Vendredi 24 février 2012 5 24 /02 /Fév /2012 08:34

l solutionEn période de crise, c'est quand même rassurant de voir à quel point les hommes politiques et responsables de tous bords se penchent sur les vrais problèmes des vrais gens. C'est vrai quoi : on compte un million d'enfants pauvres en France, un chômage exponentiel, un salariat précarisé toujours davantage, la méfiance, voire la haine qui s'installe confortablement entre catégories de la population, les jeunes diplômés qui sont toujours en stage à 35 ans, l'industrie morte, l'espérance éradiquée, l'école sinistrée, les retraites qui implosent, le système de santé au bord du gouffre, les prisons débordées, nos soldats qui se font tirer comme des lapins dans une guerre ingagnable qui n'est même pas la nôtre, mais tout va bien, nos responsables sont à la barre, et croyez-moi, ils ont les solutions qui décoiffent.

 

L'une de ces solutions, prise courageusement par notre administration, est de faire cesser cette intolérable discrimination qui fait que l'on appelle les jeunes filles « mademoiselle », et les femmes mariées « madame ».

 

Valérie pourra continuer d'élever seule ses deux enfants avec moins de 1000 euros par mois, mais elle aura la satisfaction de voir que l'huissier venu chez elle saisir son mobilier l'appelle Madame et non Mademoiselle.

 

Stéphanie ira bien avorter sous la menace de son petit ami, déjà marié, mais au moins les médecins tueront son bébé en l'appelant Madame.

 

Véronique continuera de travailler à temps partiel dans un supermarché, sans pouvoir rentrer chez elle pendant la pause de 6 heures imposée par son employeur, ce qui la fait quitter son domicile à 5h le matin et rentrer à 21h, mais elle sera une Madame.

 

Quant à Virginie, elle continuera d'être payée 20% de moins que son subordonné Clément, mais il ne l'appellera plus Mademoiselle, et ça, franchement, ça change sa vie.

 

Ce qui est chouette, c'est qu'à l'approche de l'élection présidentielle ce genre de mesures courageuses est prôné par la quasi-totalité des candidats.

 

Si Hollande est élu, les gens auront le droit de se suicider (alors qu'avant ils n'avaient pas le droit, hein), mais avec l'aide de leur médecin, ce qui est nettement plus convivial.

 

Si Sarkozy repasse, les gens auront le droit de travailler, grâce à un référendum qui va résoudre le problème du chômage, avec cette question qui renferme la solution ultime à la paupérisation galopante de la société : « Pensez-vous que ces salauds de pauvres doivent aller bosser à coups de pied au cul au lieu de glander devant TF1 pendant que les travailleurs les entretiennent ? »

 

Je vous le dis, vivement le mois de mai. On va voir ce qu'on va voir.

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Commentaires

En fait, c'est depuis 1967 déjà que toute femme peut se faire appeler "Madame" sans avoir à justifier de son mariage. Mais l'usage étant resté, on (l'Etat lui-même !) continuait de demander, illégalement, des justifications. Celles qui sont parties en combat contre cette pratique sont sans doute les mêmes qui veulent revenir en grammaire à la "règle de proximité" pour les accords, qui était utilisée il y a quelques siècles, et qui voulait qu'on accordait les adjectifs avec le nom le plus proches (ces hommes et ces femmes sont belles), plutôt que d'utiliser la plus récente "le masculin l'emporte". Leur théorie est que la langue reflète les mentalités et influe sur le mode de pensée. En réformant les usages linguistiques, on va ainsi faire pencher vers l'égalité dans les têtes, et les autres discriminations sexistes tomberont un peu plus facilement.

Mais c'est vrai, faire passer ça en période électorale, ça sent sa propagande pseudo-féministe et ça présage bien des pseudo-mesures qui pourront être prises ensuite...

Commentaire n°1 posté par Agnès le 24/02/2012 à 11h03

Ca n'a l'air de rien... N'empêche... On voit qu'on ne vous a jamais dit "Mademoiselle". Parce que le "mademoiselle" peut être une arme extrêmement efficace pour diminuer son interlocuteur et le décrédibiliser. Et ainsi lui refuser par cette pirouette verbale une augmentation qui ramenait un salaire au même niveau que le collègue masculin, par exemple.

Commentaire n°2 posté par Tounute le 24/02/2012 à 23h26

Je vous rassure: étant une femme, j'ai très souvent été confrontée au "mademoiselle" dont vous parlez. Mais l'interdire empêchera-t-il les patrons de nous payer moins que les hommes? J'ai comme un doute.

Réponse de Nystagmus le 25/02/2012 à 07h31

Très bon ce billet ! C'est vrai que cela fait du bien de voir nos politiques s'attaquer enfin aux vrais problèmes qui nous concernent. Cette année sera-t-elle celle du vote "madame"?

Commentaire n°3 posté par Vincent le 25/02/2012 à 18h28

Pour ma part, je n'utilise plus du tout le mot "Mademoiselle". Dans le cadre professionnel, même si la personne a 25 ans et est célibataire, c'est "Madame". 

Commentaire n°4 posté par Feld le 26/02/2012 à 14h42

Je suis un peu surprise par ce genre de réactions. En quoi le fait que la case "madamoiselle" soit supprimée des documents administratifs empêchera de demander une égalité de salaires ? J'y vois un pas en avant pour l'égalité entre les hommes et les femmes et suis ravie que cette loi soit enfin passée. Ce n'est pas parce qu'on se bat pour ce genre de "détails" pour certains, que l'on ne se bat pas pour le reste. Pour moi, ça ressemble aux réactions du genre "pourquoi aider les gens à l'autre bout du monde, alors qu'il y a des pauvres juste à côté?"... Comment dire... Il y a assez de travail pour tout le monde !

Dans les précédents articles de ce blog, il ne me semblait pas avoir vu ce genre de réactions conservatrices, j'en suis vraiment étonnée si ce n'est déçue ...

Commentaire n°5 posté par Karine le 29/02/2012 à 18h46

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