Jeudi 18 février 2010
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12:55

Il paraîtrait que cette affiche est
scandaleuse. C'est du moins l'avis du Parti socialiste, qui lui voit au moins 3 défauts: "
politique, démocratique et budgétaire". Il ne sera pas question, dans ce
billet, de polémiquer sur la question, judicieusement posée par la gauche, de savoir si cette campagne de publicité pour un emprunt qui n'a pas été encore voté était opportune ou pas. Ni si le fait
qu'elle soit vêtue de blanc est un signe de racisme, de monarchisme ou que sais-je encore.
Non, là où je m'étonne, c'est que personne ne réagisse sur le lien qui est fait entre investissement financier et République d'une part, et investissement et grossesse d'autre part. Sur le
fond, Marianne enceinte, pourquoi pas? La République, qui éduque, soigne, nourrit, est une sorte de mère. Nous sommes "enfants de la Patrie", etc., etc. Fort bien.
Au passage, cette image a été mal utilisée par le gouvernement. Lui qui s'obstine à vouloir absolument réduire drastiquement la durée du congé parental (
par souci hautement féministe bien sûr) aurait dû faire de cette rayonnante
jeune femme une allégorie de la femme enceinte partant au turbin, heureuse et fière de s'investir intelligemment dans l'avenir de la France plutôt que de s'engraisser sur le dos de la solidarité
nationale au prix exhorbitant de 374,17€ par mois.
Ce qui me titille davantage, c'est autre chose. La collision entre l'image et le slogan, déjà. Voilà notre Marianne transformée en tirelire. Et avec la couleur choisie, je ne peux m'empêcher
(mais j'ai mauvais esprit, je le sais) d'y voir un appel à blanchir de l'argent. Ben tiens: l'argent du grand emprunt devrait être prélevé pour partie sur les marchés financiers (22 milliards) et
pour partie sur les fonds que les banques ont remboursé à l'Etat après que celui-ci leur ait généreusement offert de quoi recommencer à spéculer sans limites. Un grand emprunt dont les
particuliers, c'est-à-dire vous et moi, sont exclus. Il n'a plus grand-chose de
national, ce grand emprunt. Ce n'est pas la France qui investit dans son avenir, c'est le grand capital.
Bigre. Voilà que Marianne ne symbolise plus le peuple, mais les banques.
Autre chose. Cette publicité capte, et c'est bien le moins que l'on attende de l'exercice, un certain air du temps. Un air du temps où le bébé est un investissement, je dirais même un
surinvestissement.
Elle me fait penser, cette pub, au fameux slogan des magasins de puériculture Aubert: "
Réussir son bébé". Bien sûr qu'on
investit sur son enfant, au sens analytique du terme. Mais l'argent, qu'a-t-il à voir ici?
Enfin, je m'étonne que la gauche,
Elisabeth Badinter en tête, n'ait
pas crié au scandale à voir une image de femme investissant son avenir dans la maternité. On aurait pu imaginer une Marianne avec un casque de chantier retroussant ses manches par-dessus son sac de
blé, un livre dans une main, en bleu de travail. Là, une jeune fille toute mignonne, toute rêveuse, regardant d'un oeil confiant vers la droite (pardon, vers l'avenir), enceinte des banques, attend
timidement que ledit avenir arrive.
Le message est assez clair, finalement. Ne vous occupez de rien, bonnes gens, nous travaillons à la France de demain avec les banquiers. Pas très rassurant.
- Ca coûte moins cher à l'impression : On va faire l'emprunt, mais n n'a pas encore les sous, alors on y va calmement...
- Le blanc, c'est neutre. Rouge, Vert, Bleu, Rose, Orange, en ces temps de campagne électorale, ça aurait pu donner une indication (et puis bariolée, ça faisait un peu trop gay pride)
- Vous la voyez toutes et tous comme enceinte, mais en fait, elle est infirmière, et elle travaille. On défend encore une fois la valeur du travail jusqu'au bout (c'est Rachida qui va être contente)
- Entre le bonnet et la longue robe, il ne reste que peu de peau visible... Les partisans de la Burqa peuvent se sentir concernés
Voilà mes premières réflexions.
Sérieusement, bienvenue dans la blogosphère... et bonne route.
Avec le déficit qu'on a, emprunter encore plus me parait être une aberration totale! Mais je ne suis pas économiste...
ET tout cela, ce sera au bébé, une fois grand, de le rembourser, puisque ses parents s'obstinent à ne pas vouloir regarder la vérité en face!