Vendredi 24 décembre 2010 5 24 /12 /Déc /2010 16:56

200705_champaigne_nativite.jpgCela fait plusieurs jours qu’elle voyage, au pas sans doute d’un âne, pour couvrir les quelques 150 kilomètres de Nazareth à Bethléem. Elle est enceinte. Le double sens de ce mot m’a toujours frappée. Comme si le fait de porter un enfant avait pour corollaire indispensable d’être entourée. Or cette femme-là, il n’y a pas grand monde autour d’elle. Il y a son mari Joseph, qui la porte de sa confiance et de son amour comme elle porte l’enfant de Dieu. Mais autour d’eux, personne.

Ce n’est pourtant pas faute de foule sur leur passage. Bethléem n’est qu’un village, mais un village où se pressent, en ces temps de recensement, à la fois toute la descendance de David, et tous les gens en transit qui passeront par Jérusalem toute proche. Une effervescence qui fait semble-t-il les affaires des hôteliers.

Qu’a-t-il de louche, ce couple dont le bébé va naître, pour que personne n’ait envers eux un simple geste d’humanité ? Qu’est-ce qui, dans leurs vêtements ou leur allure, dans une jeunesse peut-être déjà aussi suspecte alors qu’aujourd’hui, fait que les portes se ferment devant eux ? Toujours est-il que lorsque Marie commence le travail, personne ne leur offre ne serait-ce qu’un coin dans ce que l’évangéliste Luc appelle la salle commune. Personne ne s’inquiète de ce qu’une femme va accoucher dehors. De tous ces voyageurs qui sont là, fatigués, affairés, chacun dans ses soucis, le nez plongé dans sa propre vie au point de ne plus rien voir d’autre, pas un seul ne propose de céder sa place.

Peut-être n’est-ce pas cela. On peut voir aussi dans la discrétion de Marie et Joseph mettant Jésus au monde la marque de cet effacement exemplaire qui caractérise la sainteté. Cela aurait finalement quelque chose de rassurant, et de pas théologiquement faux, de se dire que Jésus, Dieu fait homme, qui a respecté l’humanité au point de laisser intacte la virginité de sa mère, n’a pas voulu déranger l’hôtelier du coin. Cette toute jeune femme accouchant seule avec son époux dans une étable, alors que des dizaines de gens passent sans s’arrêter, ce serait finalement dans l’ordre des choses.

Et mon Dieu, que c’est tentant de se dire cela en voyant dans nos rues tous ceux que l’on fait semblant  de ne pas voir. Comme nos aïeux à Bethléem, il y a quelques 2000 ans.

Mais au plus fort de cette indifférence et de cette marche du monde qui oublie sur le bas-côté le petit, le faible et le pauvre, le cri d’un enfant qui naît.

Un premier cri qui nous annonce l’irréductible solidarité, incarnée dans la chair d’un enfant, de Dieu avec le genre humain, comme le second cri, sur la croix, trente-trois ans plus tard, proclamera la fin de la mort. Et pas à cause de nos mérites, simplement par amour.

Joyeux Noël à toutes et à tous !

(et laissez-moi vous recommander les billets de Noël de Koztoujours sur son blog et de Pneumatis chez les Sacristains)

Par Nystagmus
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Commentaires

Merci Nystagmus pour ce rard différent sur la Nativité qui renvoie cruellement à l'indifférence d'aujourd'hui. C'est une façon de voir qui fait réfléchir et montre coment le Tout Petit est en fait le Plus Grand!

Commentaire n°1 posté par Anne-Laure le 24/12/2010 à 17h36

Joyeux Noël à vous ...

et à tous ceux qui passeront par là.

Merci pour ce billet.

Commentaire n°2 posté par René de Sévérac le 24/12/2010 à 18h31

Merci Nystagmus pour ce billet si plein de foi, de sincérité, rempli de nos propres interrogations. comme un cri du coeur!

Il nous rappele que ce jour de noël ce moment de joie n'est pas juste le 25 /12 mais toute l'année dans notre quotidien et notre regard sur les autres, sur le monde de tous les jours.

Joyeux noël à toi! Passe de Joyeuses fête et que ce petit veille sur toi, ta famille avec amour et grâces.

(marion)

Commentaire n°3 posté par yayon le 25/12/2010 à 10h49

voilà un bien beau sermon!

au temps de saint Paul, chère Natalia, tu serais montée en chair!

Commentaire n°4 posté par Mounier le 04/01/2011 à 18h26

sûrement pas! "que les femmes se taisent dans les assemblées..." ;)

Bonjour à toi cher cousin!

Réponse de Nystagmus le 04/01/2011 à 18h36

effectivement, la citation est sans ambiguité, mais elle sous-entend qu'en un temps éloigné, les femmes prophétisaient dans les églises. Au temps de Marie-Madeleine?

Commentaire n°5 posté par Mounier Thibaud le 05/01/2011 à 15h56

Non, après... et chez les montanistes (précurseurs des pentecôtistes modernes) c'était monnaie courante. Les mauvaises langues disent même que c'est à cause des prophétesses montanistes que le diaconat féminin a été supprimé...

Réponse de Nystagmus le 06/01/2011 à 14h23

Coucou,

Je sais ça arrive comme un cheveux sur la soupe deux semaines après l'événement, mais j'ai une petite variante de ta version à proposer. http://pneumatis.over-blog.com/article-tres-breve-histoire-de-la-nativite-64410782.html

Et puis au niveau timing, ça me permet de rendre un humble hommage à l'Eglise Copte, en ces heures de persécution.

A+

Commentaire n°6 posté par Pneumatis le 06/01/2011 à 16h45

Et il est sacrément fouillé ton billet !

Bravo!

Réponse de Nystagmus le 06/01/2011 à 17h41

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