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Société

Lundi 29 avril 2013 1 29 /04 /Avr /2013 11:44

balance1.gif « Maintenant que cette loi est votée, peut-être que les voix qui se sont élevées de toutes parts, ces manifestations grandiloquentes, ces vedettes haranguant la foule, tels des camelots, pourraient rester sur leur lancée pour dénoncer les injustices sociales, les conditions de vie des personnes roms dans notre pays, les licenciements injustes… Bref, tout ce qui bafoue la dignité de l’être humain ! » Ces quelques mots, sous la plume de Pierre-Baptiste Cordier, résument assez bien l'un des arguments-phares de ceux qui, catholiques ou non, trouvent que décidément, les chrétiens se sont fourvoyés en s'élevant massivement contre le projet de loi du « mariage pour tous ». En un mot : c'est bien gentil tout ça, la récré a été amusante, mais maintenant, au boulot, Jésus se fiche que l'on prive un enfant de son père ou de sa mère, ce qu'il veut c'est qu'on s'occupe des pauvres.

 

Cet argument, disons-le tout net, a tendance à m'agacer un poil. Cela dresse un portrait du manifestant lambda qui ne correspond absolument pas à ce que j'ai pu observer autour de moi. Comme le souligne Isabelle de Gaulmyn avec beaucoup de justesse dans son dernier billet, « ces jeunes, on les sent « monter » depuis quelques années dans l’Eglise. Ils ont fait leurs armes dans l’organisation des dernières JMJ, notamment Madrid. Ils sont aussi souvent investis dans des actions très concrètes de charité, maraudes, colocations avec des exclus, ou autre « épicerie sociale ». Il serait stupide de les accuser de manquer de fibre sociale, car ils en ont. » Faut-il vraiment choisir ses pauvres ? Est-il absolument inconcevable de pouvoir se battre à la fois contre la PMA, l'IVG, la GPA et pour plus de justice sociale ? Jésus a-t-il tracé, dans Matthieu 25, le portrait- robot du « bon pauvre » à l'exclusion de tous les autres ? Faut-il choisir obligatoirement entre l'enfant rom et l'enfant à naître ?

 

On a beaucoup vu, durant ce débat, les deux parties en présence s'accuser mutuellement d'être le vassal de la « pensée unique ». Le danger qui guette notre société, à mon sens, n'est pas qu'elle se retrouve enfermée dans une pensée unique, quelle qu'elle soit. La segmentation (dont les communautarismes en plein essor ne sont qu'une facette) à l’œuvre dans notre monde fait que ce risque d'uniformisation générale de la pensée se pose à mon sens assez peu. Par contre, ce qui nous menace, c'est la pensée binaire. Soit blanc, soit noir. Si tu es contre l'avortement, ça veut dire que tu es pour que des femmes meurent en couches. Si tu défends l'idée qu'il est scandaleux d'enfermer en centre de rétention administrative des enfants dont les parents n'ont pas de papiers, c'est que tu es pour l'envahissement de nos frontières. Si tu es contre le mariage gay, tu es homophobe. Or, la jeune génération des catholiques présents dans les récentes manifestations ont ceci en commun qu'ils refusent cette pensée binaire. L'idée, finalement, que le message chrétien se réduit à une seule de ses parties. Pour faire court : doctrine morale d'un côté, doctrine sociale de l'autre. Et c'est une excellente nouvelle.

 

Dès l'origine, les chrétiens ont refusé de choisir. Dans les Actes des apôtres, la communauté chrétienne est décrite ainsi : « Tous ceux qui croyaient étaient dans le même lieu, et ils avaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, et ils en partageaient le produit entre tous, selon les besoins de chacun ». Et dans la Didachè, texte à peine plus tardif et qui manqua de peu sa place dans le canon biblique, on peut lire que le souci de la vie est également un impératif du chrétien : « Tu ne tueras point l'enfant par avortement et tu ne le feras pas mourir après sa naissance », ce qui, dans le contexte de l'Empire romain débutant, était d'une radicale nouveauté.

