Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /Mars /2010 11:54

kueng-2.jpgParmi les éructations de Hans Küng dans le Monde, le serpent de mer de la lettre adressée par Joseph Ratzinger aux évêques du monde entier, De delictis gravioribus. Cette lettre, selon ce qu'insinue Hans Küng, impose le secret aux victimes, les empêchant de porter plainte. Reprenons les assertions du bonhomme:

"Jusqu'à présent, presque aucun évêque n'a reconnu sa complicité. Pourtant, chacun pourrait arguer qu'il n'a fait que suivre les consignes de Rome. Au Vatican, sur la base du secret le plus absolu, la discrète Congrégation pour la doctrine de la foi a pris en charge tous les cas graves de déviances sexuelles commis par des membres du clergé qui ont, du coup, abouti sur le bureau de son préfet, le cardinal Ratzinger, entre 1981 et 2005. Le 18 mai 2001 encore, ce dernier adressait aux évêques du monde entier une lettre solennelle sur les pénibles manquements ("Epistula de delictis gravioribus"). Les cas d'abus sexuels y étaient placés sous "secret pontifical" ("Secretum pontificium") et classés comme offense relevant d'une punition ecclésiastique."

Pour couper court (si seulement!) aux élucubrations de ceux qui de toute façon haïssent l'Eglise, voici le texte intégral de cette lettre, pour la première fois en français sur Internet, dans une traduction exclusive que vous pourrez vous amuser à vérifier si le coeur vous en dit
auprès du texte latin. Le premier qui trouve en quoi cette lettre interdit  à une victime de porter plainte auprès des juridictions pénales de son pays gagne un Gaffiot.

Lettre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi aux Évêques et aux autres Ordinaires et Hiérarques des Églises catholiques orientales intéressés par les délits (les) plus graves réservés à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi


Pour appliquer  la loi ecclésiastique, qui énonce dans l'article 52 de la Constitution Apostolique sur la Curie Romaine que « La Congrégation pour la Doctrine de la Foi instruit les délits contre la foi et également les délits d'une part contre les moeurs, d'autre part commis pendant la célébration des sacrements et qui lui ont été rapportés, et quand c'est nécessaire, procède à la déclaration ou à l'imposition des sanctions canoniques, selon les normes du droit, soit commun, soit particulier », il était en premier lieu nécessaire de définir la façon de procéder au sujet des délits contre la foi, ce qui a été fait selon les normes qui ont reçu le nom de Agendi ratio in doctrinarum examine, ratifiées et confirmées par le Souverain Pontife Jean-Paul II, en même temps que les articles 28-29, approuvés en forme spécifique.


À peu près dans le même temps, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, au moyen d'une Constitution instituée ad hoc, accordait son attention à l'étude attentive du canon concernant les délits, dans le Code de droit canonique ou dans le Code des Canons des Église orientales, pour déterminer «  les délits d'une part contre les moeurs, d'autre part commis pendant la célébration des sacrements », et pour parfaire les normes processuelles spéciales pour « la déclaration ou à l'imposition des sanctions canoniques », parce que l'Instruction Crimen sollicitationis, en vigueur jusque là, éditée par la Suprême Congrégation Sacrée du Saint Office le 16 mars 1962, devait être révisée lors de la promulgation des nouveaux codes qui avaientté promulgués.


 

 


Les délits plus graves, soit dans la célébration des sacrements, soit contre les moeurs, réservés à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, sont:


  1. Les délits contre la sainteté du très auguste sacrifice de l'Eucharistie et sacrement, à savoir

  • Le fait de prendre ou de retenir les espèces sacrées à des fins sacrilèges, ou de les jeter à terre

  • Le fait d'attenter l'action liturgique du Sacrifice de l'eucharistie ou de simuler cette dernière

  • La concélébration interdite du Sacrifice de l'eucharistie avec les ministres des communautés ecclésiales qui n'ont pas la succession apostolique et qui ne reconnaissent pas la dignité sacramentelle de l'ordination sacerdotale

  • La consécration à une fin sacrilège l'une des matières sans l'autre lors d'une célébration eucharistique, ou même des deux en dehors d'une célébration eucharistique

     

  1. Les délits contre la sainteté du sacrement de pénitence, à savoir

    - L'absolution d'un complice du péché contre le sixième commandement du Décalogue

    - Le fait de solliciter en acte soit à l'occasion d'une confession soit sous prétexte d'une confession le péché contre le sixième commandement du Décalogue, si cela est dirigé vers le péché avec le confesseur lui-même

    - La violation directe du sceau sacramentel


  1. Les délits contre les moeurs, à savoir le délit contre le sixième commandement du Décalogue commis par un clerc avec un mineur âgé de moins de dix-huit ans


Seuls ces délits, qui ont été décrits plus haut avec leur définition, sont réservés à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.


