Partager l'article ! Supplique à ma tante, en forme de lettre d'une nièce préoccupée: Ma chère tante, L’idée de cette lettre m’est venu ...
Ma chère tante,
L’idée de cette lettre m’est venue en lisant cette réaction aussi outrée qu’outrancière sur le billet de mon ami Chafouin chez les Sacristains. Et comme le prologue du dernier livre de Jean-Pierre Denis m’a beaucoup amusée(tu peux le lire ici), j’en ai pastiché le titre
Je t’ai croisée aux Etats généraux du christianisme. Tu étais venue assister au débat (d’excellente qualité par ailleurs) entre Xavier Lacroix et Pascal Bruckner sur le couple. Avec un groupe d’amis, tu observais l’assemblée nombreuse et, remarquant la majorité de têtes grisonnantes, blanches ou teintes, tu demandais, mi-gouailleuse mi-intriguée, à ton voisin : « C’est bien beau, mais ils sont où, les jeunes ? »
Je te rassure : s’ils n’étaient pas là les jeudi et vendredi, ils vinrent le samedi, et lors de la Nuit du christianisme ils étaient nombreux. Mais c’est une réflexion que tu t’es probablement déjà faite dans ta paroisse, comme je me la suis faite dans la mienne, pourtant fort pourvue en jeunes familles nombreuses et idéalement placée à côté d’une immense résidence universitaire : le jour où les têtes chenues auront disparu, combien serons-nous autour de l’autel ?
« Ils sont où, les jeunes ? » Il n’y a pas que dans l’Eglise, finalement, qu’on entend cette même question, sur ce même mode mi-paternaliste mi-inquiet. Syndicats, associations, partis politiques, même les francs-maçons, à ce que j’entends dire, sont à la recherche de sang neuf. Mais le fait que la tendance soit très probablement générale n’enlève rien à la question que toi et moi nous posons : où est-elle, l’Eglise de demain ?
Pour tenter de répondre à cette question, il me faut partir de ton enfance à toi.
Vois-tu ma tante, quand je rentre dans un confessionnal, je ne me revois pas enfant, âgée de six ou sept ans, à ma séance d’examen de conscience hebdomadaire et obligatoire, ma liste de péchés plus ou moins cochée sous le bras et la mort dans l’âme. Je n’ai pas vécu tes traumatismes, et je vois un lieu et un rite dont j’ai découvert il n’y a pas si longtemps qu’ils pouvaient encore servir malgré leur relégation dans le fond poussiéreux de la sacristie et durant les grandes fêtes.
Toi, dans les grandes bâtisses de bois et de béton que tu as investies avec ferveur, tu as banni les bancs à prie-Dieu, frissonnant encore des cals aux genoux hérités de l’école des Ursulines . Moi qui aimerais bien m’agenouiller durant la consécration, à la messe, il me faut le faire sur ces fameuses dalles de ciment incrustées de galets chères aux imitateurs de Le Corbusier, mosaïques modernes que je ne comprends pas.
Toi, quand tu entends un chant en latin, tu revis intensément le long ennui de tes dimanches arides, à devoir rester immobile et affamée durant plus d’une heure à écouter un prêtre en chasuble marmonner en te tournant le dos. Moi, quand j’entends certains chants de l’école Gianadda/Akepsimas, je revois les interminables soirées bol-de-riz de carême où l’on m’expliquait que ne pas finir mon assiette serait probablement la cause de la prochaine famine au Sahel.
Toi que ton enfance corsetée a marquée à jamais de la culpabilité liée au plaisir, tu cherches avec frénésie dans le bouddhisme zen et le hata-yoga – issus de cultures pauvres, donc forcément authentiques - de quoi prier avec ton corps. Moi, je découvre avec le sentiment d’avoir été flouée de mon héritage l’intensité toute physique du plain-chant.
En même temps, je te dois beaucoup, ma tante. Grâce à toi, j’ai acquis un solide sens de la fraternité humaine, et encore aujourd’hui cela me nourrit. J’aurais juste voulu entendre parler un peu plus de Dieu avant d’apprendre à Le voir dans mon prochain. Je ne renie pas mon héritage, je réclame juste un droit d’inventaire légitime.
Et je suis un peu étonnée. Toi qui as révolutionné l’éducation afin que mon esprit critique en devienne le centre, toi qui me demandais de penser par moi-même, toi qui as passé ta vie à combattre toute pensée unique ou vécue comme telle, tu t’insurges de ce que je veuille faire le tri dans ce que tu me laisseras. Mais tu sais, ma tante, entonner « Je crois en Dieu qui chante et qui fait chanter la vie », ça te parlait à toi dont les lendemains seraient forcément à l’unisson. Peut-être ma fille redécouvrira-t-elle avec ravissement la spiritualité que recouvrent ces vers ; moi, à l’heure de la grande crise, de la fin des idéologies et de l’esclavage généralisé à Mammon, j’ai juste envie de dire gravement « Credo in unum Deum ».
Je n’y peux rien, j’ai au moins autant besoin de verticalité que d’horizontalité. De m’agenouiller en recevant la communion que de prendre la main de l’inconnu à côté de moi durant le Notre père
Et ce qui m’agace un tout petit peu, ma chère tante que j’aime, ce qui me chagrine et pour tout dire me préoccupe, c’est que j’ai la nette impression que cela t’est insupportable. Tu constates que l’église de la paroisse est vide de cheveux non gris, mais plutôt que de proposer aux jeunes une nuit d’adoration continue, un kyrie sans djembé ou pourquoi pas un car pour le pélé de Chartres, tu regardes avec un demi-sourire la fraternité Saint Pierre ou la communauté du Verbe de Vie recruter à tour de bras, en disant : « y’en a beaucoup qui entrent, mais beaucoup en sortiront… » Peut-être, je n’en sais rien. Mais si certains quittent ces tribus-là, je ne suis pas sûre que ce soit pour rejoindre ta paroisse, ma tante. Et je te ferai grâce de l’hémorragie de prêtres défroqués dans les années 70-80.
Puisque nous en sommes à nous parler franchement, veux-tu que je te dise ? Tes combats ne sont pas les miens. Tu reçois le bulletin de la Conférence des baptisé-e-s de France ? Moi je me demande ce qui fonde cette association, par ailleurs composée de gens estimables, à parler en mon nom. Parce que je ne comprends même pas leurs revendications. Le mariage des prêtres, le ministère des femmes ? Je ne vois même pas pourquoi il faudrait que je me positionne tant je trouve que le débat n’est pas là. Mais c’est un syndrome de ta génération, ma tante : à force de ne pas vouloir passer, à force de vouloir absolument régler l’ordre et la teneur des débats que l’on peut ou pas avoir, toi qui as décrété que tu serais jeune jusqu’à ta mort, tu verrouilles ce que tu rêves être l’Eglise de demain. Je voudrais que l’Eglise nous donne un grand texte magistériel sur l’Islam? Tu décrètes que l’urgence, c’est d’ordonner les hommes mariés. Je demande à parler liturgie? Tu as décidé que le débat, c’est savoir si Mgr Vingt-Trois est mysogyne, pour une boutade qui franchement ne m’a même pas écorché le lobe de l’oreille.