 

D'autant que se pose ici la question de la visibilité et de l'efficacité. Quand il y a un projet de loi, le meilleur moyen de se faire entendre, c'est de descendre dans la rue. Moi, je veux bien descendre dans la rue pour dire non à la pauvreté, à la guerre, au sida, aux bombes à sous-munitions, mais il ne me semble pas que ce soit le meilleur moyen de lutter pour la paix et la justice. Si les cercles de silence initiés par les Franciscains de Toulouse signent la visibilité des chrétiens dans le combat pour un juste accueil des sans-papiers, si cette visibilité est importante et même spirituellement cruciale, elle ne va pas sans un travail souterrain, invisible, peu médiatique de travail au quotidien auprès de ces personnes. Et c'est finalement ce qui me gêne le plus dans l'accusation portée par certains de mes frères chrétiens : faut-il que je fasse – c'est tendance - publication de mon « patrimoine dans les cieux », de mes bonnes œuvres, de mes déductions fiscales quand je donne aux ONG, du temps que je passe avec telle ou telle catégorie de démunis ? Dois-je, pour paraphraser le grand Georges, « pour les besoins de la cause publicitaire, divulguer avec qui, et dans quelle position je plonge dans la misère et dans la compassion » ?

 

Tenez, mon ancien voisin, par exemple. Il m'a mise dans la liste de diffusion des mails qu'il envoie collectivement à ses contacts pour alerter sur les évolutions sociétales en cours. Il est à fond, comme on dit. Par contre, son dévouement auprès des personnes handicapées au sein de l'Arche, son projet de mise en place d'un réseau d'alerte auprès des personnes âgées isolées, son refus de gagner, dans son travail de consultant en ressources humaines, plus d'argent qu'il ne lui en faut pour nourrir sa famille, je ne les connais que par incidence. Et c'est très bien ainsi .En fait, la facilité avec laquelle certains chrétiens qui regardent les manifs de ces derniers mois en se pinçant le nez sortent leur appartenance au camp du Bien en énumérant leurs bienfaits et lieux de combats me choque un peu.

 

S'imaginer que les manifestants qui, durant des mois, ont défendu avec acharnement une certaine idée de la famille (famille dont ils savent bien qu'elle est le dernier matelas sur lequel viennent s'écraser les travailleurs balancés du haut des grandes tours de la finance) sont des nantis aveugles aux réalités sociales, voilà qui marque un bel exemple de pensée binaire – et finalement, ce serait une assez bonne nouvelle, sur le plan économique : mazette, ce qu'il y a comme nantis, en France ! J'y vois, personnellement, un grand espoir, y compris sur le plan social. L'avenir ne devrait pas tarder à nous dire qui a raison.

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Mardi 22 janvier 2013 2 22 /01 /Jan /2013 21:29

Conférence donnée à à l'Union départementale des associations familiales du Rhône le 14 décembre dernier par ma pomme. Bonne vidéo!

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Samedi 1 décembre 2012 6 01 /12 /Déc /2012 14:56

 

1302083359_185035194_1-Photos-de--ECRIVAIN-PUBLIC.jpgMadame M est arrivée la première. En la voyant, toute petite sous le voile qui couvre impeccablement ses cheveux, des tas de petites cases de mon formulaire interne se sont cochées automatiquement : immigrée – sans travail – multiallocataire – famille nombreuse – époux au chômage - ne parle pas bien le français. Je lui souris, la fais asseoir. Je lui demande ce que je peux faire pour elle. « Une lettre pour les impôts ». Pour leur dire quoi ? « S'ils pouvaient me faire rembourser en plusieurs fois ».

Ça, c'est le bout du fil. Je le saisis, commence à dévider la pelote avec elle. Elle est française. Veuve. Travaille comme femme de ménage chez des particuliers depuis la mort de son mari il y a 15 ans. Elle a cette phrase des mères qui ont perdu un enfant quand je lui demande combien elle en a : « Quatre, enfin trois ». L'aînée est en train de passer l'internat, elle en est fière. Les deux autres ont « une bonne situation », comprenez qu'elles sont mariées. Est-elle suivie par les services sociaux ? « Jamais » dit-elle, avec le sursaut de ceux que l'on insulte. Mon formulaire interne en prend un vieux coup.