Chaque fois qu'un Ordinaire ou un Hiérarque a une connaissance pour le moins vraisemblable d'un délit réservé, après avoir mené une investigation préalable, qu'il la fasse connaître à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi qui, si elle ne se réserve pas la cause en raison de circonstances particulières, ordonne à l'Ordinaire ou au Hiérarque de poursuivre la procédure à travers son propre tribunal en transmettant les normes opportunes. Le droit de faire appel de la sentence en première instance, soit de la part de l'accusé soit de la part du représentant de l'accusé soit de la part du Promoteur de Justice demeure valide uniquement auprès du Tribunal Suprême de cette même Congrégation.


Il faut noter qu'une action criminelle au sujet des délits réservés à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi est éteinte par une prescription de dix ans. La prescription court selon la norme du droit universel et commun; mais dans le cas d'un délit commis par un clerc sur un mineur, la prescription commence à courir à partir du jour où le mineur a achevé sa dix-huitième année.


Dans les Tribunaux établis par des Ordinaires ou des Hiérarques, seuls des prêtres peuvent validement remplir pour ces procès-ci les charges de Juges, de Promoteurs de Justice, de notaire. Quand le procès devant le tribunal est terminé, de quelque manière que ce soit, tous les actes de la cause doivent être transmis ex officio le plus rapidement possible à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.


Tous les tribunaux de l'Église Latine et des Églises Orientales Catholiques doivent observer les canons au sujet des délits et des peines et aussi au sujet des processus pénaux de leurs Codes respectifs en même temps que les normes spéciales qui doivent être transmises par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi pour chaque cas singulier et qui sont à appliquer entièrement.


Les causes de ce genre sont soumises au secret pontifical.


À travers cette lettre, transmise par mandat du Souverain Pontife à tous les évêques de l'Église Catholique, aux supérieurs généraux des instituts religieux cléricaux de droit pontifical et des sociétés de vie apostolique cléricales de droit pontifical, et aux autres Ordinaires et Hiérarques intéressés, il est espéré / souhaité non seulement que de plus graves délits soient entièrement évités mais que surtout les Ordinaires et les Hiérarques accordent un soin pastoral attentionné à s'occuper de la sainteté des clercs et des fidèles même au moyen des sanctions appropriées.


À Rome, du siège de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 18 mai 2001,


Joseph, cardinal Ratzinger, préfet

Archévêque Tarcisio Bertone, SDB


Commentaires:

1/ On le voit, cette lettre ne traite pas un instant de la justice pénale laïque, mais de justice ecclésiastique, ce qui est l'apanage de la Commission pour la Doctrine de la Foi.

2/ Cette lettre impose à toutes les parties le secret durant l'instruction devant le tribunal ecclésiastique, et aucunement le fait de ne pas porter plainte devant une juridiction pénale. Faut-il rappeler que le secret de l'instruction est une condition indispensable à la tenue d'une justice sereine?

3/ Je ne puis croire qu'Hans Küng soit si mauvais latiniste qu'il traduise "delictibus gravioribus" par " pénibles manquements", alors que la traduction correcte est "les délits les plus graves". Comment expliquer cette traduction, sinon par une volonté claire d'insinuer que l'Eglise considère la pédophilie comme simplement "pénible"? C'est de la mauvaise foi éhontée.

Par Nystagmus - Publié dans : Catholicisme
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Commentaires

Si je peux me permettre une suggestion pour "compléter" ce billet, le fait que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi se réserve l'examen final des cas de pédophilie dans l'Église devrait justement montrer l'importance qu'elle y apporte, ce qui est tout le contraire de l'interprétation de Hans Küng.

J'ai également fouillé le site du Vatican et le code de droit canonique de 1983 en latin: le terme de délits englobe ce que nous appelons en français délits mais également ce que nous appelons crimes (il parle notamment de "delictis contra hominis vitam"). Cette précision est pour couper court à toute objection susceptible d'être produite sur le terme "délits".