L’Eglise de demain, elle est bel et bien déjà là. Mais elle n’est pas le grand soir catho que tu attendais. Elle veut du sacré, de la transcendance, parce qu’elle a un vécu différent du tien. Tu peux la traiter de réac, voire de facho – ça s’est vu – mais il serait dommage que, parce que la liturgie m’importe, tu dresses un mur d’incompréhension de plus entre nous. Au ciel, François d’Assise fraternise avec Louis-Marie Grignon de Montfort, Frédéric Ozanam avec Bernadette Soubirous ; l’option préférentielle pour les pauvres a de beaux canonisés, mais la récitation du chapelet aussi ; on devrait pouvoir, toi et moi, cohabiter, et pourquoi pas prier ensemble.
Je te fais de gros bisous, ma tante. A très vite.
Je vais demander un copyright pour le bol de riz ! :p
Blague à part, merci pour ce texte où je me retrouve bien à 92,5%. Malheureusement, je ne parierais pas un ambon seventies contre un prie-dieu dix-huitième sur ses chances d'être entendu. La paroisse de mes parents étant l'archétype de celle de ta Tante, je peux vivre en temps réel le mur d'incompréhension que ses piliers de trente ans érigent et soutiennent avec puissance rien qu'à la nomination d'un nouveau prêtre coupable du crime de ne pas être un septuagénaire du Prado. Rien qu'à sa photo, il était déjà voué aux gémonies fachoréaques... Ce n'est pas gagné.
Cher Cyrille, je te concède le copyright d'autant plus volontiers que j'invite tous les gens inscrits sur FB à se joindre à l'excellent groupe que tu as créé: http://www.facebook.com/group.php?gid=124078500320
Je ne pense pas que tes positions et celles de ta tante soient incompatibles dans ce beau billet parfois un peu réac mais sans outrances.
Ta tante à son époque vivait la volonté de libérer l'Eglise de son côté obligatoire et normatif. Il était difficile au départ de vivre pleinement ses identités, de les choisir. Elle a combattu pour cela, fort, peut-être au point où certains ont jetté le bébé et l'eau du bain en même temps que la baignoire en quittant l'Eglise Catholique (ou protestante) pour fonder autre chose, qui n'a parfois pas tenu.
Aujourd'hui toi tu combats dans ce billet pour avoir le choix d'une authenticité christique. C'est aussi mon choix, dans un véhicule semblable quoi qu'un peu différent. Mais tu as le choix. Ta tante commençait déjà à l'avoir, sauf si elle faisait partie d'une famille de paysans vendéens mais c'était moins évident déjà. Aujourd'hui tu demandes un fond de culture catholique plutôt qu'un blougi boulga.
Mal maitrisé (ce qui est à 100000 lieues de ce que tu es) cela méne au renfermement, bien pensé cela améne à la réflexion, à l'approfondissement, à beaucoup d'intelligence de ce qu'on est. J'ai moi aussi la même démarche, demandant dans l'Eglise Réformée, de l'indentitaire au lieu d'un mollasson mélange de bons sentiments.
Mais nous voulons cela parce que nous avons le choix: s'intéresser au Bouddhisme n'est plus un combat ni une démarche difficile. La connaissance, la doucmentation est à un clic de souris. Npus sommes dans une société multicuturelle dans tous les sens du terme et nous faisons partie de la classe moyenne ce qui veut dire que contrairement à certains quartiers, on ne nous enferme pas ou nous sommes moins enclins à nous enfermer dans des identités.
On a du coup, quand on est libre, bien plus tendance à s'affirmer. Je suis un protestant croix huguenote au vent d'autant plus que ma conversion n'a posé aucun probléme y compris à ma famille catholique, y compris à la société. Du coup dans cette société de l'heureuse facilité, nous sommes en demande d'authentique. Et si nous pouvons demander, c'est parce tu as eu une tante.
100% d'accord avec toi, Romain. J'espère d'ailleurs que les quelques piques que j'envoie ici à "ma tante" ne masquent en rien la réelle affection et la gratitude que j'ai pour elle et sa génération et de tout ce qu'elles ont rendu possible.
Merci...
Ton article me conforte (et me réconforte...)... Et comme tu t'exprimes bien plus diplomatiquement que moi je retiens tes phrases pour notre prochaine réunion d'animateurs liturgiques...
Ah ben mince, tu m'as coupé l'herbe sous le pied ! Tant pis, j'te raconte ici et en plus court.
Je viens de monter ma petite équipe d'animation liturgique pas plus tard que cette semaine (rentrée chargée cette année). On est trois en comptant ma femme et moi, et une voisine étudiante. On va se l'faire à la guitare parce que je n'ai pas d'organiste sous la main. Mais ce qui est sur c'est qu'hier soir, le petit prêtre avec qui on a monté cette petite équipe, et qui est ravi Ô combien, tu imagines, d'avoir un renouvellement de génération pour une messe qui rassemble 30 personnes un dimanche sur deux et sans musique, il a eu une petite angoisse, très légère on dirait. Il est passé à la maison m'amener la feuille de messe de notre future première, en me disant : regarde, et tu changes les chants si ça ne te convient pas... J'ai répondu, en lisant rapidement : "bon ben déjà on va changer le Gloire à Dieu". Lui : "Pourquoi ?", juste par curiosité. Et moi un peu mal à l'aise quand même : "ben parce que Créateur du monde, jeunesse des vivants... c'est pas un Gloire à Dieu". Lui : "Ben quand même il est chantant, j'aime bien". Et moi : "oui mais c'est pas un Gloire à Dieu" (mes amis me disent parfois que je suis psycho-rigide. Là, je me suis prit une tape dans le dos comme il aime bien faire, et, en souriant, il m'a dit "Oooooooh tu vas pas commencer déjà !". On s'est séparé, et quand il est parti, en moi-même j'ai répondu à sa question : "ben, si !".