Elle parle le français mais ne l'écrit pas. Il y a quatre ans, la voisine qui lui remplit sa déclaration d'impôts a coché la mauvaise case : « temps plein » au lieu de « temps partiel », et la voici éligible pour la prime pour l'emploi. Le fisc s'est aperçu de l'erreur. Il lui réclame de l'argent, une somme que ses 700 euros mensuels actuels dont 600 de loyer ne peuvent honorer. Elle est aux abois. Ils le sont tous, d'ailleurs : depuis que nous avons ouvert cette permanence hebdomadaire d'écrivain public, nous qui nous étions préparées à nous faire dicter des lettres d'amour, nous ne recevons que des gens à bout de forces, de solutions, de portes où frapper. A-t-elle fait des démarches pour percevoir une aide pour son loyer ? « Jamais », de nouveau, appuyé avec la même force. Puis : « Enfin, si, j'ai commencé une fois. Mais j'ai retrouvé du travail, alors j'ai tout annulé ». Nous faisons sa lettre. Ma collègue appelle devant elle le conseiller des impôts qui s'occupe de son cas. Deux mois de sursis, jusqu'à réception de sa nouvelle déclaration. Mais après ? Elle remercie et c'est à ce moment-là qu'elle s'effondre. « Vous vous rendez compte, la semaine dernière pour manger, j'ai pris sur la bourse de mon fils ».

 

C'est au tour de Monsieur F. Il parle avec un fort accent espagnol, malgré ses quarante ans passés ici. Il est fatigué, chaque atome de son corps respire la fatigue profonde et résignée de cette maladie si souvent croisée ici de l'asthénie d'étiologie administrative. Il marche difficilement, en appuyant de tout son poids sur une béquille qui a l'air de crier grâce à chaque pas. Il veut une lettre, lui, pour des prunes. Quatre amendes pour infractions de stationnement en quatre mois. Il a été greffé du foie l'an dernier. Il vit seul. Il a fait une demande à la maison départementale des personnes handicapée pour avoir la carte de stationnement. Son dossier est en cours de traitement. En attendant, il est obligé de se garer comme il peut et où il peut, le plus près possible de sa pharmacie et de sa supérette, car marcher est une torture. Nous écrivons sa demande de recours gracieux. Lui faisons la photocopie du récépissé de sa demande de macaron, en lui conseillant de la mettre en évidence sur le tableau de bord quand il quitte son véhicule. Il nous remercie, esquisse l'ombre d'un sourire et repart à pas lents.

 

Elle, ce sont ses rondeurs qui me l'ont fait mettre dans la case « assistée », bien que j'aie les mêmes. Les clichés ont la vie dure. Mais celle de madame K. l'est aussi. Elle souhaite écrire un courrier pour la commission DALO (droit au logement opposable) de la préfecture. Elle pose sur le bureau un dossier énorme. Je commence à feuilleter. Le vertige.

Elle est mariée, elle a eu cinq enfants en sept ans. Son mari et elle travaillent pour une entreprise de nettoyage. Éligibles à un logement social, ils ont pris ce qu'on leur proposait, 90m² dans un immeuble géré par un bailleur social. Mille euros de loyer par mois pour un logement dont le bail indique qu'il est « non décent » - divers certificats le montrent carrément insalubre. Mais si elle veut en partir, ce n'est pas à cause des moisissures, de l'électricité aux normes douteuses ou des trous dans le mur. C'est à cause du voisin du dessus. Un déséquilibré qui terrorise les habitants. Elle a dû mettre ses deux plus grands garçons à l'abri chez une amie, à l'autre bout de la ville, parce que le cadet s'est fait fracturer l'épaule par une bouteille lancée exprès sur lui. Attestations du médecin. Le père qui travaille de nuit dort dans sa voiture tant les hurlements du voisins sont incessants le jour. Un jour, le fou a tambouriné à la porte d'un autre voisin, en pleine nuit, en hurlant tellement que le jeune homme a sauté par la fenêtre. Les attestations des voisins contiennent toutes une mention d'un anxyolitique. La police décourage les plaintes et ne veut plus prendre les mains courantes. « Mais madame, si on devait l'embarquer à chaque fois, il passerait sa vie chez nous ! » Elle, elle veut juste pouvoir dormir de nouveau avec son mari et sous le même toit que ses enfants, sans avoir peur dès qu'elle ouvre la porte. Elle a demandé de l'aide partout. On l'a envoyée de structures municipales en structures départementales, elle croule sous des attestations plus hallucinantes les unes que les autres. Mais rien ne bouge. Nous écrivons la lettre. Une fois son dossier DALO posé, il lui faudra attendre la réponse six mois, et si elle est positive, encore trois mois d'attente le temps qu'un logement se libère.