J'ai aussi fouillé le code de droit canon (en latin) et les comparatifs et superlatifs pour voir s'il y avait des termes plus forts que "graviores" pour qualifier des délits, et, a priori, il n'y en a pas. Les délits dont parle cette lettre sont bien, à mon avis, ceux que l'Église, le droit canon et tout le toutim considèrent comme les plus graves, dans deux domaines très différents.
Commentaire n°1 posté par La traductrice le 07/03/2010 à 18h17
Merci Natalia, et "la traductrice", pour cette version française bienvenue.
Commentaire n°2 posté par Koz le 07/03/2010 à 22h44
Impeccable traduction! Je me permets de signaler seulement quelques coquilles ou améliorations possibles:

- enlever "s" à "succession apostoliques"
- préférer "absolution du complice" à "absolution d'un complice": c'est la formule habituelle (cf. Code de droit canonique, c. 977); le cas est celui d'un prêtre qui absout en confession une personne qui a été son complice dans la faute en question
-  il y a un "qui" de trop dans la phrase "Chaque fois qu'un ordinaire ou un hiérarque, etc."
- on dit "promoteur de justice" (promotor iustitiae"); sa fonction est définie dans le Code aux canons 1430-1431
- on dit "notaire", plutôt que greffier
- et "cause" plutôt que "dossier"
- j'ai un doute pour traduire "vel eius Patroni", mais il me semble plus vraisemblable de traduire par "représentant" (parent, tuteur ou curateur, par exemple), que par "défenseur" (d'ailleurs, il faut traduire "reus" par "l'accusé", non par "la partie")

Améliorations:
— Dans le 2° paragraphe du préambule: "accordait son attention à l'étude des canons concernant les délits dans le Code de droit canonique ou dans le Code des canons des Eglises orientales)" [il s'agit du code valant pour l'Eglise latine, d'une part, pour les Eglises orientales d'autre part];
— À la fin du même §: "devait être révisée en fonction des nouveaux codes qui avaient été promulgués" [en 82, pour le Code de droit canonique, en 90 pour le Code oriental]

Voilà, voilà: mais un immense merci pour ce document exclusif! En espérant que Hans Küng vienne traîner par ici, histoire de s'instruire un peu… 
Commentaire n°3 posté par Philarête le 08/03/2010 à 14h42

Merci des remarques! je corrige!

Réponse de Nystagmus le 09/03/2010 à 16h21
After thought, après avoir lu le commentaire n° 1 (de "la traductrice"): en effet, "délits" couvre toutes les fautes passibles d'un procès pénal (ecclésiastique); le terme de "crime" n'a cours qu'en droit séculier.

À noter aussi que dans les graviora delicta, les gravissima, si je puis dire, sont du point de vue ecclésiastique d'abord ceux qui concernent directement la foi et l'unité de l'Eglise (apostasie, hérésie, schisme). Cela dit, je ne pense pas qu'il y ait une hiérarchie particulière: plutôt un certain ordre dans la codification, qui impose de commencer par les premiers commandements du Décalogue.
Commentaire n°4 posté par Philarête le 08/03/2010 à 14h51
Il me semble que Hans Küng est allemand, non ? Il serait peut-être intéressant de voir comment il traduit le latin dans sa langue, avant de le condamner à travers son traducteur. 
Commentaire n°5 posté par Alain Dromic le 08/03/2010 à 15h36
Judicieuse remarque. J'aurais dû préciser que Küng a repris ces propos dans différentes interviews à d'autres journaux européens, en Italie et en Grande-Bretagne notamment. Mais merci de me permettre de préciser cela.
Réponse de Nystagmus le 09/03/2010 à 16h25
Bonjour,

Merci d'avoir posté dans votre blog la version française intégrale de la lettre en question, ce qui permet de s'exprimer "sur pièce".
Travaillant (entre autres sujets) sur ces sujets institutionnels, je ne prends position ni pour ni contre l'Êglise, ni pour ni contre Hans Küng, mais avec le seul souci de la recherche d'analyses et d'actes institutionnels qui permettent à la fois la prévention des risques et la gestion des tragédies lorsqu'elles surviennent.

1 - Le discours tenu dans cette lettre mentionne exclusivement les procédures internes à l'Eglise de A à Z. A aucun moment, le texte ne mentionne les procédures civiles" (je veux les procédures du pays dans le domaine pénal).
Vous en concluez que la lettre n'interdit aucunement à quiconque dans l'Eglise de le faire auprès de la justice civile "la pus proche"...Désolé de vous dire qu'on peut aussi interpréter dans l'autre sens, lorsqu'il est dit
1- "les délits les plus graves(...) sont réservés à la Congrégation puor la Doctrine de la foi"(...);
2 - "Les causes de ce genre sont soumises au secret pontifical". Est-ce que vous voulez dire le secret pontifical peut/aurait pu/ aurait dû s'accompagner de la plainte au juge d'instruction d'un quartier de Romorantin ?

