Partager l'article ! Qui défend la vie des gays en Ouganda? L'Eglise catholique: C'est un bel homme au regard clair, au sourire chaleureux, qui arbore fièrem ...
C'est un bel homme au regard clair, au sourire chaleureux, qui arbore fièrement à son revers le ruban rouge de la lutte contre le Sida. Confronté tout jeune à la mort par la maladie de sa soeur, puis de son frère, dans un pays relativement épargné par l'épidémie (5,49% des 15-49 ans infectés, contre 24,1% au Botswana par exemple), il s'est lancé dans un combat sans merci contre le rétrovirus.
Ça, c'est le côté pile. Un côté pile pour
lequel on serait prêt à lui décerner le Nobel. Mais côté face, ce prédicateur évangélique, fondateur de sa propre Eglise, l'Eglise des Rachetés, marié et père de quatre enfants, est
un illuminé qui se sert du SIDA pour appeler au meurtre des homosexuels. E il n'y va pas avec le dos de la cuillère pour rallier à sa cause : il va jusqu'à exhiber des photos pornos en chaire.
C'est qu'il ne fait pas bon vivre en Ouganda, homosexuel ou pas. Ce petit pays agricole, où la moitié de la population a moins de quinze ans, est un PPTE, selon le jargon onusien: un Pays
Pauvre Très Endetté. Dans le classement de l'IDH du Plan Nations Unies pour le développement, il arrive à la 157e place sur 182. La partie Nord du pays a été décimée par une guerre civile
menée par un gourou (encore), Joseph Kony, qui a fondé une secte sanglante,l’Armée de Résistance du Seigneur, qui a pour particularité de compter dans ses effectifs près de 80% d’enfants soldats,
c’est-à-dire environ 20 000 enfants enlevés et embrigadés. Selon un rapport de 2005 de l’UNICEF, près de 40 000 enfants des villes et villages du Nord sont contraints de se cacher dans les rues la nuit pour ne pas être kidnappés et enrôlés de force. Cette épouvantable guérilla, qui prétend vouloir imposer les
10 commandements au pays, est à l’origine de dizaines de milliers de viols, mutilations et meurtres. Kony est sous le coup d’un mandat d’arrêt délivré
par le Tribunal pénal international ; sa rébellion ensanglante à présent l’Est de la RDC et le Sud-Soudan (qui n’en avaient pas vraiment besoin), et dans l’épicentre de la rébellion, 80% de
la population vit dans des camps de réfugiés.
Les pogroms, on le sait, prospèrent sur la misère. En République démocratique du Congo voisine, les boucs émissaires sont des enfants, accusés d'être sorciers. Une maladie?
un décès? un emploi perdu? C'est la faute d'un des enfants, souvent issu d'un premier mariage, ou handicapé, etc. Ces gamins, quand ils échappent au supplice du collier (un pneu autour de la
poitrine que l'on enflamme) grossissent les rangs des enfants des rues de Kinshasa.
En Tanzanie (autre pays limitrophe de l'Ouganda), ce sont les personnes
albinos qui font les frais de la crise. Depuis 2007, rien que dans ce pays, ce sont cinquante personnes qui ont été assassinées, pour la plupart des enfants, et leurs organes génitaux vendus
au marché noir. Il paraît que celui qui achète ces tristes trophées est assuré de devenir riche. Au Bénin, ne naissez pas avec une dent,
sans pleurer ou par le siège: vous risquez votre peau.
On pourrait ainsi longuement dérouler la liste de tout ce à quoi la misère pousse une population désespérée. Et l’Afrique n’en a pas le monopole : le mot pogrom, par exemple, n’est pas d’origine africaine. Mais il ne fait pas bon se montrer un tant soit peu différent dans l’Afrique d’aujourd’hui. Et les gouvernements locaux, ravis de n’être pas désignés comme responsables de la misère criante de leurs pays, observent au mieux un silence coupable.
Mais pour comprendre ce qui se passe en Ouganda, il est nécessaire de prendre la mesure d’un autre phénomène, qui touche là encore un certain nombre de pays subsahariens : la rancœur anti-européens. A bout d’espoir et à court d’avenir, beaucoup d’Africains s’en prennent à l’Occident, sentiment sur lequel les politiciens jouent habilement quand ils ne l’érigent pas en méthode de gouvernement comme le fit Robert Mugabe au Zimbabwe.
Il faut dire que les Africains ne sont guère dupes. Ils savent bien que les dictateurs et autres présidents à vie qu’ils supportent tant bien que mal sont le fruit d’une certaine politique occidentale de « stabilité ». Mais ne pouvant se rebeller contre ces pouvoirs, ils s’en prennent aux mœurs occidentales, parmi lesquelles, selon eux… l’homosexualité.