 

Ce qui me frappe le plus chez tous ces gens et bien d'autres, c'est plus encore que la fracture sociale. C'est la fracture sémantique doublée de la fracture numérique. Dans les problèmes qu'ils rencontrent, on peut tous se reconnaître. La différence entre eux et moi peut résider dans la taille des ennuis, mais elle réside surtout dans la différence de moyens. Je sais lire, je sais écrire, j'en ai même fait mon métier. Je sais faire la voix douce ou la voix fâchée au téléphone parce que je n'ai pas à me préoccuper de la syntaxe des phrases qui sortent de ma bouche, cela vient tout seul. Les rendez-vous avec la sécu, les allocations familiales, toutes les administrations, je règle ça en un coup de fil, parfois deux ou trois, ou en quelques clics. Je rouspète et vitupère quand exceptionnellement il faut que je finisse par me déplacer. Pour eux que l'école a laissés illettrés, ni le clavier ni le stylo ne peuvent porter leur voix, laquelle cherche déjà tellement ses mots. Ils sont ballottés d'administrations en administrations, qui croulent sous tellement de misère qu'elles parent au plus pressé faute de temps et de moyens humains et financiers. Je n'ai jamais rencontré, dans tous les interlocuteurs sociaux que j'ai eus au téléphone pour ces personnes, de fonctionnaires flemmards, méchants ou je-m'en-foutistes. Des gens submergés, ça, oui.

 

Pendant ce temps, la gauche est occupée. Il paraît qu'il y a plus urgent. Une promesse de campagne à tenir coûte que coûte - marier les couples de même sexe – et une promesse de campagne en voie de trahison – la fin de la RGPP.

 

Quitte à trahir une promesse sur deux, essayez donc d'échanger, pour voir. M'est avis que ça aiderait plus de gens.

 

Mais c'est sûr, ça fait moins cool.

 

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Mardi 20 novembre 2012 2 20 /11 /Nov /2012 18:44

Capture-d-ecran-2012-11-19-a-15.14.35.pngGrosse fatigue, ces jours-ci. Quand on entre dans le débat sur le « mariage pour tous », on est plein de bonne volonté. On argumente, on explique pourquoi l'on pense que ce projet est mauvais pour tous, pourquoi on n'est pas favorable à une telle conception de la société. En réponse, on se prend des tombereaux d'injures. Bon. On a le cuir solide, on se dit : la vache, ils doivent souffrir sacrément ces gens, pour être aussi agressifs. On essaye donc de discuter, d'argumenter mieux, de réfléchir avec l'autre. Parfois, ça marche : plusieurs commentateurs arrivés sur ce blog prêts à en découdre se sont radoucis au fil de la discussion. J'ai pris un pot avec certains. On n'est toujours pas d'accord, mais on se respecte – et du coup la discussion s'est arrêtée. C'est normal : certains, qui soutenaient ce projet avec une vraie intention louable de sécuriser juridiquement les couples de même sexe et les enfants élevés dans ce cadre, se sont simplement rendu compte que ce projet risquait de précariser tous les couples. D'autres assument le fait qu'ils ont une vision de l'humanité qui n'est pas la mienne, ni eux ni moi n'y renoncerons, donc soit nous restons en contact en évitant le débat, soit nous reprenons chacun notre chemin.