Voulez-vous donc dire que tous les êvêques qui, après lecture de cette lettre, se sont tus devant la justice de leur pays, ont donc fait une erreur d'interprétation, que c'est leur problème et qu'après tout, ils doivent se débrouiller avec la justice de leur pays et que ce n'est pas le problème de l'Eglise ?

Comment voulez-vous éviter que les vulgum pecus que nous sommes interprétent autrement la lettre de Ratzinger que dans le sens : " les délits les plus graves (selon votre traduction) sont réservés comme une affaire d'Eglise, et donc seule l'Eglise peut juger" - argument qu'utilisent certains prêtres au cour de leur procès en Assises : " Je n'accepte que le jugement de Dieu".

Comment est-il concevable que de nos jours une lettre "d'autorité" (et pas  n'importe laquelle, car la précédente fonction de Benoit XVI, avant qu'il ne devienne pape, n'était pas vraiment un rôle d'animation culturelle...) ne mentionne en rien les mesures de prévention qui doivent être prises par tout responsable institutionnel, sinon " un soin pastoral attentionné à s'occuper de la sainteté des clercs et des fidèles même au moyen de sanctions appropriées."
Pas un mot de conseil pratique de prévention, ni de ligne directrice sur que faire en cas de tragédie ???

Mais on sait aussi que ces actes criminels sont pas l'apanage de l'Eglise...
http://bboeton.wordpress.com/2006/05/08/la-chute-du-mur-de-lhumanitaire/
Cordialement.
Commentaire n°6 posté par BOETON Bernard le 09/03/2010 à 16h14
Merci de vos remarques.
Sur ceci:

A l'époque, Benoît XVI était préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi. Les attributions de cette congrégations sont celles d'un tribunal pénal ecclésiastique. C'est donc en tant que magistrat suprême de la cour pénale ecclésiastique, que Benoît XVI transmet dans cette lettre, non pas au "vulgum pecus" mais aux évêques, qui sont les seuls destinataires de cette missive, le "code de procédure pénale" concernant les délits les plus graves. Il y explique qu'il est hors de question que les évêques cherchent à régler dans leur petit coin ces délits, mais que ceux-ci sont passibles de la plus haute cour pénale ecclésiatique, à savoir la Congrégation pour la doctrine de la Foi.

Dans un courrier de procédure, il est normal qu'il ne soit pas question de prévention - je dirais même que c'est rassurant.

De plus, que certains évêques aient pu mal interpréter cette missive, c'est bien possible, encore qu'il ne me souvienne guère d'avoir entendu dans la bouche d'un évêque, concernant la pédophilie, "je n'accepte que le jugement de Dieu".