J'espère qu'il tiquera pas trop quand on descendra le micro de l'animateur (moi en l'occurence) dans l'assemblée, qui n'a rien à faire dans le choeur, et qu'on dira la prière universelle aussi depuis l'assemblée, face au choeur. Parce que quand j'ai proposé ça à mon curé, et je crois qu'il l'a bien compris mais ne l'a peut-être pas bien retransmis au prêtre vers qui il m'a envoyé, l'idée ce n'était pas juste de faire de la musique avec des jeunes, et de faire péter l'ambiance. L'idée c'était surtout de revenir à un tout petit peu plus d'othodoxie et de sacré. Ca se fera dans l'humilité, la bienveillance et la persévérance, mais crois-moi que ça se fera !
Merci pour cette lettre dans laquelle je pense que beaucoup de jeunes de notre génération se retrouvent.
En ce qui concerne les Etats généraux du christianisme, je serais très preneuse d'un article sur ce que vous y avez vêcu !
J'y travaille, promis!
C'est absolument excellent. j'espère que vous n'avezz pas trop de ce genre de conflits, avec votre taante ou quelqu'un d'autre. C'est si triste de se déchirer entre pratiquants et cela donne une si mauvaise image à ceux qui ne le sont pas...
Rassurez-vous, j'ai d'excellentes relations avec mes véritables tantes, et j'espère de tout coeur que le "dialogue intra-religieux" a de beaux jours devant lui!
A propos du groupe Facebook (merci de m'y avoir invité), ça marche si on n'a pas grandi dans une famille catho-CCFD, et même pas catho du tout (même plutôt anti-catho), qu'on "découvre" le CCFD à plus de 30 ans, mais qu'on connait encore par coeur, 25 ans après, les paroles de "L'Ethiopie meurt peu à peu" ?
Au fait merci, j'ai eu la chanson dans la tête toute la matinée. En tout cas, il y a des chances que mes gamins puissent s'inscrire au groupe dans quelques années.
Merci de cette lettre qui m'a fait sourire : c'est si vrai !
Et un "réactionnaire" -pour reprendre en entier l'expression de Romain Blachier -, c'est quelqu'un qui réagit, non ?... ce qui est le propre des vivants, non ?
Merci à Pneumatis pour son engagement en paroisse.
C'est marrant, dans une de mes paroisses, c'est moi qui suis obligé de rappeler qu'un "Gloire à Dieu", ben heu... c'est un "Gloire à Dieu"... et rien d'autre !
Un curé de paroisse -heureux d'être prêtre.
Merci Natalia... de mettre des mots sur ce que j'aurais voulu dire !
Merci pour ce billet, qui exprime assez bien l'état d'esprit des enfants d'une grande partie des enfants de "cathos-CCFD", qui, sans rien renier de leur ancrage dans le christianisme social, réclament le droit à aspirer à plus de sacré sans que ça leur vaille aussitôt l'accusation d'être des réacs. Les "goûts liturgiques" ne devraient rien avoir à voir avec les orientations plus politiques ou sociales. Et on peut en avoir plus qu'assez des "Gloire à Dieu" ou "Agneau de Dieu" réécrits à la sauce des années 70-80 sans être pour autant à classer dans la catégorie "tradis qui veulent imposer à tout le monde la messe en latin".
Merci Natalia,
J'aurais pu, comme sans doute beaucoup d'autres, écrire la même chose sur ma grand-mère. Nous avons beaucoup de chances d'être dans une Eglise un peu moins déchirée, et un peu moins tentée d'"être du monde". Beaucoup de jeunes, de recommençants ou de convertis cherchent à concilier l'engagement social et l'amour de la liturgie, et se sentent chez eux aussi bien dans un groupe de prière charismatique qu'à l'office de Solesmes (c'est en tous cas vrai pour moi). L'Eglise, simplement l'Eglise.
Lettre à ma cousine en réaction à sa lettre envoyée à ma tante.
Ma chère cousine, tu as écrit dans cette lettre ce que beaucoup de jeunes, de mes connaissances, de mes meilleurs amis n'osaient pas dire...
Et ça m'a pourtant rendu triste, ça m'a rendu très triste car, rien que par le fait que tu l'aie écrit, tu as justifié une tendance actuelle très à la mode chez beaucoup des jeunes chrétiens français.
Pour moi en effet ce que beaucoup pensent être le courage immense d'une catholique qui s'assume n'est rien d'autre, à mon humnle avis, qu'un bête retour en arrière. Et pourtant je vois bien que toute ta lettre est structurée dans le but que le lecteur ne le prenne pas comme tel mais au contraire comme une parfaite perspective d'avenir effaçant les "dérives" d'un certain concile, de ces dérives tu fait des "erreurs"...
Ce que je crois, et ça n'engage que moi, car je en me permettrais pas de parler au nom de tout les neveux et nièces sans connaître tout leurs avis, c'est que le changement dont tu sembles avoir peur, ce changement qui passe par les "bols de riz" et autres journées du "CCFD" (que j'ai subi moi aussi), et bien il est nécessaire et inéluctable .
J'ai un petit frère de 7 ans, un autre de 8 mois.
Je voudrais que, comme moi, ils puissent découvrir l'immense amour de Jésus, et la myriade de façon de le rencontrer. Je voudrais qu'arrivé à l'âge où les parents ne les traînent plus à l'église le dimanche ils n'aient pas le choix entre deux uniques chemins pour leur vie de catholique : se rendre à de tristes "grands messes" avec orgue et chorale, sans chant de sortie et avec notre-père, Gloria et autres séquences en latin, genuflexion, homélie réduite et eucharistie prolongée ou aller à la "messe de bonne conscience" à Noël, Pâques et au 15 août, celle où l'on est pressé que ça finisse pour pouvoir faire la fête toute la soirée. Toi tu es plus pour le premier chemin, je le vois.
Car tu penses que face au cafouillis des messes "jeunes", des "messes pops" qui oubliaient parfois un peu de donner un siège à Jésus il n'y a que la bonne vieille liturgie d'antan qui peut nous offrir le recueillement que nous cherchons. "C'était pas si mal avant". Parce que comme moi tu es jeune ma cousine! Comme ta foi es perdue au milieu d'une société qui marche sans Dieu, où tout va chaque jour plus vite...nous sommes des adolescents, ou de jeunes adultes et face à tant de mouvement, on ne l'aura que trop dit : nous avons besoin de repères.
Et toi tu as choisie de prendre ces repères dans le passé, dans un passé que nous n'avons pas vécu. Mais, tu sais, notre tante elle l'a vécu ce passé, et si elle est si enthousiaste quand elle voit du changement c'est peut-être qu'elle sait ce que c'était, elle ne radote pas forcément quand elle dit qu'il ne faut pas refaire ce qu'elle vivait dans son enfance.
Moi mes repères j'ai décidé de les créer. Moi je préfère me tourner vers l'avenir.