 

Là où je fatigue, c'est sur le concept de souffrance. L'idée que, parce que les personnes homos ont souffert, ou souffrent toujours, cela justifierait toute proposition de loi, toute réforme, même la plus absurde. Certes, il y a des personnes parmi les militants qui souffrent. C'est indéniable. Mais, mes petits cocos, je vais vous dire un grand secret : tout le monde souffre. Tout le monde. C'est même un truc qui s'appelle la condition humaine. Je défie n'importe lequel des lecteurs de mon blog, les pour, les contre et les ni l'un ni l'autre, tiens : on fait un concours. La souffrance n'est pas exclusive des personnes homos. Et surtout, elle n'excuse pas tout. Et certainement pas la violence, la méchanceté et le dénigrement.

 

Car depuis quelques temps, la pauvreté des arguments des pro-mariage pour tous est désormais visible. Le roi est nu. Les arguments juridiques, pour protéger de pauvres familles à la merci des accidents de la vie ? Faux, comme l'a brillamment démontré Koztoujours. Reste donc l'insulte.

 

Le grand argument, ces jours-ci, c'est de dire que les enfants martyrisés sont l'apanage des couples homme-femme. Beaucoup des arguments des militants pro-mariage gay tournent autour de la décrédibilisation de la famille homme-femme-enfants. Il y a plusieurs degrés dans cette assertion. Pour prouver que les parents de même sexe sont vachement mieux que les autres, on a d'abord eu recours à cet argument imparable : deux personnes de même sexe qui s'aiment valent mieux qu'un couple homme-femme qui se déteste / violent / alcoolique (rayez, ou pas, la mention inutile). Re-scoop : des bonnes carottes valent mieux que de mauvaises patates. Voilà qui éclaire le débat d'un jour nouveau. On sent l'argument de haut vol. Même que je suis d'accord avec, c'est dire. Et puis allez savoir comment, l'affaire Courjault s'est retrouvée au milieu du « débat ».

 

Ah ! Cette affaire Courjault, chers militants LGBT, comme elle vous plaît. Comme vous vous délectez de cette « preuve » que l'infanticide est hétérosexuel. C'est même devenu un poncif. « C'est vrai qu'il vaut mieux avoir M. et Mme Courjault comme parents que deux homos ». Et . Et . Même Christophe Barbier, directeur de l'Express, y va de sa petite allusion taquine pour expliquer pourquoi il soutient la réforme du mariage « pour tous ». Mieux : maintenant on pousse la comparaison jusqu'au bout : « y'a pas que les enfants d'hétéros qu'on peut mettre au congélo ». Partagé près de 200 fois sur Facebook. Huhuhu. Humouuuuuuuur, on te dit. T'façons vous les cathos, zêtes coincés question blagues, pffffff.

 

Sauf que.

 

Sauf qu'il se trouve qu'au hasard d'une rencontre sur Facebook, je suis devenue amie avec un membre de la famille Courjault. Une femme qui a dû annoncer aux enfants de Véronique Courjault que leur maman était en prison et pourquoi. Une femme qui a vu la vie de tous les membres de sa famille brisée par ce drame. Une femme qui a elle-même des enfants, qui ne sont pour rien dans cette affaire, et qui se verront toute leur vie à la merci de blagues idiotes qui feront rire deux minutes ceux qui les profèrent et blesseront durablement ceux qui les reçoivent en plein cœur. Vous voulez prouver que vous aimez les enfants ? Commencez donc par respecter ceux-là.

 

D'autant que « l'argument », il peut se retourner facilement. Parce que forcément, un « argument » pareil, qui dit que les couples homos sont exempts de maltraitance, on cherche s'il est vrai. Parce qu'il existe des études flippantes. Parce que n'importe qui peut, en cherchant deux minutes sur internet, trouver des faits divers d'un sordide absolu concernant des enfants élevés par des couples de même sexe : ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici ou , liste non exhaustive.Voilà, j'ai répondu à votre argument. Qu'est-ce qu'on a bien avancé, dites donc.