Voilà pourquoi et comment la chasse aux
homosexuels, réels ou supposés, est devenue la priorité de gens dont on aurait pu penser que manger serait leur première préoccupation. Ce (res)sentiment a très vite été récupéré par les
politiques. Et c’est dans ces conditions que l’honorable David Bahati, député,
a déposé le 25 septembre 2009 un projet
de loi qui allait faire le tour du monde en quelques heures sous le nom d’Anti-Homosexuality Bill. Particularité de ce projet, il durcissait une
loi ougandaise déjà salée en proposant, non plus d’emprisonner à vie, mais de condamner à mort les homosexuels.
Et les églises, dans tout ça ? Hé bien les églises, jusque-là, étaient à peu près d'accord pour promouvoir ensemble le fameux programme ABC dont on a tant parlé lors de la controverse papale sur le préservatif et l’Afrique, un programme basé sur l’abstinence et qui avait permis à la population ougandaise de faire chuter drastiquement son taux de contamination par le virus HIV. Notre Martin Ssempa, que nous avions presque oublié, voulu faire encore mieux. Partant du paradigme homosexualité=sida, il a fondé la Task Force Against Homosexuality. Et il est devenu le plus fervent partisan de ce projet de loi.
Ce n’est pas très étonnant en contexte
africain. Les sectes, qui n’ont bien souvent d’évangéliques que le nom – et qui n’ont le plus souvent strictement rien à voir avec les évangéliques occidentaux, qui sont de paisibles chrétiens
quoi qu’en disent les journaux en mal de calottes à abattre – pullulent en Afrique (voir encadré à la fin du billet). Dans l’affaire des « enfants sorciers » du Congo-RDC, par
exemple, elles portent une responsabilité directe. Et il semble que cette
responsabilité soit lourde également dans la furie anti-homos qui s’abat en Ouganda et sur une partie de l’Afrique. Un prêtre anglican zambien, le Rvd
Kapya Kaoma témoigne ainsi :
Martin Ssempa est l’archétype de ce nouveau genre de pasteurs. Il a reçu une formation théologique à la Philadelphia Biblical University, aux Etats-Unis.
Il est entouré, dans sa Task-Force against Homosexuality, de plusieurs "personnalités religieuses". Notamment « l’évêque » David Kiganda, un pasteur pentecôtiste local, qui semble avoir bien du mal à s’appliquer à lui-même la stricte loi morale qu’il prêche ; de Peter Claver Matovu, représentant de l’Eglise du Septième jour (une secte n’ayant rien à voir ni avec les adventistes, ni avec les baptistes du septième jour), et d’une dizaine d’autres pasteurs de dénominations plus ou moins obscures.
Là où c’est plus ennuyeux, c’est que Martin Sempa se
présente également sur son site Internet comme le porte-parole de l’Eglise anglicane locale, de l’Eglise orthodoxe, d’un groupe musulman mais également… de l’Eglise catholique romaine. Voici
ce qu’on peut trouver sur son site :
The taskforce represents:
The National Fellowship of Born again Churches, the Seventh Adventists Church, the Uganda Joint Christian Council which also
represents: The Orthodox Church in Uganda, the Roman Catholic Church in Uganda, the Islamiic Office of Social Welfare in Uganda.
Pas mal. Vous avez vu la manip’ ? Il représente
le Conseil chrétien uni en Ouganda qui lui-même représente, entre autres, l’Eglise catholique romaine.
Pas mal, sauf que… c’est faux.
Dans les médias occidentaux, la lettre
ouverte signée par la Task Force again Homosexuality (et donc de
facto par l’Eglise catholique en Ouganda) défendant les délires meurtriers de Martin Ssempa a fait le tour des rédactions gaies (comme ici,) ou évangéliques. Charisma, le plus grand magazine évangélique-charismatique,
a repris l’info sans broncher.
Or, si l’Eglise catholique est observatrice et non membre de conseils de ce genre, comme le Conseil œcuménique des Eglises par exemple,
ce n’est pas pour rien. C’est parce que les seules personnes habilitées à parler en son nom sont le Pape et les évêques, en un mot le
magistère.
Et en l’occurrence, l’Eglise catholique, par la voix
de son observateur permanent à l’ONU (car là encore le Saint-Siège bénéficie d’un statut spécial qui lui permet de faire entendre sa voix dans le concert des nations sans que les nations
puissent parler en son nom), a pris une position radicalement différente de la position de la clique de Ssemba.