Et ce que je vais te dire là je te demande de le lire avec la plus grande objectivité car c'est ce qui fonde ma vie, mon espérance de vie, ce que je vais t'écrire là va peut-être te paraître radical, insensé, je vais peut-être passer pour un traître pour certain (par pour toi je connais ton ouverture d'esprit ;) ), mais sache que c'est ce qui me fait vivre :
« Je crois en l'amour de Dieu, je crois que cet amour nous est offert et que nous pouvons l'offrir de même avec la même force que celle avec laquelle nous l'avons reçue pour peu que nous nous en donnions la peine.
Je ne crois plus que cet amour doive être vécu uniquement comme une transcendance individuelle, comme une relation unique et sans interférence entre Lui et moi. En fait je crois en l'intelligence de l'amour.
Je crois que c'est en vivant d'amour, et en donnant cet amour autour de moi particulièrement à mes frères et sœurs les plus démunis matériellement, affectivement, culturellement. Je crois que le rire d'un nouvel vrai ami est aussi puissant qu'une nuit d'adoration silencieuse.
Je crois que le rire d'un enfant de nouveau heureux est une forme d'eucharistie parmi les plus belle qui soit.
Jésus je le rencontre dans ce regard pétillant, dans cette permanence à la halte SDF, dans ce catéchumène dévorant Saint Augustin, toutes ces messes sans encens ni clochette. »
Aujourd’hui tout jeune européen reçoit une éducation, apprend la logique et l’art de penser. Je crois qu’il a le droit à une messe qu’il comprend et qui a un sens pour lui, je crois qu’il a le droit de dire « Pourquoi on fait ça ? Pourquoi on chante ça ? » même si on fait ça depuis plus des siècles, même si on chante ça depuis mille ans.
Prenons une tradition au hasard ma chère cousine : l’agenouillement avant la communion, pendant l’eucharistie. Et bien moi je me pose cette question : Jésus m’a t’il demandé de me mettre à genoux devant lui, ne dit-il pas assez à travers les évangiles qu’il est et que je suis maître et serviteur, premier et dernier, donc que nous sommes égaux en fait. Si nous sommes égaux pourquoi devrais-je m’agenouiller devant lui, ou devant son sacrifice (et en plus si on y réfléchit bien si on se met à genoux devant quelqu’un c’est parce que l’on croit être plus grand que lui…). Moi j’ai la conviction profonde que mon frère et mon père Dieu me demande de rester debout, toujours debout parce que à genoux ou assis je ne pourrais pas réparer les erreurs de mes ancêtres. Parce que Dieu nous envoie, il nous demande de sortir de notre église pour être un humble serviteur au milieu de la foule de mes frères qui ne croient pas.
Nous ne sommes pas des élus ma cousine, nous ne devons pas céder au réflexe communautaire et identaire de la minorité. Je veux offrir l’amour de Jésus, et cela j’ai choisi de le faire dans notre Eglise catholique romaine, avec vous, avec toi. Mais je pense que pour pouvoir aimer nos contemporains et notre société qui change aussi, nous devons changer aussi, notre vision de la foi, de la messe et donc de la liturgie.
Je m’excuse d’avoir fortement dévié du sujet de départ de ta lettre mais tu comprends j’éspère bien que tout est lié ;).
Avec toute mon affection.
Ton cousin.
Bonsoir cher cousin ;)
Je crois qu'il y a une méprise entre nous, alors je vais m'efforcer de la lever. Je ne vante pas les mérites du rite extraordinaire, que je connais fort peu et ne pratique pas. Où ai-je évoqué le Concile? où ai-je parlé de dérives, encore moins d'erreurs? Je suis une catholique parfaitement heureuse de Vatican 2, dont je ne renie pas la plus petite virgule.
Je l'ai écrit, je rends grâce à ma tante de ce que sa génération a apporté.
Et dans ma paroisse de rite Paul VI, pas de latin, des chants simples et en français, simplement l'immense chance d'avoir une équipe liturgique de qualité et à l'écoute des jeunes adultes que nous sommes, sans reléguer pour autant l'expérience de notre tante.
A moi de te faire une confidence: ton credo tel que tu me l'écris, j'y souscris. En quoi est-ce incompatible avec la demande d'un recueillement plus intense, et la redécouverte de notre patrimoine cultuel?
Vois-tu, j'ai l'impression que tu adoptes - et j'en suis triste - le travers que je reproche à notre tante: tu n'éprouves pas le besoin de t'agenouiller, et tu sembles regretter que j'aie besoin de le faire. Mais cela, mon cher cousin, c'est mon affaire,pas la tienne, même si tes raisons sont excellentes. Pourquoi devrais-tu te plier à ma spiritualité ou moi à la tienne? Ne pouvons-nous pas communier quelle que soit notre posture extérieure?
Avec toute mon affection fraternelle mon cousin!
Chère cousine,
Et bien vois-tu je ne crois pas qu'il y ait réellement une "méprise" , disons plutôt que tu analyses une partie de mon message en y mettant un sens ("j'ai l'impression") que je n'y ai pas mis. De mon côté il est vrai qu'il est possible que, recoupant certains lieux communs de ta lettre caractéristiques d'un certain traditionnalisme que tu ne vis en fait pas. Je m'en excuse.
En ce qui concerne la "redécouverte de notre patrimoine culturel" et bien justement non, je ne pense pas que cet aspect soir primordial face au besoin urgent d'accueil et de diversité auxquels l'Eglise doit répondre. Je pense que plus une liturgie et simple, donc notemment en français, mieux elle peut-être comprise par un jeune découvrant la foi. libre à lui de choisir de s'orienter vers une liturgie plus complexe, plus recueillie et/ou plus expressive plus tard s'il en ressent le besoin.
L'urgence, toujours à mon avis, c'est d'accueillir au plus large, quitte à faire des concessions quant à la forme.
"Mais cela mon cher cousin c'est mon affaire, pas la tienne" je suis désolé que tu le prennes comme cela, ce que je considérais comme une anecdote n'était en aucun cas un jugement que je portais, il s'agissait simplement de te donner mon avis sur une de nos différence, et de justifier mon propre comportement. Si tu pouvais me dire pourquoi toi tu préfères t'agenouiller j'en serais très heureux et je modifierai peut-être mon jugement. ;)
Chaleureusement, ton cousin et ton frère dans la même Eglise.
Ne t'en fais pas mon cousin, je n'ai pas mal pris ta lettre.
Ce que je veux dire en disant "c'est mon affaire et non la tienne", c'est que c'est qqch de terriblement intime qui se déroule entre moi et le Christ, et que je ne devrais pas avoir à m'en justifier. La formule était péremptoire, je le reconnais bien volontiers.
