Partager l'article ! Eloge de la non-communion : une seconde réponse à René Poujol: J'ai lu, mon cher René, avec une attention toute particu ...
J'ai lu, mon cher René, avec une attention toute particulière
votre réponse à ma réponse.
Avec la plume qui vous caractérise, et qui a réjoui les lecteurs de Pèlerin durant tant d'années, vous poursuivez l'échange qui s'est instauré entre nous sur la doctrine catholique en matière
sexuelle. Et vous m'interrogez sans détours :
« Pensez-vous qu’un non global à la contraception et la préconisation de la méthode Billings soient une réponse à la hauteur de l’enjeu social et humain que cela représente dans des régions du monde comme l’Afrique ou l’Amérique latine ? Vous sentez-vous d’aller expliquer à une femme du Nordeste brésilien qui en est à sa septième grossesse et qui n’a pas les moyens de nourrir ses enfants, que c’est là le don que le Ciel lui envoie pour aider à sa sanctification ? Et que tout usage de contraceptifs serait œuvre du diable ? C’est là une morale de bourgeoisie catholique où l’on a le temps d’observer son rythme biologique et l’impudence de laisser croire à l’ensemble des fidèles que ce serait là la volonté de Dieu. Pas de pays où l’enjeu quotidien est tout simplement de survivre ».
Je vais donc vous répondre clairement : oui, je pense qu'un non global à la contraception est une réponse à la hauteur. Parce que la morale sexuelle catholique n'est qu'une partie d'un grand tout. C'est précisément parce qu'ils se battent comme des lions aux quatre coins du globe pour la justice sociale et l'avènement d'un monde meilleur que des catholiques ont vocation à porter en même temps la bonne nouvelle d'une sexualité responsable et respectueuse. C'est parce qu'ils sont, de très loin, les premiers à accueillir et à soigner les personnes atteintes du sida en Afrique – 30% des centres de soins dans le monde, sans compter l'accueil des orphelins, les distributions de vivres et de médicaments aux malades et les campagnes de prévention – que ces mêmes catholiques ont toute légitimité à dire et à redire que la fidélité reste le moyen le plus efficace dans la lutte contre le sida. Je crois et je plaide que la vision catholique de l'Homme est une vision globale, qu'un combat pour la justice qui serait coupé de la morale ne serait qu'un idéal politique parmi d'autres, qu'une morale sexuelle et affective déconnectée de la justice ne serait qu'une coquille vide. L'ensemble du magistère moral, dans lequel la morale sexuelle occupe une place qui n'est pas démesurée, et la doctrine sociale ne sont jamais que les deux faces d'une même idée de l'Homme qui culmine en l'amour que Dieu a pour nous. Déconnectées l'une de l'autre et du Dieu qui les inspirent, ces deux facettes sont peut-être chacune profondément estimables, mais elles sont incomplètes.
René, vous me citez le cas d'une femme du Nordeste brésilien qui en serait à sa septième grossesse et n'aurait pas les moyens de nourrir ses enfants pour justifier le recours à la contraception. Cela m'interroge : avec un budget si serré, il faudrait en plus qu'elle achète des contraceptifs, alors que la méthode Billings lui permet gratuitement, en passant 15 secondes de plus aux toilettes le matin, de pouvoir mieux maîtriser sa fécondité ? Elle qui vit, si j'ai bien compris, sous un climat d'une aridité épouvantable, devrait en plus contribuer à pourrir le peu d'eau disponible en relâchant des hormones de synthèse dans la nature, ce qui promet d'être un enjeu écologique majeur de ces prochaines années ? Comment conserve-t-elle ses contraceptifs chez elle dans des conditions optimales pour éviter qu'ils ne perdent de leur efficacité ? Ne sera-t-elle pas tentée d'en faire commerce afin d'améliorer l'ordinaire de ses enfants, ce que toute personne de bon sens et acculée à des conditions de survie, comme vous dites, ferait, moi la première ?
« Vous sentez-vous d’aller expliquer à des personnes homosexuelles que ne pouvant avoir accès, par effet de nature, à l’une des finalités de la sexualité : la transmission de la vie, l’Eglise estime, pour leur sanctification, qu’ils doivent ad vitam aeternam s’interdire la seconde : le plaisir et l’épanouissement du couple ! Moi, je ne le ferai pas ».
