Jeudi 19 avril 2012 4 19 /04 /Avr /2012 14:06

i-love-jules-ferry-132147185442 Quand on est journaliste, on essaie de comprendre, d'analyser et de ne pas juger. Parfois c'est facile ; d'autres fois moins. Une excellente occasion m'est offerte aujourd'hui grâce à mes confrères de Ouest France , qui racontent comment des élèves d'une école privée catholique de Rennes se sont vu interdire l'accès au Conservatoire de l'école publique, un musée créé par la Délégation départementale de l'Education nationale d'Ille-et-Vilaine (DDEN35) et qui propose « aux enfants de redécouvrir à quoi pouvait ressembler une salle de classe à l’époque de Jules Ferry et d’assister à un cours version ''un siècle plus tôt'' ».

Le journaliste de Ouest-France, dans un souci légitime de comprendre, a donc appelé le président de la DDEN35, Jean-Louis Robert, pour lui demander pourquoi. Réponse de l'intéressé : « C'est dans nos statuts. Ce Conservatoire est réservé aux élèves du public et nous refusons que des élèves des écoles catholiques s'y rendent. C'est notre droit et c'est comme ça ».

 

Bon.


Monsieur Robert, c'est pas une critique, mais on ne peut pas dire que vous nous aidiez, ma carte de presse et moi, à tenter de comprendre la raison d'une telle interdiction. Mais c'est pas grave : j'ai quelques idées que je me propose de vous soumettre, amis lecteurs.

 

1/ Les enfants des écoles catholiques sont pleins de microbes. Et par les temps qui courent, et même qui galopent, avec la résistance accrue aux antibiotiques, les pesticides dans les légumes et la recrudescence de la tuberculose, ces élèves sont une population à risque qu'il convient, dans un souci prophylactique, de mettre en quarantaine. Pensez donc : ces malheureux enfants obligés de prier à genoux sur la froide dalle d'une chapelle humide plusieurs fois par jour – c'est bien connu que ça se passe comme ça dans les écoles cathos, et encore je ne vous parlerai pas du cilice obligatoire – sont des tuberculeux qui s'ignorent, pardon : des poitrinaires et des phtisiques, comme on dit sans doute au Conservatoire, où l'on a probablement tenu à conserver aussi le langage de l'époque de Jules Ferry.

 

2/ Les enfants des écoles catholiques veulent s'inscrire dans une histoire qui n'est pas la leur. Dylan, Kevin et Malika, que leurs parents ont inscrit au cours Sainte-Thérèse parce que le public ne remplit plus son rôle ce sont des calotins finis, sont exclus de fait de l'Histoire de France qui, comme chacun sait, est laïque et républicaine depuis au moins Clovis. Leurs ancêtres à eux étaient certainement d'épouvantables sectaires se réunissant chaque soir dans un presbytère aux volets clos dans lequel de mystérieux jésuites à l'oeil plein de flammes pratiquaient d'étranges rituels de malédiction de la République. Dylan, Kevin et Malika, désolée : vous vous imaginiez Français, mais en fait vous êtes Cathos. Allez hop, retournez à vos chapelets – comment ça ''c'est quoi'' ?

 

3/ Suis-je sotte!!! Décidément je vois le mal partout. En fait c'est pas discriminatoire, c'est une mesure qui vise à protéger les Minorités™ de l'effrayante machine centralisatrice jacobine qui a un siècle durant éradiqué la moindre trace de Diversité™ des publics scolaires français. Non mais pourquoi pas demander à Aminata et Idris de réciter ''nos ancêtres les Gaulois'', tant qu'on y est ? Vous imaginez un peu le traumatisme de Dylan, Kevin et Malika, obligés d'être confrontés à cette réalité atroce de l'école laïque, gratuite et obligatoire du temps de Jules Ferry ? Et sans l'ombre d'un crucifix au-dessus du tableau noir pour les soutenir ? Bourreaux d'enfants, va.

 

4/ La République est en danger. Les émigrés royalistes rassemblent leurs troupes aux frontières de France, avec l'argent de l'Autriche et de la perfide Albion. L'ennemi est à nos portes, et la Cinquième Colonne, à savoir les Catholiques, essaient de l'intérieur d'espionner la merveilleuse école républicaine, ce joyau que le monde entier nous envie. Holà, félons, il faudra passer sur nos corps laïques, gratuits et républicains. Nous défendrons jusqu'à la mort le Conservatoire de l'Education Nationale. Roulements de tambour.

 

Bon, je billevèse, je baguenaude, je me ris, mais en fait c'est pas idiot. Allons jusqu'au bout de la logique. Réservons l'entrée au Musée des Arts Premiers aux enfants descendants d'immigrés africains et asiatiques. Interdisons l'accès des Invalides aux enfants dont les parents ne sont pas militaires. Les musées gallo-romains, aux Gallo-Romains.

 

Le monde s'en portera bien mieux, vous verrez.

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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