Tu parles d'accueillir le plus grand nombre et je suis d'accord avec toi. Mais encore une fois,il est où le grand nombre aujourd'hui? Pas dans nos paroisses. Et nous ne pouvons pas ne pas évaluer notre pratique du culte, je le crois vraiment.
Sur ce, je file IRL m'occuper des miens ;)
Ce qui m'étonne toujours, c'est cette accusation, tout de suite, de "se tourner vers le passé" et de refuser une "évolution inéluctable". De fait, l'évolution en question est très luctable, puisque excessivement datée et en train de passer. Certains trouveront ça tristes, essayeront de se consoler en en voyant que le monde semble d'accord avec eux, mais de fait, elle passe.
Mais, surtout, je ne comprends pas bien l'accusation de "se tourner vers le passé".
Comme une sorte de lecture binaire, linéaire, de l'Histoire et des Hommes - "avant", c'est moins bien, "après", c'est forcément mieux, et on ne peut pas reprendre ce quo'n a abandonné.
Mais, je ne sais pas, moi, Socrate, c'est le passé ? Bach, c'est le passé ? Le livre de Kells, c'est le passé ? Le Caravage, Chagall, Arcabas, c'est le passé ?
Cela a apparu dans le passé, oui - mais ce n'est pourtant d'aucune époque, ou de plusieurs. Ou disons que ça traverse largement plusieurs couches de temps. Par contre, Jean-Jacques Goldmann, ça correspond à une époque et ça traverse pas beaucoup de couches de temps (mais j'aime bien, cela dit).
Il en va de même en liturgie.
(bon, je pense qu'on ne détaillera même pas le point : "connaître la diversité dans les manifestations de la foi", parce que ça, bon, tout le monde sait qu'on n'a pas attendu la 2e moitié du XXe siècle pour ça... La diversité des saints est là pour nous le montrer ...
Et puis, c'est bizarre, ça, un catholique avec une vraie foi vivante de demain... qui se plaint d'eucharisties prolongées. Face à face avec le maître et serviteur, et il trouve le temps long ? :-)
Bon, Natalia, je suis désolé de pas être venu commenter plus tôt. Même si, comme on en a parlé avant que tu publies, forcément, j'ai un peu moins de choses à dire maintenant qu'hier (par exemple).
Mais c'est vrai que, comme toi, ça m'étonne forcément un peu qu'une génération qui a voulu rejeter vigoureusement (à tort ou à raison, je suis pas là pour poser un jugement) l'héritage de la génération du dessus accepte si mal que celle du dessous fasse à son tour des choix différents des siens. C'est pourtant un fait : les jeunes sont de nature taquine et aiment bien faire comme ils le sentent plutôt que comme on leur conseille. Je ne parle évidemment pas de tous, mais bon... Il y a comme une très légère incohérence là-dedans. Pourtant, je comprends bien que ce ne soit pas facile à vivre... La seule chose que je leur dis parfois, moi qui ne suis pas spécialement tradi (comme toi), c'est que les choix que je pose, notamment en matière de liturgie, n'ont rien à voir avec une façon de leur cracher à la figure. C'est juste que je m'y reconnais plus, et puis c'est comme ça.
Et ça ne m'empêchera pas de rendre visite à ma tante.
Très cher cousin de Natalia,
Je trouve surprenant que du fait que Jésus a renoncé à lui-même par amour pour toi, tu déduises que tu joues jeu égal avec Lui.
"Donc que nous sommes égaux en fait", dis-tu. Pour moi, j'avoue que je suis encore bien loin de lui rendre la pareille, et j'ai bien envie de m'incliner devant cet amour que je comprends pourtant si peu.
Si je m'agenouille près du pauvre, c'est par mimétisme ; parce qu'Il le fait. Si je te vois le faire, il est probable que j'aie aussi envie de m'agenouiller, parce que je verrai Jésus agir en toi.
Mais Jésus a tout de même dit "qui sont ma mère et mes frères ?" Il a dit "il y a là plus grand que Moïse et Elie", parlant de lui à la transfiguration. Alors moi, tu vois, bêtement, je me sens tout petit ; mais tellement plus béni que Dieu se soit penché sur son humble serviteur.
A toi,
Le cousin Incarnare (oué elle est grande, la famille de Dieu !)
@ Edmond : "ça m'étonne forcément un peu qu'une génération qui a voulu rejeter vigoureusement l'héritage de la génération du dessus accepte si mal que celle du dessous fasse à son tour des choix différents des siens." mais alors là, vraiment, +1 !
et à Natalia, aussi, + 1 .
moi, toutes mes vraies tantes, que pourtant j'aime, sont comme ça, et aucune de mes cousines ne va plus à la messe...mes parents n'étaient pourtant absolument pas tradis, ils étaient ouvriers, mais ils ont quitté la JOC après un moment, et ils amenaient un couple d'amis malades aux fêtes du Sacré Coeur: ça a été mon Salut!
(on a dû leur faire sournoisement réciter une consécration de leur famille au Coeur de Jésus, j'imagine...)
Ah, des commentaires de commentaires !
Avant toute chose, je dois répondre au "Cousin" ;-) que pour ma part, ce qui m'a désolé dans l'éducation "bol de riz" que j'ai reçue - c'est qu'à force d'insister sur un "Jésus qui dérange", "Jésus qui veut que nous partagions avec les pauvres", un "Jésus exigeant", on nous a enseigné une sorte de doctrine non seulement vide de spiritualité, mais surtout, sciemment, délibérément, énergiquement vidée d'amour. On m'a enseigné qu'être chrétien, c'était combattre sans relâche son égoïsme profond d'Occidental repu par une mise au service de son prochain sans relâche et quoi qu'il nous en coûte - mais qui serait de toute façon, tout juste suffisante pour effacer un péché originel renouvelé, celui d'être né dans un pays "trop nourri", comme on l'écrit sur les fameuses cartes du CCFD. Finalement, une recréation de la rigidité culpabilisante qu'on reprochait à l'Eglise d'antan, mais avec un thème du temps.
Je ne pourrais mieux décrire le catholicisme tel qu'on me l'a servi, qu'en imaginant le Christ prêchant sur la montagne, sèchement interrompu par une demi-douzaine de dames caté lui faisant une énergique morale à l'encontre d'un Dieu d'amour par trop éloigné de la vie-de-tous-les-jours, avant de se voir jeter une corbeille dans les mains, et prière de participer illico à l'opération : collecter du pain et des poissons chez ceux qui en ont, pour le distribuer à ceux qui n'en ont pas, le tout sous une affiche Millia pasuum de soleil, courons contre la faim à Capharnaüm.
