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Sincèrement, je pense être assez bonne catholique. Mon confesseur vous le dira : outre que je fais rigoureusement appel à lui au moins quatre fois par an, que j’assiste
ponctuellement à la messe, je ne l’ai jamais vu blêmir en entendant ma liste de péchés ; et le plus gros que j’aie eu à confesser, celui qui m’a fait faire le tour de l’église au moins six
fois avant de me décider à entrer, ne m’a valu que trois Ave et trois Notre Père. C’est dire, nonobstant l’indulgence toute paternelle dudit confesseur, que les portes du Ciel, dans des
conditions pareilles, c’est du tout cuit.
Civiquement, c’est un peu pareil. J’ai toujours ressenti avec une acuité particulière l’honneur qu’il y a à être citoyenne d’un pays comme la France, avec une histoire familiale dont il fallait être digne. Descendante de ce bourgeois épris de liberté à l’origine du Serment du Jeu de Paume qui rédigea, avec Mirabeau, la première Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Petite-fille de gens qui, au nom de leurs convictions chrétiennes, ont obtenu à la Libération la grâce de l’homme qui avait fait tuer leur enfant résistant. Chaque fois que je vote, je voudrais que l’assesseur fût pénétré de la même solennité que moi – ce qui, je le concède, allongerait considérablement le temps d’attente, même en ces temps d’abstention massive ; je répugne à faire supporter à la collectivité les dépenses de santé dont mon barème personnel, plus tatillon encore que celui de la CPAM, juge qu’elles ne sont pas vitales ; les rares fois où j’ai payé l’impôt sur le revenu, j’en ai fait un gonflement d’orgueil phénoménal, et je ne me suis décidée à profiter de ma niche fiscale de journaliste que le jour où il a bien fallu faire vivre mes enfants.
Bref, pour faire court, je me retrouve pleinement dans la figure du jeune homme riche (Matthieu 19, 16-22) : pour « être sauvée », comme il dit, il ne me reste plus guère qu’à faire le grand saut les yeux bandés et sans parachute dans l’abandon au Christ. Autant vous dire que malgré toute ma bonne volonté, c’est pas tous les jours pour demain.
Et puis survient l’affaire des Roms. Et nous voilà, moi et ma bonne conscience, bien embarrassées. Des Roms je ne connais guère que la jeune femme qui fait la manche devant Saint-Jean à Lyon, le matin, et qui tient dans ses bras un garçon qui a l’âge du mien. C’est elle qui a engagé une conversation fragile que nous poursuivons chaque fois que je passe devant la cathédrale, et qui consiste à nous donner des nouvelles de nos petits respectifs. Cela ne dure pas plus d’une minute, je ne connais pas son nom ni elle le mien, nous avons en revanche partagé le prénom de nos fils. Ces instants dignes du Prince et du pauvre, nous les avons tous vécu ; lorsque nous nous rassurons à peu de frais sur nos capacités d’humanité, avant d’être submergés par, en vrac, la géopolitique, la peur de mal faire, l’instinct de conservation, l’envie de ne pas voir.
C’est dans ces moments-là que j’aime que mon Eglise prenne position. Moi, cela m’aide. Parce que le catholicisme n’est pas seulement une contre-culture, comme l’explique brillamment Jean-Pierre Denis dans son dernier ouvrage, à paraître ces jours prochains. C’est aussi une contre-nature. Parce que si, originellement, avant le fruit défendu, ma nature était aimante, elle a depuis été « défigurée par le péché », selon la formule catéchétique. Et ma nature défigurée, elle aime bien le christianisme jusqu’à une certaine limite. Je fais comme tout le monde : je tournerais bien dans ma vie de foi avec les mêmes quelques textes bibliques, ceux qui m’arrangent ou mieux, ceux dont je me dit que décidément, Dieu pense fort bien puisqu’il pense comme moi.
Prenez Matthieu 25, par exemple. Vous savez, ce magnifique discours eschatologique où il recadre en quelques péricopes tous ceux qui voudront le suivre à travers les siècles : « Ce que vous faites à ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous le faites ». On peut tourner et retourner mille fois dans tous les sens le truc, rien à faire, nulle part il n’est écrit « ces plus petits sympathiques qui sont mes frères, les plus petits antipathiques n’en faisant évidemment pas partie » : c’est le Christ qui mendie à la sortie de la cathédrale Saint-Jean de Lyon, point.