Enfin, que le vulgum pecus, comme vous dites, pense que cette lettre signifie ceci ou cela, c'est très possible, tout le monde n'est pas canoniste. Mais que Hans Küng, théologien éminent, latiniste distingué, fasse croire que cette lettre incite les évêques à étouffer les affaires de pédophilie, c'est autre chose. Et c'est de cette dernière dont il est question ici.
Réponse de Nystagmus le 09/03/2010 à 17h15
Vous parlez de Gaffiot dans votre article, vous êtes donc un érudit... qui devrait savoir que gravior est le COMPARATIF de gravis et NON son superlatif (qui est gravissimus). Le "les" que vous mettez entre parenthèses dans le titre ne doit donc pas paraître du tout. Il s'agit de "plus grave" et non "les plus graves" (élucubration trompeuse que ce "LES", cher Monsieur)!
D'autre part, le Gaffiot donne quelques exemples qui donnent à penser que Hans Kung n'est pas d'aussi mauvaise foi que vous le dites :
- gravioribus bellis : des guerres UN PEU difficiles
- verbum gravius : parole UN PEU dure
- auctoritate graviores homines : des hommes ayant PLUS de poids par leur prestige (et non le plus)
- gravius onus : une charge PLUS lourde
En revanche : gravissimum supplicium : le supplice LE PLUS rigoureux
De delictis gravioribus signifie donc Des fautes un peu graves ou, si on a déjà parlé avant de fautes vénielles : Des fautes plus graves.
Mais JAMAIS : des fautes les plus graves.
Désolé !
Commentaire n°7 posté par Jonas le 10/03/2010 à 13h39
Bonjour,
1/ M'appeler "cher Monsieur" est très gentil, mais je préfèrerais "chère Madame".
2/ Trouvez-moi des délits considérés comme plus graves par l'Eglise, dans ce texte ou ailleurs, et nous reparlerons comparatif / superlatif.
Cordialement.
Réponse de Nystagmus le 10/03/2010 à 13h54
Chère Madame (mille excuses !)
Je n'ai pas envie de chercher et m'en tiens à la garammaire latine.
La traduction ne peut être que : UN PEU graves ou PLUS graves.
Mais sûrement pas : LES PLUS (ni TRES) qui sont tous deux ABSOLUMENT impossibles grammaticalement.
Mais je note que dans les deux cas (UN PEU graves ou PLUS graves)  Hans Küng n'est peut-être pas aussi abominable qu'il ne vous paraît...
Commentaire n°8 posté par Jonas le 10/03/2010 à 14h07
Excuses acceptées ;)
Vous aurez certainement remarqué que la traduction proposée met entre parenthèses le terme incriminé: les délits (les) plus graves, afin de signaler au lecteur latiniste le choix de traduction qui a été fait. Ce choix de traduction repose sur le fait que dans cette lettre, Joseph Ratzinger parle non pas des délits ecclésiastiques quels qu'ils soient, mais des délits plus graves, les moins graves ne relevant pas de sa compétence de préfet de la CDF. Il s'agit bien donc des délits les plus graves, et la liste le prouve.
Je ne pense pas que Küng soit "abominable". Simplement, il traduit de delictis gravioribus par "pénibles manquements", ce qui, vous en conviendrez, est une traduction pour le coup totalement fantaisiste.
Réponse de Nystagmus le 10/03/2010 à 15h18
Vous écrivez : "Simplement, [Küng] traduit de delictis gravioribus par "pénibles manquements", ce qui, vous en conviendrez, est une traduction pour le coup totalement fantaisiste."
Oui et non ! Car :
- vous parlez là d'une traduction allemand-français, sujette à une 2e interprétation après la traduction latin-allemand.
- il faut noter que delictum vient du verbe delinquere, qui selon le Gaffiot (toujours lui) signifie faire défaut, faire faute (synonyme de défaut), manquer ; et dans un message précédent j'ai évoqué l'exemple gravioribus bellis : des guerres un peu difficiles...
Ces manquements un peu difficiles, ou graves sont-ils loin des pénibles manquements ? Je ne pense pas !
Commentaire n°9 posté par Jonas le 10/03/2010 à 15h30
À Jonas

Pardonnez-moi d'intervenir dans votre échange avec notre hôte, mais vos remarques sur "graviora" sont, je le crains, très peu fondées. En l'occurrence, il s'agit d'un point de grammaire latine (sur le degré comparatif des adjectifs), sujet sur lequel le Gaffiot n'est d'aucune utilité: il ne fait que recenser des traductions possibles, mais ce n'est pas le but d'un dictionnaire d'indiquer la norme grammaticale.

En l'occurrence, il n'y a aucun doute sur le fait que les graviora delicta sont les délits les plus graves ou, si l'on veut, les délits particulièrement graves, dans le domaine considéré (celui des mœurs). C'est la seule manière de traduire un comparatif employé seul, comme c'est le cas dans la phrase en question. Graviora indique que, dans la catégorie des délits, on s'intéresse aux plus graves d'entre eux, par opposition implicite au reste des délits.

C'est la même construction que lorsqu'on dit seniores pour parler des plus anciens d'un groupe de personnes, ou priores pour désigner les plus importants.

Je m'avise à l'instant que, dans la traduction ci-dessus, la première phrase du 1er paragraphe a omis de traduire le fameux graviora: il faut bien sûr rétablir comme suit.

La Congrégation pour la Doctrine de la Foi instruit les délits contre la foi et également les plus graves délits contre les mœurs, d'une part, et d'autres part ceux commis pendant, etc."
Commentaire n°10 posté par Philarête le 10/03/2010 à 18h13
@ Jonas

Grammaticalement parlant, si la traduction par "des délits très graves" est en effet impossible, la traduction " des délits les plus graves" n'est pas à exclure pour autant. Si vous êtes aussi latiniste que vous le prétendez, vous devriez connaître l'emploi du comparatif à la place du superlatif quand il s'agit de deux groupes, de deux choses, deux personnes (exemple: ualidior manuum, la plus forte des deux mains). Si on fait l'hypothèse que le rédacteur du texte a classé les délits qui relèvent de la justice ecclésiastique en deux groupes, ceux réservés à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et les autres, alors on peut traduire "delictis grauioribus" par "les délits les plus graves".
Et entre "manquements" et "délits" (le terme délit désignant tout ce qui est sanctionnable par la justice, même le meurtre), vous conviendrez qu'il y a un gouffre.