Il ne s'agit pas, par conséquent, de revenir à un Temps perdu préconciliaire - le Ciel m'en préserve - mais de réhabiliter une dimension fondamentale que les années 70-80 avaient jugé bon d'abandonner en même temps que les lourdeurs et les rigidités incarnées par les vieux confessionnaux de bois, au nom d'un "modernisme" qui apparaît maintenant aussi dépassé que l'architecture et l'urbanisme de la même époque.
De même qu'il n'y a pas besoin qu'un immeuble soit un hideux cube gris pour qu'il offre le confort moderne, il n'y a pas besoin de vider les paroles du Christ de tous leurs mots d'amour pour valoriser les paroles de service, ni davantage besoin de réhabiliter le latin de cuisine et l'image de l'enfer avec ses marmites pour réentendre la Parole dans son entièreté.
@Armel et Cyrille :
Je comprend parfaitement vos arguments, et j'ai souligné dans mon message qu'il y avait eu des "dérives", ces dérives ce sont en effet pour moi ce bêton sans âme (mais pas toujours! attention avec les généralités) ou ces messes sans prière. Je comprend que face à ce phénomène de "on change tout très vite et un peu n'importe comment" vous vouliez revenir à ce qu'on faisait avant, aux messes priantes et recueillies de notre tante.
Ce qui nous différencie je crois que c'est que moi je pense que tout n'est pas bon à jeter dans ce qu'on a fait durant ces années 70/80 et tout n'est pas bon à garder dans ce qu'on faisait encore avant. Mais je ne tomberai pas non plus dans le piège qui consiste à trouver le "juste milieu" entre ces deux époques. Je pense, et c'est là que nous nous séparons Armel, que la liturgie peut évoluer, doit évoluer avec le temps.
Tu me parlais de Caravage, de Bach, de Socrate, tu me demandais si je comptais tout bazarder pour créer un futur sans fondations? Evidemment tu connaissais ma réponse à ta question, et bien sûr je ne renie pas en bloc tout ce qui est passé, mais après tout est-ce qu'on garde tout de Bach, Socrate et de Chagall? A mon avis on en garde un héritage incomplet, parceque tout n'est pas bon à prendre même chez les plus grands génies, il en va de même pour la liturgie.
La liturgie à laquelle je crois c'est la liturgie ou sobre ("Que deux ou trois soient réunis en mon nom, et le Seigneur est là, au milieu d´eux" (Mt 18,20)), ou originale (pour moi il n'y a pas d'instrument interdit pour une célebration par exemple) mais toujours belle, la liturgie qui fait prier sans faire pleurer, sans forcément de l'encens ou des grandes orgues. C'est une liturgie (et je me répète je sais^^) intelligente plus qu'émotive.
Une messe où sont sollicités ton coeur et ton cerveau et pas ton coeur et tes tripes. Une messe dont tu sors pas seulement rempli d'espérance et de foi mais aussi regonflé d'idées et d'amour.
Voilà pour ma vision de la liturgie, que je n'ai peut-être (sûrement) pas assez exposé dans mes messages précédents.
@ Incarnare
J'ai lu ton commentaire avec beaucoup d'attention, et je ne me permettrais pas d'en faire quelque critique que ce soit étant donné que tu ne m'a pas jugé toi même et que tu l'as écris à la première personne. Sache tout de même que je trouve que tu offres un très beau témoignage de foi.
@ Cyrille à propos de "l'éducation "bol de riz" que j'ai reçue - c'est qu'à force d'insister sur un "Jésus qui dérange", "Jésus qui veut que nous partagions avec les pauvres", un "Jésus exigeant", on nous a enseigné une sorte de doctrine non seulement vide de spiritualité, mais surtout, sciemment, délibérément, énergiquement vidée d'amour. On m'a enseigné qu'être chrétien, c'était combattre sans relâche son égoïsme profond d'Occidental repu par une mise au service de son prochain sans relâche et quoi qu'il nous en coûte - mais qui serait de toute façon, tout juste suffisante pour effacer un péché originel renouvelé, celui d'être né dans un pays "trop nourri", comme on l'écrit sur les fameuses cartes du CCFD. Finalement, une recréation de la rigidité culpabilisante qu'on reprochait à l'Eglise d'antan, mais avec un thème du temps."
Et bien je doit t'avouer que je préfère, et de loin, une exagération de la dame du cathé qu'a une minimalisation du je m'en foutiste. Est-ce qu'on peut trop nous demande de réparer les erreurs passées? Est-ce qu'on peut trop nous demander d'aider tout nos frères? Je ne crois pas. Et si ce n'est pas notre génération qui règle ces problèmes, on les refilera à nos enfants arrivés à l'âge de notre tante? Ca fait un petit peu cercle vicieux comme reflexion non? ;)
En plus si nous réglons, où si au moins nous contribuons à régler ces problèmes, là on pourra fustiger notre vieille tante de ne pas l'avoir fait. :D
Sur ce bon après-midi à vous mes chers cousins et cousines que je découvre décidément de plus en plus nombreux ^^'.
Merci pour ce billet!
@Nico l'Atome A : vous parlez d'une liturgie plus intelligente qu'émotive. Vous parlez d'encens, d'instruments de musique. Mais la liturgie, et c'est quand même ça raison d'être, c'est une relation à Dieu qui implique tout notre corps, pas que notre coeur ou notre intelligence. Cette dimension corporelle est essentielle, tellement que c'est bien autant le corps que nous nourissons pendant la messe en le faisant communier au corps et au sang du Seigneur, que l'Esprit à l'écoute de la parole de Dieu.
Dans la présentation générale du missel romain, il y a par exemple deux petites choses qui ne s'opposent pas, mais qui l'une sans l'autre peuvent nettement contribuer aux dérives dans un sens ou dans l'autre :
- Dans le chapitre sur le chant : On fera donc grand usage du chant dans les célébrations, en tenant compte de la mentalité des peuples et des aptitudes de chaque assemblée.
- Dans le passage sur les attitudes du corps et les gestes : Les gestes et les attitudes du corps, tant ceux du prêtre, du diacre ou des ministres, que ceux du peuple doivent viser à ce que toute la célébration manifeste une belle et noble simplicité, que soit perçue toute la vraie signification de ses diverses parties et que soit favorisée la participation de tous. On devra donc être attentif aux normes de cette Présentation générale et à la pratique reçue du rite romain ainsi qu’au bien commun spirituel du peuple de Dieu, plutôt qu’à ses goûts personnels et à son propre jugement.