 

Si vous voulez absolument que la bataille se déroule dans le caniveau, soyez prêts à assumer le fait que votre "humour" et votre refus du dialogue soient parfaitement contre-productifs. Il est assez drôle à ce propos de lire, sur les réseaux sociaux, la façon dont vous répondez à des gens qui sont a priori plutôt d'accord avec vous qu'avec moi. Les malheureux se risquent-ils à oser dire que même si à titre personnel ils vous soutiennent, ils connaissent des gens qui sont contre cette loi et qui ne sont pas pour autant homophobes, que ça ne rate jamais: ils se font traiter d'homophobes. Remplacez "homophobe" par "raciste", et contemplez le résultat de vingt ans de matraquage sur le thème "si tu votes FN t'es raciste". C'est sûr, le FN a complètement disparu aujourd'hui.

 

Si vous êtes prêts à discuter honnêtement, sur des arguments juridiques, contre-argumentez donc le billet de Koz ou le mien.

 

Vous voulez "l'égalité", ou plutôt l'idée que vous vous en faites? Montrez que vous êtes des citoyens comme les autres. Faites, finalement, comme tout le monde : gardez vos souffrances pour vous, et argumentez.

 

Chiche.

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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Mercredi 24 octobre 2012 3 24 /10 /Oct /2012 16:55

snuffit1-copie-1.jpg Drôle de gouvernement de gauche. Elevée par des cathos de gauche engagés dans la société civile, ayant voté à gauche moi-même sans interruption jusqu'au 21 avril 2002, je ne reconnais plus la matrice qui m'a nourrie. Et je ne suis pas la seule, si j'en crois tous ces déçus qui ont voté Marine, Eva, François ou Jean-Luc dans l'espoir assez vain de retrouver la gauche ailleurs qu'à gauche. Moi,je ne sais pas où est passée la gauche, J'avais trouvé des effluves de son passage en 2007 – il y a un siècle – chez François Bayrou. J'y avais cru, je n'y crois plus. Ce que je sais, c'est que la gauche n'est pas au gouvernement.

 

Qu'est-ce que la gauche? C'est la défense de l'opprimé, du faible, du pauvre. La recherche, qui s'est si souvent perdue en cours de route, de la justice sociale. « Debout, les damnés de la Terre ! » chante-t-on encore ici où là. Vœu pieux. Intention louable. Mais au-delà ?

 

Aujourd'hui, la gauche au gouvernement ressemble à s'y méprendre à ces dames patronnesses d'Epinal qu'elle a autrefois moqué à raison, donnant du bout des doigts leurs miettes superflues à des nécessiteux qui les remerciaient en serrant les poings. Le droit de vote ? Bah, donnons-le aux étrangers, puisque de toute façon Bruxelles aura le mot de la fin sur toutes les décisions votées par le peuple. Le mariage ? Ouvrons-le aux couples de même sexe : il est déjà dans le coma, achevons-le. Donnons au peuple, finalement, nos vieilleries démodées, et gardons l'essentiel : un système global qui broie les individus, une misère sociale explosive, des garde-fous sociaux submergés. Mais surtout, ne nous préoccupons pas de mettre à bas, ni même de réformer, une société conduite par des chauffards fonçant dans un mur de béton juste pour voir si leur toute-puissance les sauve.

 

Cette frénésie mortifère se lit à longueur de télex sur les chaînes économiques. Les systèmes pyramidaux de type Madoff, les LBO – systèmes illégaux ou pas – procèdent du même désir de créer ex-nihilo une richesse qui ne peut que s'effondrer, puisque le capital initial n'existe pas. Mais peu importe si l'entreprise en crève, avec ses cohortes de gens au chômage ; peu importe que le cheval s'écroule d'épuisement sous nos reins, naseaux sanglants et écume au mors : le cavalier suicidaire est déjà parti poursuivre sa course folle sur une autre monture, laissant le palefrenier de la première sans travail et le propriétaire sans son gagne-pain. La souffrance au travail, cette hydre qui, si l'on osait se pencher sur elle, expliquerait tant de suicides, tant de dépressions, tant de comprimés et d'alcool avalés avant d'aller bosser, n'est que la face visible d'un système psychotique où ce que l'on demande aux travailleurs, c'est de tuer leurs entreprises.

