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L’exécution mercredi 21 septembre à 5h08 du matin de Troy Davis, aux USA, a provoqué sur Twitter une de ces polémiques que le web affectionne.
Fallait-il que les trois journalistes présents à l’exécution « live-tweetent », c’est-à-dire décrivent presque seconde par seconde les dernières heures du condamné ? La blogueuse
Virginie Lominet, alias @laristocraft, a répondu par la
négative dans un billet que je vous recommande. « Gros malaise. Sensation de voyeurisme, impression
d’être tous réunis comme autrefois sur la place publique afin d’assister au spectacle de la mise à mort. Je refuse de participer à ça, je refuse de lire des tweets qui décrivent minute par minute
ce qui se passe là-bas. S’il n’y a plus rien à faire, je ne veux pas me mêler à cette curiosité malsaine. Je ferme donc ma colonne #TroyDavis. Cet homme va mourir dans quelques heures, mais pas
sous mes yeux. »
Pour ma part, à la question : « Peut-on live-tweeter une exécution ? » je réponds oui. Et que non seulement on peut, mais on doit. Je veux qu’on dise au monde entier que Troy Davis a voulu partager son dernier repas avec ses co-détenus, comment il était habillé, s’il a eu la visite de ses proches et lesquels. Je veux qu’Obama et le gouverneur de Géorgie voient sa mère pleurer. Je voudrais même que l’on installe des caméras dans la chambre d’exécution, et que cette chambre ne soit plus une pièce confinée à l’abri des regards dans une prison, mais comme autrefois, sur la place publique. Je veux que le monde entier soit témoin de l’ignominie qui consiste à mettre à mort un homme.
Car enfin, si l’Etat de Géorgie a jugé digne, juste et normal que l’on tue froidement un homme, qu’il l’assume. Je veux que l’humanité entière entende le cœur de Davis battre en accéléré au fur et à mesure que le temps passe, comme pour rattraper ces battements auquel il n’aura pas droit au-delà de 5h08 du matin. Je veux que l’on voie la sueur sur son front, que chacun le regarde longuement, sanglé sur son lit de mort, l’aiguille dans le bras, attendant quatre heures durant une grâce qui ne viendra pas. Je veux qu’une caméra obscène nous montre les trois injections, celle qui endort pour éviter les pleurs et les cris, celle qui paralyse pour qu’on ne voie pas les convulsions, et celle qui tue. Je veux que chacun soit au courant du raffinement suprême qui consiste à injecter une solution saline entre les trois piqûres, pour éviter que les produits ne se mélangent.
Et tant que j’y suis, je veux qu’on rétablisse la guillotine. Ou mieux, la décapitation à la hache. Que ça saigne, bon Dieu ! Il a mérité de mourir, dites-vous ? Alors qu’est-ce que cette mort policée, lisse, sans aspérité ? Que les partisans de la peine de mort assument leur boucherie. La peine de mort, nous disent-ils, doit avoir un effet dissuasif ? Soit. Alors dissuadez, mais pas à la sauvette, de nuit, comme des voleurs. Que l’on emmène les enfants de maternelle assister au spectacle, que ça les dissuade ! Je propose même que chaque membre du jury qui a condamné Troy Davis donne un coup de hache sur sa nuque, juste assez fort pour le décapiter lentement en douze coups.
Et que partout dans le monde, des citoyens live-tweetent les exécutions. Pour que le sang des condamnés, fussent-ils noirs et probablement innocents comme Troy Davis, ou blanc et certainement coupables comme Lawrence Brewer, retombe sur la tête de ceux qui ont demandé à le voir extraire de leurs corps.
Merci pour ce billet.
De mon côté, je n'ai pas compris non plus le malaise évoqué par ceux qui dénonçaient le LT, comme si on aurait dû détourner pudiquement les yeux et le laisser mourir seul, entouré de ses seuls boureaux. En tant que chrétienne, la communion des saints a donné tout son sens à ce LT...
Colère salutaire, dont je comprends bien le fondement... reste que ce que vous appelez de vos voeux "nous" habituerait peut-être à ce qui nous horrifie aujourd'hui. Une sorte d'aboutissement de la télé-réalité, qui ne choque plus grand monde aujourd'hui. À moins que la société ait définitivement progressé dans le sens du bien, et ne pourrait plus supporter ce spectacle ? Je l'espère, tout en redoutant l'inverse. Merci en tout cas pour ce bousculant coup de gueule.