J'ai la chance d'avoir dans ma paroisse un jeune prêtre qui, qui est pourtant très loin d'être réceptif au grégorien, a bien insisté sur ce dernier aspect : la liturgie c'est quelque chose qui se reçoit, de Dieu. Car Dieu seul sait bien comment on doit aller vers lui. C'est d'ailleurs aussi pour cela que c'est lui qui nous apprend à prier. De même qu'il ne me passerait pas par la tête de récrire le Notre Père à ma sauce, mais de même aussi qu'il a été traduit pour pouvoir être prié en langue vernaculaire, de même en va-t-il de la liturgie : elle doit bien évidemement tenir compte du contexte culturel dans lequel elle se propose, mais elle doit restée reçue comme un enseignement de pratiques qui nous conduisent à Dieu. Le fait que certains aspects de la liturgie restent mystérieux ou nous "dérangent" doit nous conduire dans l'humilité à nous questionner, à mieux la comprendre pour mieux l'accueillir.
Ainsi sur l'agenouiilement, la PGMR nous dit, pour l'assemblée : Ils s´agenouilleront pour la consécration, à moins que leur état de santé, l´exiguïté des lieux ou le grand nombre des participants ou d´autres justes raisons ne s´y opposent. Ceux qui ne s’agenouillent pas pour la consécration feront une inclination profonde pendant que le prêtre fait la génuflexion après la consécration. Il appartient toutefois à la Conférence des évêques d´adapter les gestes et les attitudes décrits dans l’Ordinaire de la messe à la mentalité et aux justes traditions des peuples, selon la norme du droit[53]. On veillera cependant à ce qu´ils correspondent au sens et au caractère des différentes parties de la célébration. Là où il est de coutume que le peuple demeure à genoux depuis la fin du Sanctus jusqu’à la fin de la Prière eucharistique, et avant la communion quand le prêtre dit Ecce Agnus Dei (Voici l’Agneau de Dieu), il sera bon de conserver cette coutume.
Il appartient à chacun, si son état de santé est bon, et qu'il en a la place, de mesurer la justesse des raisons, en vérité au fond de son coeur, qui le conduiront à s'opposer à cet agenouillement. D'une manière générale, l'agenouillement est un signe de profonde dévotion. Il peut en être autrement dans d'autres cultures, et il a même été question à une époque, je crois, de ne pas faire s'agenouiller les fidèles pendant la messe dominicale, le signe étant alors plutôt perçu comme un geste de pénitence, ce qui au moment de la consécration n'avait plus vraiment de sens. Maintenant, à l'heure actuelle, il faut être de bonne foi : c'est difficile à faire parce que cela fait parti des gestes que nous avons bani peu à peu, pour témoigner que nous sommes des hommes fiers, que nous voulons vivre debout. Mais s'abaisser humblement devant ce mystère n'est-il pas finalement une participation plus que compréhensible devant ce qui se passe au moment de la consécration ? Pour signifier à notre corps combien il est petit par rapport à la grandeur de celui qui prend chair sous nos yeux.
dis tu te serais pas inspirée de la lettre préface d'un certain livre sur le christianisme, nouvelle contre-culture?
Absolument mon cher Romain. Je le dis même dans le 1er paragraphe de mon billet ;)
Heureuse de voir que tu as de fort saines lectures!
Salut Natalia,
J'ai découvert hier ton incroyable billet : un bien beau pamphlet humoristique ! J'espère que ta tante s'en remettra, je pense que oui car elle est très sympa. C'est vrai que les générations évoluent dans un sens très inattendu (c'était totalement imprévisible) et que nos aînés se demandant parfois s'ils n'ont pas la berlue. Et les choses s'accélèrent encore à la génération suivante : quand je vois ce que des jeunettes de 18-22 ans cheftaines guides concoctent comme programme spi pour des gamines de 12-16 ans ! Là c'est moi qui ai la berlue ! Et ça me donne un sacré "coup de pied aux fesses" ! Vraiment, on doit prendre ces jeunes au sérieux, cette génération est incroyable. Tout ça pour dire que les incompréhensions avec ta tante ne doivent pas nous faire perdre de vue quelque chose de très positif : la génération qui grandit aujourd'hui est capable de rechristianiser le vieux continent enfoncé dans son consumérisme. Ta tante a probablement toutes les raisons de se réjouir.
Et c'est vrai que pour ces jeunes, le mariage des prêtres et l'ordination des femmes, ça leur passe 10 000 au-dessus : "Qu'a dit le pape sur l'ordination des femmes ? Ah il a dit ça, bon ben c'est le pape, c'est lui qui sait ces choses là", et on remonte illico dans sa chambre préparer le raid explo sur les pas de saint Martin. Tableau idyllique ? Un peu lyrique, peut-être, mais je ne parle pas dans le vide : mes grandes filles ont 19 et 18 ans et si elles vont toujours à la messe et à confesse aujourd'hui, elles le doivent à d'autres gamines de quelques années de plus et un aumônier scout qui les a prises au sérieux. Moi, je n'ai plus qu'à m'incliner : "chapeau bas mesdemoiselles".
Amitiés,
Guillaume
Lettre à mon père
Maintenant que tout le monde s’écrit dans la famille, j’aimerais bien te dire aussi deux ou trois choses en face...
Tu es encore parti à l’une de tes réunions oecuméniques. Et moi je suis passé chez toi pour te voir. Chou blanc. Depuis ton divorce d’avec maman, on se voit moins, beaucoup moins. Tu fuis dans tes réunions. Je comprends... Heureusement que tu as “tes” protestants. “Ma bouffée d’oxygène”, dis tu... C’est vrai que tu ne supportes plus trop les cathos de la paroisse, tous “bien comme il faut” et CSP +++. Tu me dis toujours que c’est passionnant de lire ensemble la Bible, “entre chrétiens de tous horizons”... Tu reviens toujours emballé. Enfin, tu m’as l’air surtout fasciné par la femme pasteur. Tu n’as pas aimé l’autre jour quand j’ai levé les yeux au ciel alors que tu me racontais combien son explication “géniale” de la parabole du semeur t’avait bluffé. Car tu avais ajouté : “Ces protestants sont tellement plus forts que nous en Bible”. Oui, tu dis ça à chaque fois, et franchement ça m’énerve. Parce qu’au fond, tu as raison. Mais qu’est-ce qui nous empêche de faire aussi bien, nous, les cathos ? De nous plonger dans les textes, d’apprendre le grec et l’hébreu comme Marina, ta pasteur chérie. D’y passer nos nuits, nos journées, nos vacances. Rien, seulement la paresse et le manque de confiance en nous. C’est sûr que Marina est plus sexy que le Père Raymond, qui a deux fois son âge...