Et les différents responsables religieux qui se sont exprimés, du pape aux évêques, n’ont pas dit autre chose. Ni qu’il fallait accueillir toute la misère du monde, ni qu’il n’y avait aucun problème de délinquance. Simplement que le Christ est un Rom aujourd’hui. Et que le Christ, on lui pète pas sa caravane avant de le lâcher dans un charter sans se préoccuper de ce qu’il deviendra. On ne le stigmatise pas parce qu’il est Rom, on cherche à travailler avec les autorités du pays dont il vient pour qu’il ait une vie décente là-bas, et tant qu’il est chez nous, on le traite avec décence.
C’est d’une violence immense, en tout cas pour moi, que d’accepter cela. Parce que soyons clairs : il y a des gens comme le père Pic qui ont une foi telle qu’ils le voient au premier coup d’œil, le Christ dans le Rom. Moi pas. Si je n’ai pas le Christ qui me gêne tel un caillou dans la chaussure sur la route toute tracée de ma petite vie ni pire ni meilleure que la moyenne, je n’y arrive pas.
Mais je vais essayer de mieux faire.
personnellement, j'ai commencé un peu à l'envers; j'avais des parents qui donnaient leur chemise à tous ceux qui leur demandaient un service, si bien d'ailleurs qu'ils ne se sont pas assez occupé de leurs propres enfants, en passant, et qu'on a tous assez mal fini pendant assez longtemps (c'est bon, je vais pas porter plainte non plus, ils sont morts de toutes façons), et moi, comme ma soeur, on a commencé tranquillement à faire pareil, à recueillir tout le monde, pas chez nous (enfin, pas tout le temps), mais dans des assocs, des initiatives, des trucs pour les pauvres, les handicapés, les malades psy, enfin, ceux qui voulaient, quoi, c'est à dire qu'au début il y avait un peu de tout, et à la fin, il y avait des gens tellement blessés qu'ils faisaient fuir tous ceux qui tenaient un peu la route, et on a fini par se mettre carrément en danger. en gros, quoi.
Du coup, maintenant, l'histoire de s'occuper des pauvres, je reste un peu réservée: un jour, un prêtre, en semaine, reprochait à ses fidèles de ne pas accueillir l'étranger, le SDF, concrètement: son auditoire avait, à part ma soeur, de 67 à 89 ans! que des femmes, en plus: vous conseilleriez, à des femmes de cet âge, de prendre un drogué? un rom? un malade psy? Moi, je l'ai fait: j'ai tenu une semaine.
Alors bon, l'Evangile, je suis d'accore, inconditionnellement, mais il y a une différence entre les petits pastoureaux de Fatima qui donnaient leur goûter aux enfants des voisins qui n'avaient pas assez de terre pour vivre à l'aise, et cohabiter avec des anonymes qui n'ont pas forcément fait le choix de suivre l'Evangile en renonçant au mal et à tout ce qui conduit au mal, qui n'ont pas forcément décider de suivre les "tu ne voleras pas, tu ne violeras pas, tu ne tueras pas...", et qui n'ont comme seul problème non pas d'être pauvres, malades, nus ou prisonniers, mais de n'avoir aucune éducation au sens "occidental" ou "chrétien" du sens.
Personnellement, j'ai arrêté, c'était n'importe quoi, comme essayer de remplir un trou dans le sable avec de l'eau de la mer, et en plus, c'est complètement hypocrite d'essayer de se faire croire qu'on est les amis de quelqu'un alors qu'on ne lui donnera jamais seulement son numéro de téléphone. Je préfère donner de l'argent à des projets qui ont un peu plus de portée.
Je crois qu'il faut des projets plus larges, des associations, des programmes, une solide formation, et des dons. Voire des dons pour acheter des terrains, les viabiliser, et les prêter-louer, pour les Roms, des programmes pour initier des formations, que l'Etat pourrait ensuite reprendre à son compte, ou subventionner, mais des programmes couplés avec un minimum d'éducation, d'évangélisation, ou je ne sais quoi de laïc qui corresponde.