Là encore, René, j'ai l'impression que vous faites du discours du magistère ce qu'un musulman pourrait faire des interprétations de son école juridique, en classant les choses selon le concept hallal/haram, licite et non licite. Il ne s'agit en aucun cas de vouloir dicter quoi que ce soit à qui que ce soit. Il s'agit de dire qu'il n'existe pas de nature homosexuelle. Ça, je le défends mordicus. Cela ne peut avoir de sens pour nous, chrétiens. Il n'existe qu'une seule nature humaine, une et indivisible dans la complémentarité des deux sexes, quelle que soit par ailleurs la sexualité d'individus éminemment respectables.
Ce qui ne signifie pas non plus que l'homosexualité soit pour autant un choix. Les choses ne sont pas binaires ! Écoutons les personnes homosexuelles qui nous disent, qu'elles soient croyantes ou pas, qu'elle n'ont pas choisi d'avoir cette sexualité-là, pas plus que quiconque – et souvent même que si elles avaient pu choisir, il en aurait été tout autrement, compte tenu de la somme de souffrances endurées à cause de cela par ces personnes. Croyons-les. Elles savent de quoi elles parlent. Moi, je crois que l'homosexualité n'est ni un destin, ni un choix. C'est une blessure parmi la foule de blessures humaines de nature très diverse qui nous limitent dans notre rapport à l'autre, tous autant que nous sommes. Désirer une personne du même sexe que soi, ce n'est pas, ce n'est jamais, cela ne peut pas être le signe que l'on est quelqu'un de « limité », « handicapé de la relation ou du bonheur », « incapable d'aimer en vérité », comme on a pu me reprocher de le sous-entendre – et si vraiment je me suis exprimée de manière à laisser penser que je voyais les choses comme cela, mille pardons. Par contre, oui, l'acte homosexuel en soi est limité – ce qui ne signifie aucunement que l'acte sexuel entre deux personnes de sexe différent transforme comme par magie ceux qui le pratiquent en champions de l'altérité, loin, très loin de là - et beaucoup de personnes qui éprouvent ce désir en sont conscientes (voir par exemple le second témoignage dans cet article). On se moque souvent, en-dehors et parfois même à l'intérieur de l'Eglise, de ce que de nombreux prêtres ou moines se sentent homosexuels. Y a-t-il là matière à rire ou à réfléchir ? Pourquoi ne ferions-nous pas confiance à ces personnes sans partir du principe que ce sont des frustrés ou des faibles incapables de s'assumer, pour qui le sacrement de l'ordre serait une « planque », mais des gens qui ont senti en eux un appel à la continence dans le Christ ?
Et à tous ceux qui vivent en couple, qui sont fidèles à leur conjoint de même sexe ou qui, dans un second mariage après un divorce, essayent comme chacun d'entre nous d'unifier leur foi et leur vie de tous les jours, je dis avec force : non, l'Eglise ne vous exclut pas. Le jeûne eucharistique à laquelle elle nous invite tous lorsque nos actes ne nous rapprochent pas davantage du Christ ne nous jette pas du côté d'hypothétiques impurs, mais nous offre au contraire de communier plus étroitement avec tous ceux qui, de par le monde, souffrent de famine eucharistique, qui ne peuvent matériellement communier au Corps et au Sang du Christ, faute de prêtres ou à cause de persécutions ; avec tous ceux qui ne connaissent pas le Christ et n'en sont pas moins des témoins pour l'humanité. Portons la tête haute et avec fierté cette faim eucharistique qui signe mieux que n'importe quoi d'autre le fait que nous ne revendiquons pas le sacrifice de Jésus comme un droit mais comme une grâce. Soyons pour tous nos frères qui communient par habitude, sans s'interroger sur le sens de ce à quoi ils s'engagent en le faisant, l'interrogation vivante de leurs propres contradictions, comme ce jeune homme inconnu qui s'est avancé un dimanche dans la file des communiants bras croisés sur la poitrine et qui m'a convertie. Soyons des saints, en quelque sorte, que nous communiions ou pas.
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