Tu dis que ce que tu aimes dans l’oecuménisme, c’est la fraternité. C’est sûr, je m’incline quand tu me racontes “ta” guerre. Tu avais à peine du poil au menton. C’était pendant ou après le Concile, tu ne sais plus très bien la date. Les larmes te montent dans les yeux quand tu racontes votre premier Notre Père en français, prié au temple de Levallois entre catholiques et protestants, ou quand tu te souviens de tes discussions sans fin avec le pasteur Lacheret. C’est vrai que quelques années à peine avant le Concile, les curés de ton école privée vous mettaient en garde contre les hérétiques. Alors, je comprends, quand vous avez pu découvrir que les protestants étaient aussi des êtres humains, et pas des monstres, et même de vrais chrétiens cela a dû vous faire un sacré effet. Allez, vrai, rien que d’y penser, j’ai aussi une larme à l’oeil, une vraie de vraie.
Tu dis que ce que tu aimes dans l’oecuménisme, c’est cette rencontre entre les chrétiens “différents et ouverts”. Mais, je vais être très franc, cela me fait un peu marrer, ton truc “d’altérité” - encore un de tes mots fétiches... D’une part, parce que je les connais, tes potes branchés sur l’oecuménisme : ils te ressemblent tous, ont le même âge que toi, pensent comme toi sur l’essentiel. Et parmi eux, les cathos sont effectivement ceux qui se revendiquent comme les plus ouverts, mais à condition de ne pas leur parler du chapelet ou de l’adoration du Saint Sacrement, ou de leur avouer qu’on aime le pape... Là, ils voient rouge et ils nous expliquent que c’est de la superstition et de l’idolâtrie, et (pour le pape) le culte de la personnalité. J’en viens à me demander si les cathos, comme toi, qui font de l’oecuménisme un hobby ne sont pas plus protestants que les protestants. (A moins qu’ils ne soient des catholiques défroqués ? Pardon... c’est lâché!)
D’ailleurs, tu m’as franchement énervé l’autre soir, quand suis resté pour prendre l’apéro avec Marina et son mari. Verre en main, tu as passé ton temps à t’excuser d’être catho, à fustiger l’Eglise qui - je te cite - “ne cesse de revenir en arrière sur les acquis de Vatican II”. Avec ton couplet sur les jeunes identitaires qui font l’adoration ou qui passent leur été à Paray le Monial. (ça c’est pour ma pomme ... ) Avec ta fascination pour l’Eglise réformée “qui ne condamne pas les divorcés remariés, ordonne des femmes et des hommes mariés”. Alors là, je dis stop.
D’abord les réformés n’ordonnent plus leurs ministres du culte. Depuis les années 70 et leur grand vent de libération, ils ne pratiquent plus l’ordination (trop clérical, trop catho), ils se contentent de la “reconnaissance de ministère”. C’est Marina qui m’a expliqué ça quand tu es partie à la cave chercher une autre bouteille. Donc, comparer ce qui n’est pas vraiment comparable, c’est peu utile. Mais il est vrai que tu m’as un jour volé dans les plumes quand je t’ai dit que, pour moi, le prêtre agit en tant que le Christ, surtout lorsqu’il entend mes péchés ou qu’il célèbre la messe. Tu m’as dit que de toute manière, tu ne te confessais plus, car tu n’y croyais plus “à ces curés qui se prennent pour Dieu”. Tu ne serais pas déjà protestant, non ?
Quand à ta litanie sur l’Eglise “qui revient en arrière”, j’avoue que j’ai de la peine à te suivre. Ce n’est pas parce que des jeunes comme moi aiment adorer Jésus dans l’hostie, qu’ils aiment de temps en temps aller à la messe tridentine, que cela les empêchent pour autant de ne pas aimer Glorious ou le festival Anuncio, et la messe en français parce qu’au moins on y pige quelque chose.... En fait, tu en veux surtout au Vatican, à cette "caste dirigeante". Moi, j’ai plutôt l’impression que le Vatican n’a pas vraiment changé de position sur l’essentiel. Par contre, quand j’apprends que l’Eglise de ta chère Marina a décidé en 2001 de donner la communion à des gens non baptisés, je me demande si ce ne sont pas les Réformés qui vont un peu trop vite en besogne... Je ne te ferai donc pas grâce de certaines audaces récentes. Par exemple, je pense à l’évêque luthérienne de Stockholm, une sympathique dame qui vit en couple avec une femme pasteure non moins sympathique, avec qui elle élève leur enfant de 3 ans... Un peu radical, non? Bon prince, le pape n’en a pas fait une jaunisse. Alors que dès que le Vatican dit quelque chose de travers, il y a toujours un pasteur pour faire l’intéressant...
A force d’être ouvert, inclusif, compréhensif, comme on aime faire chez Marina et ses amis, on finit par faire n’importe quoi. Par exemple, à donner la communion à un chien, comme on l’a vu cet été au Canada. Sans doute, la femme prêtre anglicane qui a fait cela s’est dit qu’elle ne pouvait refuser cela à la paroissienne qui tenait le chien dans ses bras. A force de vouloir être gentil avec tout le monde, tes protestants finissent par morceler leurs Eglises en une multitude
Excellente explication de clivages et de crispations typiquement liées à une différence de génération: c'est à la fois bien vu, drôle et respectueux des personnes. Je n'avais jamais lu quelque chose d'aussi juste et qui permette de mettre des mots sur des maux dont les catholiques de France souffrent souvent sans pouvoir les nommer. Félicitations et embrassez bien votre tante pour moi (sans ironie je précise).
Bravo !! D'accord à 100 % !
Mais ce n'est pas seulement à votre tante qu'il faut le dire, mais à tous les cadres de l'Eglise de France, prêtres et évêques, qui queles que soient leurs opinions sont sur le mode "Si vous n'êtes pas d'accord avec moi, vous n'avez qu'à pas venir ..."
CONTINUEZ !!!!!!!!
Je suis parfaitement d'accord et vous avez réussi à mettre des mots sur mes sentiments, sentiments de mal-aise voir d'indignation quand je voyais des chrétiens profaner le Sacré sous prétexte qu'il faut savoir vivre dans son époque, et que c'est quand même bien plus facile de dire, " je vais à la messe de temps en temps pour faire plaisir à mes parents" plutôt que de dire:"j'ai besoin d'aller à la messe régulièrement et en plus c'est en latin".
Bon, j'ai un peu (trop) de mal avec les nuances et en général je m'emporte trop vite, merci de me donner les arguments et de me prouver également que l'on peut discuter en plaisantant.
Merci ;)
Pour faire bonne mesure, je vous recommande cet excellent billet du père David Lerouge qui tempère mon propos:http://davidlerouge.fr/index.php?post%2F2011%2F04%2F14%2Fpas_de_bisousbisous_pendant_la_messe_du_soir