Alors aujourd'hui, je trouve, le combat devrait moins se porter sur les quelques départs volontaires qui sont un coup d'épée dans l'eau de plus, mais on devrait se mobiliser avec force POUR QUE L'ETAT NE TOUCHE PAS A NOS NICHES FISCALES ET SOCIALES LIEES AU SECTEUR CARITATIF, qui, si elles disparaissent, vont laisser exangues toutes les associations qui sont les seules à pouvoir innover dans ces domaines, avec des bénévoles, parce qu'avec des fonctionnaires, ce serait bien trop cher!
Do,
Tu as mal lu, ou je me suis mal exprimée, mais je n'ai dit nulle part qu'il fallait inviter un camp rom chez soi. Je dis simplement qu'il est difficile d'approuver ces expulsions vu la façon dont elles sont faites, et qu'il existe d'autres moyens de combattre l'immigration, par exemple comme ce que propose François Soulage, que je linke à la fin du papier. Et si ton malais rejoint le mien, je me sens moins seule ;)
Effectivement, la Roumanie, ça a l'air d'être l'horreur...
http://www.youtube.com/watch?v=o6KNt6sD7js
Eh ben. ça fait du bien de l'entendre. Merci, Natalia. Merci, sincèrement.
Traiter les gens avec décence, comme tu dis, n'implique pas de les accueillir chez soi ou de leur offrir des appartements, comme elle crains Do. Mais au moins de ne pas les réveiller à 6h du mat' pour les mettre en garde à vue avec leurs enfants, avant de détruire leurs campements.
La forme, ça compte. C'est même essentiel.
Après on peut discuter de ce qu'on fait, de la complexité du problème, du fait qu'en-dehors des polémiques très politiciennes actuelles, il y a un réel souci à laisser des bidonvilles fleurir à deux pas de chez nous.
Mais en attendant... eh bien il y a le Christ en eux, comme tu dis. Et c'est au Christ qu'on donne un bout de pain au chocolat à la sortie de la boulangerie. Pas évident de le mettre en pratique. Tiens, une bonne résolution pour moi pour cette semaine...
C'est bête, il n'y a pas, dans la liste des smileys, un truc qui représente les applaudissements. Parce que je ne trouve aucun commentaire à faire, à part applaudir...
@tous : le post de Nystagmus, le commentaire de Do et celui du Chafouin résument assez bien le problème des chrétiens dans cette situation :
l'acceuil et la charité personnelle, (et les niches fiscales qui y aident) et ce rappel nous permettra peut-être de ne pas voir dans tous les roms, uniquement les délinquants,
la politique - sur la Croix, le Christ a promis le ciel au brigand, non parce qu'il avait contrevenu à la loi de l'époque, mais parce qu'il avait reconnu la divinité du Christ -.
@Le Chafouin : Pour ce qui est de la dignité, 6 heures, c'est l'heure légale. Cela eût-il été franchement plus digne de laisser les enfants démarrer une activité qu'on ne leur laissait pas terminer ? Dans la soirée, quand en plus, ils sont fatigués ? Croyez-vous vraiment qu'il y a une bonne heure pour déloger des familles ? Je ne crois pas qu'il y ait une bonne heure pour bouleverser ainsi une vie aussi précaire soit-elle.
Détruire les campements ? c'est l'objectif. D'autant que : quoi faire de ces campements ?
Alors, dès lors qu'on (la France) décide de ne prendre QUE notre part de la misère du monde et pas TOUTE la misère du monde, il n'y a pas de bons, de dignes, moyens d'expulser des personnes et des familles en situation irrégulière.
Merci tout simplement pou ce beau billet
« Méfiez-vous des scrupules. Ils mènent loin.” Hugo, l'Homme qui rit, II, i, i, iii.
Un billet sincère qui arrive à propos de l’actualité et le jour de la saint Nathanaël-Barthélémy, « l’homme sincère » vu par le Christ sous le figuier, c'est-à-dire méditant l’Ecriture… Un article sincère, juste, naturel et vrai soulignant deux attributs vitaux de la sève de l’Eglise dans sa doctrine : l’importance de LA personne humaine et l’attention au pauvre (au singulier). Si le pauvre est vraiment la personne (riche ou pauvre) qui « attend tout de Dieu », alors l’abandon est l’attitude pour accueillir en plénitude le don surnaturel de sa grâce.