Je vous la cite (à nouveau) ici:
"[…]Comme on l’a affirmé au cours du débat à l’Assemblée générale, le Saint-Siège continue de s’opposer à toutes les violations graves des droits humains contre les personnes homosexuelles, comme le recours à la peine de mort, à la torture et à toute forme de pénalisation cruelle, inhumaine et dégradante. Nous nous opposons, en particulier, à ce que les lois criminalisent et pénalisent l’homosexualité, car cela est contraire à la dignité fondamentale de la personne humaine.
Comme d’autres orateurs l’ont affirmé
aujourd’hui, le recours au meurtre et à la violence contre des personnes homosexuelles est à condamner de façon absolue, surtout lorsque ces mesures sont décrétées par un État. Même si la
position du Saint-Siège sur les concepts d’orientation et d’identité sexuelles sont bien connues, nous demandons que tous les États et toutes les personnes respectent et se fassent un
devoir de promouvoir les droits, la dignité et la valeur de chaque être humain."
Et histoire d'enfoncer le clou, voici la position du primat d'Ouganda,
le cardinal Lwanga, archevêque de Kampala,
et , dont je ne citerai qu’un extrait : « En tant que catholiques, nous avons pour mission de tendre la main à tout le peuple de Dieu. Comme le Christ l’a montré,
personne n’est inaccessible à l’amour et à la miséricorde de Dieu. » Et le journaliste de commenter : « Dans un pays où l'homosexualité est taboue et où de nombreux
prédicateurs ont condamné les homosexuels, les propos de Mgr Lwanga sont une opposition inattendue à [ce] projet de loi […] »reproduite dans The Monitor, le principal quotidien ougandais
A noter que l'Eglise catholique est la seule institution ougandaise, hors associations gaies, à défendre en Ouganda même les droits des homosexuels. L'Eglise anglicane ougandaise soutient la
loi, même si elle trouve que la peine capitale est un peu excessive, toujours selon The Monitor. Avouez que c'est effectivement... inattendu.
Au Cameroun, une
légilastion anti-sectes
Yaoundé, 20 juillet 2008 (Apic) Le gouvernement du Cameroun assainit le
milieu religieux. Son ministre de l'Administration territoriale et de la
décentralisation, Hamidou Yaya Marfa, a publié le 11 juillet dernier, une
liste 81 associations religieuses, Eglises chrétiennes et institutions
religieuses officiellement reconnues par le gouvernement. Cette mesure vise
à mettre fin à la prolifération des nouvelles religions au Cameroun. Le
nombre exact de ces sectes chrétiennes est difficile à établir faute de
statistiques fiables.
Selon "Le Quotidien Mutations" de Yaoundé, seules 46 d’entre elles
sont désormais déclarées légales. Pour le journal anglophone camerounais en
ligne www.postnewsline.com, il y a "des centaines" d’associations
religieuses chrétiennes au Cameroun. Nombre d’entre elles viennent du
Nigeria voisin et exercent leurs activités dans "l'illégalité totale". Sur
les 81 associations, Eglises chrétiennes et institutions religieuses, il y a
46 Eglises protestantes et pentecôtistes opérant dans le cadre de la loi au
Cameroun.
Dans un communiqué accompagnant cette liste, le ministre précise:
"dans un cadre de clarification et de transparence engagée par le
gouvernement, il est rappelé à l'opinion nationale et internationale, les
organisations religieuses reconnues au Cameroun".
A cet égard, a-t-il poursuivi, il est "demandé aux Camerounais et
aux étrangers résidant dans le pays, de faire preuve de vigilance en ce qui
concerne la prolifération des associations et des groupes à caractère
religieux". Le but du communiqué est de "sensibiliser et de mettre en garde"
les populations et les étrangers contre les groupes religieux illégaux dans
le pays.
Citant une source du ministère de l'Administration territoriale, le
journal "Postnewsline" a rappelé que c’est la deuxième fois en trois ans
qu’une telle mesure est prise par le gouvernement.
Selon cette même source, depuis 2006, aucun organisme religieux n’a
été autorisé par le Président de la République. En conséquence, l’Etat va
sévir contre les activités frauduleuses des sectes non autorisées et qui se
sont développées ces dernières années. Une équipe de contrôle sera déployée
à travers le pays pour vérifier, identifier et rechercher les responsables
d’Eglises qui agissent sans document légalement signé par le Président Paul
Biya. Ils seront sanctionnés conformément à la loi.
De l’avis du ministère de l’Administration territoriale, la forte
progression des Eglises chrétiennes au Cameroun a de "fortes raisons
économiques plutôt que de réellement servir Dieu".Toujours selon
l'administration, ces "Eglises" font de l'extorsion de fonds.
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