Jeudi 22 septembre 2011 4 22 /09 /Sep /2011 18:22

african_american_execution.gifL’exécution mercredi 21 septembre à 5h08 du matin de Troy Davis, aux USA, a provoqué sur Twitter une de ces polémiques que le web affectionne. Fallait-il que les trois journalistes présents à l’exécution « live-tweetent », c’est-à-dire décrivent presque seconde par seconde les dernières heures du condamné ? La blogueuse Virginie Lominet, alias @laristocraft, a répondu par la négative dans un billet que je vous recommande. « Gros malaise. Sensation de voyeurisme, impression d’être tous réunis comme autrefois sur la place publique afin d’assister au spectacle de la mise à mort. Je refuse de participer à ça, je refuse de lire des tweets qui décrivent minute par minute ce qui se passe là-bas. S’il n’y a plus rien à faire, je ne veux pas me mêler à cette curiosité malsaine. Je ferme donc ma colonne #TroyDavis. Cet homme va mourir dans quelques heures, mais pas sous mes yeux. »

Pour ma part, à la question : « Peut-on live-tweeter une exécution ? » je réponds oui. Et que non seulement on peut, mais on doit. Je veux qu’on dise au monde entier que Troy Davis a voulu partager son dernier repas avec ses co-détenus, comment il était habillé, s’il a eu la visite de ses proches et lesquels. Je veux qu’Obama et le gouverneur de Géorgie voient sa mère pleurer. Je voudrais même que l’on installe des caméras dans la chambre d’exécution, et que cette chambre ne soit plus une pièce confinée à l’abri des regards dans une prison, mais comme autrefois, sur la place publique. Je veux que le monde entier soit témoin de l’ignominie qui consiste à mettre à mort un homme.

Car enfin, si l’Etat de Géorgie a jugé digne, juste et normal que l’on tue froidement un homme, qu’il l’assume. Je veux que l’humanité entière entende le cœur de Davis battre en accéléré au fur et à mesure que le temps passe, comme pour rattraper ces battements auquel il n’aura pas droit au-delà de 5h08 du matin. Je veux que l’on voie la sueur sur son front, que chacun le regarde longuement, sanglé sur son lit de mort, l’aiguille dans le bras, attendant quatre heures durant une grâce qui ne viendra pas. Je veux qu’une caméra obscène nous montre les trois injections, celle qui endort pour éviter les pleurs et les cris,  celle qui paralyse pour qu’on ne voie pas les convulsions, et celle qui tue. Je veux que chacun soit au courant du raffinement suprême qui consiste à injecter une solution saline entre les trois piqûres, pour éviter que les produits ne se mélangent.

Et tant que j’y suis, je veux qu’on rétablisse la guillotine. Ou mieux, la décapitation à la hache. Que ça saigne, bon Dieu ! Il a mérité de mourir, dites-vous ? Alors qu’est-ce que cette mort policée, lisse, sans aspérité ? Que les partisans de la peine de mort assument leur boucherie. La peine de mort, nous disent-ils, doit avoir un effet dissuasif ? Soit. Alors dissuadez, mais pas à la sauvette, de nuit, comme des voleurs. Que l’on emmène les enfants de maternelle assister au spectacle, que ça les dissuade ! Je propose même que chaque membre du jury qui a condamné Troy Davis donne un coup de hache sur sa nuque, juste assez fort pour le décapiter lentement en douze coups.

Et que partout dans le monde, des citoyens live-tweetent les exécutions. Pour que le sang des condamnés, fussent-ils noirs et probablement innocents comme Troy Davis, ou blanc et certainement coupables comme Lawrence Brewer, retombe sur la tête de ceux qui ont demandé à le voir extraire de leurs corps.

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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