Un grand merci pour ce billet! Si les LT de l'exécution ont suscité un malaise, leur but est atteint. Si le processus de l'exécution ne peut être regardé en face, il faut abolir la peine de mort.
@ Marie :
En fait, je pense que lorsque l'on sera capable de regarder en face une peine de mort, "très naturellement", là il sera ENCORE PLUS URGENT de l'abolir.
Je suis globalement d'accord avec ton billet, sauf qu'il ne correspond pas à ce que j'ai vu sur twitter...
Si des journalistes, sur place, avaient LT l'exécution, cela ne m'aurait sans doute pas dérangé. Mais au moins sur ce que je voyais, il ne s'agissait pas de cela.
Au mlieu de tweets renvoyant vers les diverses sources, ou diverses réflexions sur la peine de mort, sur l'autre exécution de la soirée, il y avait un pseudo-LT, de quelqu'un qui n'était pas sur place, mais faisait comme si. Son live-tweet était reconstruit, imaginé à partir des sources auxquelles nous avions tous accès. Parfois faux, donc, mais énoncé avec assurance et autorité. Refusant par la suite avec suffisance et une certaine violence toute contradiction, d'ailleurs.
Cela m'a mis profondément mal à l'aise, bien plus qu'un vrai LT l'aurait fait. J'y voyais à la fois un gourou dont la parole ne peut souffrir le moindre doute de la part de ses fidèles, et une opération d'auto-promotion utilisant la mort d'un homme. Un terrible manque de respect envers celui qui allait mourir, en tout cas.
J'ignore à quel degré la réaction de Virginie est due aux mêmes impressions, elle dit dans ses commentaires que ces tweets en particulier l'ont dérangée. J'ai l'impression que nous sommes globalement tous d'accord, simplement je n'appelerais pas ce que nous avons vu un véritable live-tweet...
La dernière exécution publique date de 1939 en France... pas si vieux!
Je ne suis pas tout à fait d'accord.
Je comprends bien votre volonté de montrer qu'une exécution capitale est bel et bien une mort, certes légale, mais une mort quand même, avec toute sa violence et son horreur.
Cependant, l'aspect "pacifié" de cette exécution est malgré tout un progrès par rapport à une décapitation, une pendaison, une crucifixion, une électrocution... Et l'aspect privé et quasi secret de cette exécution est un progrès par rapport à une mise à mort en place publique
Le peuple semblait auparavant avoir besoin de sang, du sang du coupable, et plus le crime était perçu comme monstrueux, plus le supplice état sanglant (cf. l'écartèlement promis en France aux régicides). Le peuple avait besoin d'une justice si spectaculaire qu'elle en devenait presque une vengeance de la société toute entière contre le condamné : une mise à mort publique pouvait finir par ressembler à un lynchage officiel avec les hurlements de la foule, les injures, la colère et la haine...
En rendant l'exécution plus cachée, on prive le peuple de ce lynchage, de cette vengeance ; c'est en quelque sorte un sevrage de sa soif de sang, donc un relatif progrès. J'ose croire qu'un jour, de la même manière, on pourra sevrer le peuple de cette envie de tuer un homme, aussi barbares qu'aient été les actes qu'il a commis.
Si cet article parle de Tweeter, il a le mérite de parler de la mort. Pas celle décrite, pas celle que l'on regarde ou que l'on lit, mais celle que l'on ressent. Entendre le coeur du condamné qui bat plus vite comme pour se dépêcher de vivre encore un peu. C'est presque de la poésie ! Et c'est bien parce que c'est presque de la poésie que cela se ressent, ce qui est bien plus fort que de simplement lire ou regarder. Votre article a cette audace qui demande que la mort soit présentée telle qu'elle est afin d'atteindre l'humanité profonde de celui qui est présent à l'évènement. Or, il sera toujours impossible d'atteindre une telle vérité, cette expérience est unique et intime, elle est fondamentalement spirituelle. Et c'est peut-être là que se situe le véritable message d'une exécution publique : comment la rendre vraiment spirituelle pour n'en faire qu'une seule mort qui n'est que passage vers la ressurection ? Une telle entreprise nous amènerait fatalement à une impasse, incapable que nous serions tous ensemble et unaniment de voir ainsi la mort. Par contre, elle nous obligerait à rendre ces condamnés au seul juge possible, à savoir, Dieu notre créateur. La perpétuité ne peut avoir que cet objectif.