 

Suicidaire. A coup sûr, notre société l'est. Les exemples ne manquent pas. De façon individuelle, nous sommes amenés à adopter des conduites suicidaires, par un bourrage de crâne dont la gauche n'est pas la seule responsable, mais où elle joue sa part. Deviens ce que tu crois être ! Fais ce que tu veux ! « Just do it ! » « N'écoute que toi ! » Le résultat ? L'explosion des conduites suicidaires. Un ami psychiatre me racontait les nouvelles méthodes de défonce des jeunes et des très jeunes : tampons hygiéniques imbibés d'alcool pur dans l'anus, binge drinking, addictions au porno, aux jeux vidéos. Car cette concentration de tous les désirs et de toutes les attentes sur soi-même ne peut que nous enfermer dans une spirale de l'avoir au détriment de l'être, dans une survalorisation du moi où l'autre devient soit un obstacle, soit un moyen à la jouissance solitaire. Nous, êtres limités et imparfaits, avons renoncé à sortir de nos limites en nous ouvrant à l'altérité. Nous nous contentons de repousser tant bien que mal ces limites, à coups de scalpels, d'euphorisants et de possession. Et ce faisant, nous avons renoncé à notre incarnation.

 

Or, la désincarnation ressemble à s'y méprendre au suicide. La façon ultime de s'affranchir de son corps, n'est-ce pas la mort ? Quelle pathologie a explosé ces vingt dernières années ? L'anorexie, cette volonté de contrôle de soi totalitaire et totalisante, où le corps se détruit du refus de l'extérieur à soi qu'est la nourriture. Terrifiante maladie où le corps est devenu le jouet d'un cerveau dont la perception est devenue pour la personne réalité. Je le sens, donc c'est légitime. Je suis sincère, donc c'est vrai. Même la perversion narcissique, finalement, trouble jusque-là peu répandu, dont on commence à parler des ravages qu'elle provoque dans les familles et les entreprises, et qui promet d'être un chantier immense de santé publique dans les prochaines décennies, nous dit, nous crie, nous hurle ce rapport dévié à l'altérité devenu la norme.

 

Et la gauche, dans tout ça ? La gauche a abdiqué. Par paresse ou par peur, la gauche s'est mise à la remorque du système et, tout en entonnant les grands airs de la libération de l'homme, ne s'est pas aperçue qu'elle chantait la chanson du capital. Qu'elle participait au malheur collectif qu'elle avait vocation à combattre. La vraie gauche, elle aurait vocation à dénoncer la lente mais sûre déconstruction du lien social élémentaire qu'est la famille, parce que le portrait-robot du pauvre en France aujourd'hui, c'est la mère de famille monoparentale qui accepte n'importe quel job pour élever seule ses enfants. La vraie gauche, elle devrait se battre contre l'avortement de masse, parce qu'elle devrait être du côté du plus faible. La vraie gauche, elle n'applaudirait pas à des slogans comme « Les homos aussi veulent pouvoir divorcer », parce qu'elle saurait le drame individuel et social que tout divorce recouvre, et qu'elle n'enverrait pas les couples de même sexe au casse-pipe quand on sait que le taux de violence conjugale et de divorce y est infiniment supérieur. Mais non : elle nous explique que s'il y a plus de violence et de divorce dans les couples de même sexe, c'est parce la société est intolérante. Imaginez un peu sa réaction indignée (et justifiée, pour le coup) si une personne noire tuant son épouse blanche (ou le contraire) expliquait à la barre que c'est la faute au racisme !

 

Drôle de gauche, vraiment. Mais qui ne me fera pas passer à droite. La ligne de fracture aujourd'hui ne se dessine plus entre gauche et droite, mais entre ceux qui acceptent le réel, et ceux qui lui demandent de s'adapter à notre chaos intérieur. Ceux qui veulent le dialogue et la rencontre, et ceux qui insultent planqués sous des pseudos derrière leur écran1.

 

Choisis ton camp, camarade. J'ai choisi le mien.

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1Je fais allusion ici au contenu de ce billet, pas à son auteur.

Par Nystagmus - Publié dans : Société
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