Cordialement.
Commentaire n°11 posté par La traductrice le 10/03/2010 à 18h22
À Jonas, toujours

Faut savoir jeter l'éponge, cher ami. Dans un texte juridique, la seule traduction possible de "delictum", c'est "délit". On n'a pas affaire au discours d'une maîtresse d'école dans la cours de récré, là, mais au décret d'application d'une loi ecclésiastique (cf. début du texte "Ad exsequendam, etc."

Nystagmus a peut-être fait une erreur en parlant du Gaffiot: on semble croire qu'il suffit de feuilleter un dico pour traduire un texte de latin canonique… La traductrice, elle, connaît visiblement son affaire.

Quant à ce que Hans Kung lui-même a voulu dire, voici la phrase en allemand:
"Dieser sandte noch am 18. Mai 2001 ein feierliches Schreiben über die schweren Vergehen ("Epistula de delictis gravioribus") an alle Bischöfe der Welt…" (ici: http://www.sueddeutsche.de/politik/309/504521/text/)
Mes compétences s'arrêtant au latin, je laisse à d'autres le loisir de poursuivre l'enquête… 
Commentaire n°12 posté par Philarête le 10/03/2010 à 18h53
Mes compétences en latin sont quasiment inexistantes... mais dès lors que l'allemand est en jeu...

Dieser sandte noch am 18. Mai 2001 ein feierliches Schreiben über die schweren Vergehen ("Epistula de delictis gravioribus") an alle Bischöfe der Welt…

se traduit par:
Celui-ci envoyait encore le 18 mai 2001, une lettre solennelle sur [relative à] les graves* délits à tous les Evèques du monde.

NB: Mon dictionnaire laisse en réalité le choix entre lourd et grave pour la traduction de schwer, et on peut ainsi y lire ceci:
Schwer: lourd(e) "peser lourd'.
Schwer: Verletzung: grave.

Etant entendu que Verletzung veut dire blessure et qu'il m'est avis que la pédophilie est bien source de blessures, la deuxieme traduction me semble bien plus judicieuse....
Commentaire n°13 posté par Constance le 10/03/2010 à 19h11
merci copinette... ;)
Le Monde aurait donc trahi (et non traduit) Hans Küng sur ce point... Ce n'était pas assez saignant tel quel... Ah! Le Monde, quel grand journal, décidément... Rigoureux et pas du tout bouffeur de curés.
Réponse de Nystagmus le 10/03/2010 à 19h19
Bonsoir,

Je m'étonne que l'on s'étonne de ce genre de procédé.
La "monnaie courante" n'est plus contestable en tant qu'acceptée par tous.
La grande majorité des médias laïcs utilise des mots en contresens sur
un ton discursif d'apparence légère ou anodine, voire des formules incomplètes contenant des assertions non vérifiées.
Cela permet, par la distorsion du langage et l'uniformisation de la pensée
de faire croire à un message nouveau (certains disent "djeun'ss")
Plus grave, cela autorise tous les déviationismes et permet d'ancrer des "idées"
subversives dans les cerveaux supposées porter la vérité.
A noter d'ailleurs que pour s'en convaincre on parle maintenant de "vérité vraie".
Ainsi en a-t-il déja été pour notre cher Pape lors de "l'affaire" sur ses propos soi-disant contre l'Islam!
Mais Jésus ne nous a-t-il pas prévenus que cela devait arriver?
L'Esprit Saint est trop beau et trop pur pour laisser indifférent..
Commentaire n°14 posté par Gilles Priollet le 15/03/2010 à 17h27

J'arrive sans doute un peu tard mais si mes souvenirs de latin sont bons, non seulement le comparatif a valeur de superlatif lorsqu'il s'agit de deux groupes (ualidior manuum), mais encore lorsqu'il n'a pas de complément, il se traduit non pas par "plus" mais par "particulièrement" ou "trop".
Par ailleurs, merci pour ce blog que je viens de découvrir.

Commentaire n°15 posté par Isabelle le 19/03/2010 à 09h38

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