arrêter Asia, malgré les supplications de sa
famille, arguant qu’ils ne pouvaient passer sous silence de si graves accusations de blasphème. C’est
cette plainte qui vaut aujourd’hui à Asia l’honneur d’être la première femme condamnée à mort du Pakistan (sa famille doit par ailleurs s’acquitter d’une amende de 700 livres, c’est-à-dire 2 ans
et demi du salaire moyen d’un travailleur pakistanais).
En France, la nouvelle a été relayée par la presse plus que d’habitude. C’est le Figaro qui a ouvert le bal avec cet article de Thomas Vampouille, qui passe sous silence les détails les plus trash mais reste fidèle à la vérité. En revanche, l’AFP a pris le relais sous l’angle « actualité européenne » puisque le ministre italien des Affaires étrangères, de passage à Islmabad, a plaidé en faveur de la jeune femme. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on a l’impression à la lecture de la dépêche que, si la sentence de mort est regrettable, les choses ont été faites dans le respect du droit : « L'affaire remonte à juin 2009, lorsque des femmes, musulmanes, qui travaillaient avec Asia Bibi sont allées voir un responsable religieux en accusant la chrétienne d'avoir blasphémé le prophète Mahomet. Le mollah est ensuite allé voir la police, qui a ouvert une enquête. »
Une version pour le moins édulcorée de l’affaire, vous en conviendrez.
Asia aura-t-elle la chance de Sakineh, d’obtenir une mobilisation internationale ? Probablement pas. On se perd en conjectures sur le pourquoi. Est-ce parce qu’Asia n’est pas adultère, ce qui apparemment semble bien romantique à certains de ses défenseurs (on se souvient du « condamnée parce que vous avez aimé » de Carla Bruni) et que le Pakistan n’est pas le Grand Epouvantail européen, contrairement à l’Iran ? Est-ce parce qu’elle sera pendue et non lapidée, ce qui est moins vendeur, il faut le reconnaître ? Ou est-ce parce que notre capacité d’indignation, à nous autres Occidentaux, nous empêche de compatir à plus de 1000 kilomètres de chez nous ?
Je l’ignore. Mais je rafraîchis régulièrement depuis 48h que la sentence a été prononcée la page d’accueil d’Amnesty International et d’Amnesty France. Toujours rien.
Alors je vous laisse en guise de conclusion cette image, prise ce matin à la marche pour la paix des Chaldéens de Lyon, qui en connaissent eux aussi un rayon en matière de persécutions : une banderole avec ces quelques mots : « Donnez-nous la paix, nous vous donnerons des merveilles ». Puisse ce cri d'espoir des chrétiens persécutés être entendu et Asia rendue aux siens.
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