Mt6, 28 « Observez les lis des champs, comme ils poussent : ils ne peinent, ni ne filent» Une parole de l’Ecriture qui se situe avant Mt 25. L’abandon serait donc requis avant les œuvres de la foi.
Voilà précisément où tu m’interpelles. Merci Natalia.
Bon alors du coup j'ai acheté le livre en lien...
Ceci pour dire
1 par rapport au commentaire de Do que non, toute la solidarité ne doit pas être associative. Il est important que l'Etat soit la pour assurer la redistribution. Laisser la solidarité au bon vouloir des individus c'est dangereux.
2 A l'auteur: Ce dialogue est un peu rare à Lyon où les roms sont tout de même assez pénibles et donnent souvent le baton pour se faire battre. Tant mieux si cela est parfois différent. Je suis en tout cas content que nous chrétiens arrivions à porter une voix quand le monde de César contredit les valeurs. Ca ne veut pas dire, dans un Etat démocratique et laic qu'elle doive toujours être satisfaite. D'autant qu'elle n'est pas unique, nous protestants sommes par exemple différents des catholiques sur les questions sociétales. Mais témoigner, prendre la parole, participer, contester bien sur et tant mieux.
La vie de votre ancêtre illustre bien l'ambiguïté douloureuse de la première Révolution. A partir d'un moment, il a été dépassé par les événements et a dû émigrer. Triste époque. Après avoir cru à l'histoire de la Révolution aseptisée, j'ai plutôt tendance aujourd'hui à la rejeter en bloc, sans oser pourtant à être trop catégorique. La guerre civile, le génocide vendéen, les persécutions religieuses et politiques me dégoûtent profondément. J'ai un ancêtre breton qui cachait des prêtres réfractaires; un autre de la même famille mort dans le camp royaliste à Quiberon, un ancêtre rouennais dont la fille a figuré la déesse Raison; un ancêtre qui a été préfet de la Seine sous le Ier Empire. N'est-ce pas une métaphore poignante de nos divisions? La France est sortie de la Révolution profondément traumatisée et se haïssant.
Aussi, en matière de droits de l'homme je répugne à me référer à la Constitution de 1789. Ne contenait-elle pas des ambiguïtés tragiques? La déclaration de l'ONU est plus authentiquement humaniste, me semble-t-il.
" Ce que vous faîtes au plus petit..."
C'est très vrai que cela va loin ! Et c'est indéniable que je suis bien loin d'y être très fidèle.
Le Christe nous indique très clairement qu'il se trouve en chacun de nous. Mais est-ce bien raisonnable de vouloir accueillir les pauvres et les étrangers qui frappent à nos "frontières" ?
Les Roms ne sont qu'un odieux prétexte politicien pour montrer qu'ils font qqchose pour notre économie et notre sécurité. "Expulser" qqun qui peut revenir dès demain est d'une incroyable hypocrisie et de la gigantesque politique spectacle. Nous faire pleurer ou nous ravir à la TV n'est pas s'attaquer aux CAUSE des pbs. Je suis infiniment d'accord qu'il faut un mini de décence et d'humanité...mais je crains fort que tt ce cirque ne soit fait exprès ds un but purement politicien.
Oui il faut aider nos frères les plus pauvres mais vient un moment où il faut regarder la vérité en face, songer et agir à balayer devant sa porte avant de faire de gds rêves certes très généreux et louables mais stériles. Nos frères aujourd'hui sont déjà nos top nbx SDF, paumés et blessés de la vie, nos familles décomposées, nos amis au chomage, nos soeurs qui avortent, nos frères en dépression, nos enfants sans foi etc ...
Je nevoudrai pas faire un tableau top noir mais ces exemplesnous montrent la trop grosse URGENCE que nous avons le DEVOIR de faire dans notre maison. A ces pbs économiques il faut malheureusement ajouter ceux de la sécurité. "Quand le peuple cesse d'estimer, il cesse d'obeir".
Bref, de gds chantiers nous attendent.